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Disques

Chevreuil – Stadium

20 ans après sa disparition, Chevreuil revient sur scène pour nous montrer, au besoin, qu’ils sont toujours les enfants terribles du math rock français et un groupe essentiel qui devrait, si le monde était parfait, prendre sa place au sein du firmament du rock racé et expérimental.

Il y  a vingt ans déjà… Chevreuil, animal fougueux et libre, s’ébattant sur les terres de RuminanCe (le label), était le fier rejeton du post-rock, option math, en Erasmus à Chicago, dans les studios de l’Electrical Audio pour une poignée d’enregistrements magistraux avec Steve A. à la console. L’adoubement en quelque sorte avant que le duo ne prenne la poudre d’escampette entre Perceval Music et Passe Montagne.

Chevreuil, c’est encore un de ces groupes enfantés par Albini (plus ou moins proches dans la forme et l’esprit mais fidèles au son ; on pense à Scout Niblett, à Songs :Ohia) et dont on aura été fans jusqu’à la mort, jusqu’à acquérir les moindres 45-tours, qui valaient leur pesant de cacahouètes autant dans leurs titres que leur contenu :  “Sport” et “Chateauvallon” en 2003 (respect éternel à nos mamies cathodiques), “Capoeira”, (où êtes-vous aujourd’hui, éternels danseurs de capoeira ? Vos berimbaus prennent-ils la poussière dans la cave ?) ou encore l’ultime EP “Science” en 2006.

Chevreuil, c’était aussi de fantastiques concerts, pendant lesquels la batterie de Julien F. (alimenté/perfusé par un sac à dos rempli d’eau) était entourée par les amplis de guitares de Tony C. pour une transe rock qui prenait aux tripes, avec un partage intense, une installation sonore qui ne laissait personne indifférent, des boucles violentes, un peu hard rock sur les bords et des fûts qui cognaient comme du Todd Trainer. Dans mes souvenirs de vieux combattant : un concert aux Instants Chavirés, bouillant comme jamais, avec un Julien qui tapait partout, y compris sur les murs et un Tony mi-Albini, mi-Pajo. Une beauté d’expérience.

On n’avait jamais vu ça en France et je crois qu’on peut dire que quelques groupes ont fait fortune ou du moins recettes sur les cendres du cadavre de Chevreuil. On peut remercier l’inconscient collectif d’avoir été bien branché sur les petits Nantais (Battles, La Colonie de vacances, Angine de Poitrine….).

On s’était un peu consolé avec les side projects (« Vie scolaire” – !!! – de Percevalmusic) où la guitare prenait des teintes d’orgue, une ampleur moirée, mais on avait ensuite un peu lâché l’affaire. Eux aussi sans doute, depuis “Recueil du mal” de Percevalmusic en 2013.

Et puis soudain, Chevreuil revient gambader sur nos platines avec “Stadium”. Et avec ce double album, Chevreuil semble revenir à ses fondamentaux : une batterie qui cogne dur mais toujours agile, dans les grands espaces (reverb de folie) avec une guitare solide, toujours portée sur les textures mais avec des structures de morceau plus aventureuses que sur les albums finaux de Chevreuil, tout en nous faisant toujours tourner comme des bourriques sur des éléments prenants et passionnants.

Chevreuil, c’est un peu le son de nos passions adolescentes, passé à la moulinette arty mais qui n’oublie jamais l’humour (les titres et les crédits en latin, Quantum et ses bips bips…) et, surtout, l’énergie pure.

“Stadium” est un recueil de vignettes de possibilités rythmiques et de textures, un peu gargantuesque après la diète stricte de vingt ans, dans lequel on se perdra ou on piochera au choix en attendant l’expérience intense des concerts qui remettront définitivement les pendules à l’heure.

Parmi mes titres préférés du moment, Tartarus, un poil africaniste, retour du berger à une bergère du sud appelée Konono n° 1 ; Aria, soit du Shellac du meilleur niveau, des trois premiers disques donc, où les guitares bavardes et étranges telles des sirènes de pédales de Tony rivalisent avec la voix désormais éteinte de Steve Albini. Peut-être d’ailleurs que ce retour aux affaires de Chevreuil est le meilleur hommage à Albini ces dernières années, un hommage musical et discret sur son propos. Enfin, sur Ordrus, mention spéciale aux coups de butoir de Julien, totalement dément.

Je penche un peu plus pour la seconde galette avec Corpus et ses claviers vibrants qui sont la marque de Chevreuil phase II, Profondis et son bourdon de cloches funky, Opus, avec ses bavures grasses de guitare inattendues et Atoll II, et son final étrange math rock où la guitare rivalise avec la batterie tendue dans des éclairs lumineux. 

Ah… Chevreuil de nos amours… Libre comme jamais… Merci de revenir : vous nous aviez tant manqué.

Avec l’aide de Johanna it’s a D.eer.

Stadium” est sorti en CD, double vinyle, cassette et numérique le 24 avril 2026 chez Computer Students/Modulor (avec des superbes objets).

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