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Disques

Christer Bothén / Oren Ambarchi / Johan Berthling / Andreas Werliin – Serpentine

Trois couches sédimentaires de musiciens expérimentaux se retrouvent pour partager leur passion du jazz, des musiques dites du monde, des expérimentations et de l’improvisation sous toutes ses formes. Avec au cœur de l’écrin, Christer Bothén à clarinette basse et au Donso ngoni.

Black Truffle, le label d’Oren Ambarchi, est devenu notre Mecque, comme Touch le fut il y a un quart de siècle. Sauf que Black Truffle pioche autant dans un Ocora d’aujourd’hui, que dans la fine fleur de l’impro, l’expérimental et le jazz. Je sème à tout vent en somme. Avec des éditions limitées affriolantes. Un bon business bien calibré.

Mais on lui pardonne tout parce que tout est bon (ou presque) et que, profitant de sa notoriété, il donne une visibilité à des musiques vraiment alternatives et fait preuve d’une sacré curiosité.

Par ailleurs, il rend hommage à ses inspirateurs et n’hésite pas à exhumer ou à mettre en lumières ceux qui le méritent et auraient pu disparaître des radars.

A ce titre, il est singulier d’avoir donné un sacré coup de projecteur à Christer Bothén, bien connu pour son rôle auprès de Don Cherry, figure clé de la scène suédoise, notamment pour un album solo de Donso ngoni paru en 2025. Et il était temps que quelqu’un permette l’enregistrement d’un instrument pratiqué pendant plus de 50 ans.

Plusieurs formations se sont montées pour accueillir Christer Bothén comme figure tutélaire, comme Cosmic Ears (“Traces”, 2025) ou encore ce nouveau quatuor, Christer Bothén / Oren Ambarchi / Johan Berthling / Andreas Werliin, déjà réunis pour « Ghosted » sur Drag City en 2022.

C’est un disque de retrouvailles à l’image des photos de l’enregistrement (à la campagne) et dans la cuisine de musiciens bien décidés à faire de la musique ensemble.

Dès le premier titre, Serpentine, on s’aperçoit que Christer Bothén est l’âme du disque avec un solo de clarinette basse, sur Oren Ambarchi à la guitare et au Leslie speaker, qui donne ce son si particulier d’orgue Hammond, serpentant et tournoyant physiquement et non pas simplement vibrant, avec une contrebasse soul jazz, des percussions africanistes telles les cymbales crash qui explosent après le début du solo, comme des vagues qui s’écrasent.

Antigorite est plus ambient, plus soul jazz, plus free sans doute aussi avec une clarinette qui tire vers Evan Parker. Mais les sons étirés, distordus d’Oren Ambarchi et un picking réverbéré plein de couleurs, et se rapprochant du Donso ngoni de Bothen ou rebasculant vers la guitare, sont des grands moments. Surtout suivis de près par les percussions d’Andreas Werliin, Shiva à 8 membres.

Sur Lizardite, c’est un duel entre le Donso ngoni et la guitare d’Ambarchi qui se doublent, se croisent, se tutoient en somme. Andreas Werliin double également les percussions qui crashent sur le donso ngoni. Bref une piste de miroirs concentrés sur vous savez qui. Avec de belles luxuriances d’Ambarchi, vraiment lumineux comme sur tout l’album.

Enfin, Chrysotile est une échappée belle, vraiment très ambient, outre monde, où la clarinette de Bothén s’envole sans cesse.

Une réunion de vieux maîtres qui tourne à la fraternité heureuse.

Avec l’aide de Johanna D. Touch-ée coulée

“Serpentine” est sorti en numérique et LP chez Black Truffle d’Oren Ambarchi le 14 août 2026.

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