Maher Shalal Hash Baz capturé en concert à l’orée des années 2000, deux fois dans la même journée, sur le même set. Avec des Kudoseries parfaites : une cassette contenant deux chansons tronquées de fin d’enregistrement et les partitions en risogravure du concert. Objets très précieux et absolument indispensables pour le fan.
Vidage (luxueux) d’archive. Les productions discographiques de Tori Kudo sont comme des éruptions volcaniques : variées, inattendues, explosives ou pets de lapin, riches ou fumée sans feu (pourraient dire certains grincheux).
Ces derniers temps, c’est plutôt un raz de marée avec “Kamakura” et “12.16” dans la dernière fournée/cuisson de potier. Et voici Namba Bears, concert(s) enregistré(s) aux Ours de Namba soit dans la salle Bears (parfois appelée Namba Bears) à Osaka, visiblement un festival bricolé par des passionnés, dans un petit lieu pouvant accueillir une centaine de personnes, le 30 septembre 2000.
Dans les notes de pochette, Hiroki Misawa, un des gentils organisateurs (et un musicien intéressant pour les fans de pop branque et sensible à la Tenniscoats) se souvient de l’épiphanie (une constante pour tous les fans) de la rencontre avec la musique de Maher Shalal Hash Baz via le triple CD ”Return Visit to Rock Mass” (1996). D’où une frénésie de Maher jusqu’aux multiples appels téléphoniques nécessaires pour entrer en contact avec l’inaccessible Tori Kudo :
« Le jour du concert, lorsque j’ai rencontré Kudo-san pour la première fois à la gare de Namba, il portait encore sa tenue décontractée habituelle, en sandales. En route pour Bears, il m’a dit quelque chose comme : ”Dire ‘merci’ pendant un concert, ça me paraît bizarre.” Et il était exactement comme je l’avais imaginé : un héros qui insuffle la vitesse, une présence absolument parfaite. Je me souviens avoir pensé à quel point je l’admirais. Et je le pense encore. »
L’enregistrement est double, et ironiquement uniqueS, comme d’autres productions : ”L’Autre Cap” paru chez K Records, dont les titres enregistrés en studio à Olympia avec la bande locale sont repris sur le disque, cette fois en concert au Japon, avec plus ou moins les mêmes plus Jim O’Rourke… Ici, il s’agit de deux concerts, l’un l’après-midi et l’autre le soir, soient deux versants interprétatifs des mêmes compositions. Les titres s’enchaînent sur le CD, nommés en anglais ou en japonais, toujours dans ce déséquilibre et ce jeu de pistes brouillées et de feuilles de partitions entremêlées (l’ordre des morceaux ne correspond pas exactement).
Troisième malice : l’un des titres est tronqué sur les deux enregistrement (les bandes étaient trop courtes). Les deux versions amputées sont fournies sur une cassette supplémentaire, écrin pour des œuvres décapitées mais ainsi magnifiées.

Ultime malice et qui va avec l’enregistrement double et la cassette de titres tronqués : une copie de la partition originale donnée ce soir-là aux instrumentistes est offerte pour l’achat combiné du CD et de la cassette. Et c’est doublement précieux, car, au-delà de l’objet, c’est un autre état des chansons dans leur écriture et arrangement quasi sur le tas (en fonction des instrumentistes disponibles, que l’on sait disons… variés).

Après la partition-roues de voiture (“Studio Village Hototoguis”, 2025), on est enfin heureux de voir de près les partitions griffonnées pour, ce soir-là, guitares, basses, claviers, violons, violoncelles et… euphonium ! Le basson, introduit par McCloud Zikmuse, viendra plus tard.
La partition c’est la première couche et, paradoxalement, pour le consommateur de musique en boîte, c’est la dernière couche ici enfin accessible. C’est aussi une autre possibilité, un autre état des chansons : l’écrit dans son éternité plutôt que la réalisation dans l’instant. En bon connaisseur des théories musicales (cf. les partitions graphiques, Cardew et son Treatise), il faut voir les partitions pattes de mouche de Tori comme un appendice de sa création, non une œuvre en soi.

C’est aussi une œuvre d’art, un souvenir laissé aux membres d’un soir. Les partitions sont agrémentées de photos de membres, de chiens sauvages, de paysages… Un fanzine musical. Le collectionneur, le curieux et l’éventuel musicien lecteur de partitions sera ravi. Il n’y en aura pas pour tout le monde (édition très limitée).

Pour le reste, on est dans du Maher Shalal Hash baz circa 2000, soit du très bon, qu’on appréciera surtout pour sa diversité d’interprétations qui démontre une fois de plus que comme avec Héraclite, on ne descend jamais deux fois dans le même fleuve, ni deux fois dans la même chanson de Tori. Tout est accidents, surprises, recherches diverses sur une base pourtant très écrite.
Le fan relèvera les chœurs féminins ou voix solo sur Stone in the river. La guitare très free, sur un ampli jouet, en dehors des clous, avec un tempo variable à vue (très myope) sur From a summer to another summer ou encore sur word song (barrett). Sur Post Office, MSHB imagine la rencontre Bacharach/Getz à la maternelle ou en deuxième année de conservatoire. Enfin, on apprécie la magie suspendue du titre Harue.
Le deuxième concert est plus rock, avec plus de basse lourde et des guitares un peu plus présentes. Et on apprécie l’atmosphère d’écho ou de rêve éveillé qui se répète en boucle dans ce double concert. Un des must de ces dernières années de désarchivage surtout pour les partitions, photocopies à chérir, qui raviront l’ex-fan de fanzines.
Avec l’aide de Johanna D, miss you my baby doll.
“Namba Bears” est sorti le 1er avril 2026 en CD, numérique et cassette avec partition bonus pour l’achat du combo CD+cassette. Une petite centaine d’exemplaires disponibles. Il en reste une poignée. Vite !
