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Track by track – “Try and Succeed” de 5 Horses

Auteur sous son nom d’un album en 2021 puis d’un EP en 2024, Marc Verwaerde se réincarne en 5 Horses pour son nouveau disque, “Try & Succeed”, qui vient de sortir en vinyle chez Roy Music (une version CD, avec quelques morceaux en plus, est annoncée pour le 17 avril). De cette collection de chansons en anglais enregistrées avec quelques amis – dont Olivier Marguerit – à l’hiver 2024 à Montreuil se dégage une belle spontanéité et une atmosphère chaleureuse. Si les thèmes abordés peuvent être graves, comme le décès de son père, l’introspection est ici toujours lumineuse. Mélodiste inspiré, Marc Verwaerde a le goût du travail bien fait, à l’ancienne, et privilégie un son naturel, des prises au plus près des voix et des instruments, même s’il ne se prive pas de quelques expérimentations plus modernes par-ci par-là. Une jolie réussite sur laquelle il revient ici longuement, en attendant une playlist YouTube que nous publierons prochainement.
A noter, pour les Parisiens, que la release party de “Try & Succeed” aura lieu le jeudi 12 février à la Dame de Canton.


Je me rappelle très bien l’époque où j’ai fait mes choix artistiques concernant l’album “Try and Succeed” : nous étions aux abords de l’été 2023, et j’écoutais en boucle “My Finest Work Yet” d’Andrew Bird. J’aimais bien ce titre d’album, et le projet qu’il révélait derrière. Ma vision artistique a toujours été de tenter de “faire mieux”. 

Du coup, plein d’une ambition presque adolescente, j’ai provoqué une rencontre avec Yann Arnaud (Air, Syd Matters), afin d’entamer une collaboration. Je n’avais pas encore sorti mon premier EP (“A Better Man”, réalisé avec l’aide des membres du groupe brésilien Supercolisor, sorti chez Microcultures en janvier 2024) que j’étais déjà dans la perspective de lui donner suite. On est d’ailleurs entrés en studio pendant que l’EP sortait. Une très très belle coïncidence par rapport aux calendriers.

“Try and Succeed” est l’une des 12 chansons qui figurent sur l’album. Le nommer ainsi, pour moi, c’est une manière de mettre la lumière sur ce titre ovni mais c’est aussi pour tirer le fil rouge de l’EP “A Better Man”… Toujours vouloir s’améliorer.

Sur cet album figurent des artistes hyper talentueux qui ont tous apporté leur génie créatif : Yann Arnaud, magicien des potards à la réalisation, mais aussi Jérôme Gras à la basse et claviers (Supercolisor), Olivier Legall aux guitares (Karen Lano), Olivier Marguerit aux synthés (Syd Matters), Clément Febvre à la batterie (Dabeull), ainsi que Helio Flanders en duo sur “Father” (le titre sortira en avril 2026 sur les plateformes) (Vanguart), Ian Fonseca aux chœurs (Supercolisor), Pedro Lacerda aux percussions (Glu Trip).

Visuellement, j’ai travaillé avec l’artiste Elizeu Salazar, dont le domaine de prédilection est le collage sensible. Que ce soit pour l’album “Try and Succeed” et ses trois singles “Can’t Wait”, “Release me” et “Goodbye”, il a su capter l’énergie et le propos et le transcrire en une œuvre visuelle unique et touchante.


Can’t Wait

J’ai écrit cette chanson quelques heures avant un rendez-vous galant. Nous avions échangé quelques messages, et je me réjouissais à l’idée de faire sa connaissance. Vous aussi, vous avez connu les films que l’on se fait, en visionnant quelques photos, en échangeant quelques anecdotes rapides ? Eh bien, voilà, “Can’t Wait” c’est ça : une chanson sur le projet de tomber amoureux. En studio, Yann Arnaud m’a commandé de jouer la chanson en caressant les cordes de ma guitare acoustique, ce qui, allié avec les claviers de Jérôme Gras et les synthés posés par Olivier Marguerit, donne cette espèce de tapis velouté qui donne paradoxalement envie de dodeliner gentiment de la tête…


Release Me

Touché par un zona fulgurant qui m’a cloué sur ma chaise et dans mon lit pendant trois semaines, j’ai composé cette chanson dont les paroles d’outro se traduisent littéralement par “délivre-moi (du mal)”. Cette chanson est un exutoire, qui se ressent aussi dès l’intro et le pont énergique au milieu de la chanson. 


The Friendship Song

Cette chanson raconte plusieurs anecdotes autour du thème de l’amitié. Au moment de l’enregistrer, j’ai tout de suite visualisé une espèce de grange rurale aménagée en salle de concert, où un groupe se produirait en troisième partie de soirée, dans l’obscurité, avec quelques personnes attablées, fatiguées. A l’autre bout de la pièce, un vieux piano désaccordé. Le chanteur entre tout seul avec sa guitare, puis le groupe entame nonchalamment. Un ivrogne se jette alors sur le piano et se lance dans un solo “à la con”. C’est comme ça que je voulais que le début de cette chanson sonne. Et que sa fin soit lancinante, comme une véritable bonne fin de soirée, où on n’a pas envie de partir.


Better to Be Alive”

Anecdote : “Better to Be Alive” a été écrite et composée dans les mêmes 45 minutes que “If You’re Not Here Anymore” et “Goodbye”. Pour moi, ce sont trois chansons qui m’ont été délivrées d’outre-tombe par mon père décédé quelques jours auparavant. Malgré cette urgence à coucher sur le papier ces trois sentiments mêlés, chaque titre a son univers très particulier. “Better to Be Alive” est la chanson la plus “rock” de tout l’album. C’est la mélodie du couplet qui fait rentrer dans le titre : “how strange it can be…” (ou en sortir, c’est vraiment selon). J’avais maquetté un synthé chelou pour donner l’intention du riff du morceau, que Yann a gardé, et qui, lui aussi, “fait” le morceau. Sur ce titre, Karen Lano vient me prêter grand renfort sur les aigus.



Perfect Love

Sur chacun de mes albums, je veux qu’il y ait au moins une “chanson à la con”. Pour moi, c’est important de pouvoir faire respirer l’auditeur et ne pas le plomber sur la durée. “Perfect Love”, c’est l’histoire d’un mec et d’une fille qui filent un amour parfait entre les balades sous les tropiques et la Seine à vélo. Évidemment, il y a du vécu dans ce morceau. Et beaucoup de good vibes.


Goodbye

Sur cette chanson, je fais vivre encore quelques instants mon père décédé. Il s’adresse à moi, et me remercie d’être venu lui rendre visite et de l’avoir accompagné jusqu’à sa mort. L’expérience de l’accompagnement à la fin de vie est saisissante. Chaque jour me renvoie à ce souvenir, et pourtant je ne regrette à aucun moment de l’avoir vécu. Selon moi, faire face à la mort, aux côtés de celui qui passera de l’autre bord, c’est une façon de se rappeler à la vie, au caractère sacré de nos existences, et à l’exigence d’en “faire quelque chose”.


Love’s Everywhere

Une autre chanson d’amour “à la con”, même si elle a vocation à être plus universelle. Pour voir l’amour, il faut s’ouvrir à l’amour : il est partout. Ça casse pas trois pattes à un canard, mais c’est pas si faux que ça. C’est mon morceau préféré de l’album. 


Try and Succeed

Le morceau éponyme est l’œuvre la plus ambitieuse que j’ai eu à enregistrer jusqu’à présent. Non seulement parce que, complètement illettré en solfège, j’ai tâtonné en composant et interprétant l’arpeggiator qui signe ce morceau, mais aussi parce que c’est le morceau qui offrait le plus de potentiel à des expérimentations sonores en tout genre. Tellement de couches d’instruments se font écho, c’est hallucinant ! Les voix de Ian Fonseca ajoutent de la grandeur à cette œuvre que j’admire. La chanson est née d’une dispute conjugale et de sa résolution : “I’ll wake up next to you, and we’ll talk it over” / “you and I, we’ll try and succeed”… 


Everybody Leaves

“Everybody Leaves” est peut-être une chanson sur notre destin commun, tragique et inévitable, qu’est la mort. C’est peut-être aussi une chanson sur l’inévitable rupture amoureuse. Je vous laisse vous faire votre propre idée. Dans tous les cas, le morceau repose sur quelques accords très classiquement utilisés dans la pop anglo-saxonne. C’est intemporel, ça fonctionne !


If You’re Not Here Anymore

Quelques secondes et puis c’est tout. Une question – “si tu n’es pas là, qui suis-je censé être ?” –adressée à mon père. Une question sur la filiation, la lignée, les injonctions, le tutorat… Et une prise de son faite dans mon dos, dans le studio A de Melodium à Montreuil. 


(VERSION DELUXE – SORTIE AVRIL 2026)

My Life Will Never Be the Same Again

Cette chanson a failli ne pas figurer sur l’album. Entre le mercredi soir et le jeudi matin, j’ai passé ma nuit à la recomposer dans ma tête, pour qu’elle passe le couperet final. Le lendemain matin, à la machine à café, je sors ma guitare et expose la nouvelle structure : banco ! Si je dis qu’elle me fait un peu penser à une chanson de George Harrison, vous allez croire que je me la pète. Mais c’est le sentiment que j’avais quand je présentais mon travail à mon jury du moment !

Father” (duo with Helio Flanders)

Comme son nom l’indique, cette chanson parle de mon père. A quelques semaines de mon entrée en studio, j’ai voulu faire appel à mon ami brésilien, leader du groupe de folk-rock Vanguart, pour l’inviter à chanter une chanson et ouvrir le propos à la paternité en général, notamment pour tous ceux qui ont eu à vivre l’expérience du deuil du père. C’était aussi le cas de Helio, et ce fut une séance très émouvante où il a interprété le texte écrit avec l’aide de mon autre ami brésilien, Ian Fonseca (qui signe, contre toute attente, les paroles en anglais du morceau !). 


Photo : Leon Geoni.



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