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Disques

Hark! en Co – A Fairer House Than Prose

Retour du Néerlandais Harke Jan van der Meulen, spécialiste de l’adaptation de poèmes sur une élégante pop de chambre, qui s’attaque ici à l’œuvre d’Emily Dickinson. Une fois encore, une réussite.

Les disques de Hark! en Co sont comme des cartes postales qu’enverrait de temps en temps un ami un peu lointain pour donner de ses nouvelles. On y répond parfois tardivement (“A Fairer House Than Prose” est sorti en 2025), sans en concevoir de culpabilité : la musique du Néerlandais Harke Jan van der Meulen et de sa compagnie d’amis semble s’extraite d’elle-même des flux de l’actualité, des excitations passagères et des tops de fin d’année. Sans négliger la séduction immédiate de la pop, c’est l’intemporalité de la poésie et de la littérature qu’elle semble viser en adaptant sur chaque disque des écrivains du XIXe siècle.


Après “R.L. Stevenson” en 2017, “My Treasures” (également consacré à l’auteur de “L’Île au trésor”) en 2021 et “The Playful Maziness of Art” (sur des textes d’Edgar Allan Poe) en 2023, voici donc “A Fairer House Than Prose” qui fait revivre l’œuvre de la poétesse américaine recluse Emily Dickinson. Née en 1830 à Amherst dans le Massachusetts (comme J Mascis qui y a formé Dinosaur Jr), morte en 1886 au même endroit, elle aura, contrairement à Stevenson et Poe, dépassé le demi-siècle. Malgré leur syntaxe parfois déconcertante, ses poèmes brefs, aux images frappantes et aux formules mystérieuses, se prêtent particulièrement bien à une mise en musique. Hark! En Co n’est d’ailleurs pas le premier à s’y essayer (même Carla Bruni nous avait fait le coup il y a vingt ans), mais se distingue par la cohérence et la finesse de son approche, qui pourra rappeler celle du compositeur Aaron Copland sur son song cycle “Twelve Poems of Emily Dickinson” (1950).

Réminiscence de la « mélodie française » (Debussy, Fauré, Ravel, Poulenc…) comme de certains folklores européens, la forme est un peu plus minimale que sur les disques précédents en raison de l’absence du violoncelliste Brendan Conroy. L’essentiel repose donc sur le piano et le violon, guitare et basse ajoutant quelques textures sonores. Mélodies instrumentale et vocale cohabitent souvent au sein des morceaux, et comme d’habitude, le chant est partagé entre Harke Jan van der Meulen et quelques collaborateurs/-trices dont le fidèle Henk Hofstede des Nits, ici parfaitement dans son élément. Cette collection de douze chansons bouclée en moins d’une demi-heure, « sans rien qui pèse ou qui pose » comme aurait dit un autre poète, sera la bande-son idéale de nos soirées hivernales calfeutrées, à Amsterdam comme à Amherst.



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