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Disques

Friko – Something Worth Waiting For

Sur leur deuxième album, les jeunes Américains de Friko savent manier ferveur et exaltation pour porter leur auditoire jusqu’au vertige.

Chicago. Ville que l’on connaît pour Al Capone ou Michael Jordan. La ville de Tortoise, Wilco ou… Chicago. Mais surtout, depuis quelques années, une scène musicale bouillonnante d’où ne cessent d’émerger des groupes souvent passionnants, qu’il s’agisse de Horsegirl ou de Sharp Pins entre autres. Parmi ces groupes ressort aussi Friko, originaire du quartier d’Evanston au nord de la ville. C’est en 2019 que le jeune Niko Kapetan a formé ce groupe avec ses camarades de lycée Bailey Minzenberger et Luke Stamos. Après avoir fait leurs armes pendant quelques années, ils ont sorti leur premier album “Where We’ve Been, Where We Go from Here” en 2024 puis, au cours de la tournée qui a suivi la sortie de ce disque, Luke Stamos a été remplacé par le guitariste Korgan Robb et le bassiste David Fuller. La formation était donc au complet et fin prête à attaquer l’enregistrement du successeur de ce premier opus déjà bien remarqué. C’est à Los Angeles, dans le studio du fameux producteur John Congleton (St. Vincent, The Murder Capital, Mogwai, etc.), qu’a eu lieu cet enregistrement, l’Américain les incitant à encore plus se lâcher, encore plus se laisser aller que sur leur premier disque. Conseil judicieux mais qui ne pouvait laisser imaginer qu’une telle déflagration musicale soit portée à nos oreilles.

En effet, tout au long des neuf titres qui composent “Something Worth Waiting For”, le second album de Friko, nous sommes pour le moins secoués, bousculés voire bouleversés par la musique qui s’y développe. Une musique à la sensibilité exacerbée, au style échevelé et à fleur de peau qui emporte et soulève parfois jusqu’au vertige. La preuve dès “Guess”, morceau d’ouverture très intense, enregistré en une seule prise. Un titre qui nous saisit, nous électrise avant d’exploser littéralement. On se demande alors où on a mis les pieds, surtout que Friko ne connaît pas de répit, enchaînant avec “Still Around”, au style plus bondissant, puis “Choo Choo”, chanson éminemment exaltante où Niko Kapetan donne vraiment l’impression, sans filet, de se jeter à corps perdu dans ses chansons, faisant preuve d’un jusqu’au-boutisme qui ne connaît ni la modération ni la retenue.

Sur son premier album, Friko proposait déjà une musique très vibrante, très fervente, qui nous emballait déjà mais peut-être de manière trop bruyante, trop brouillonne. Ici, le style est clairement plus maîtrisé, plus affiné. Preuve en est la chanson suivante intitulée “Alice”, admirablement construite avec sa montée en puissance progressive. Mais la ferveur exprimée peut aussi prendre différentes formes, délaisser l’électricité débordante pour un piano et des cordes (ici arrangées par l’ancien membre de Xiu Xiu, Jherek Bischoff) sur “Certainty”, chanson qui nous élève bien haut pour ne plus nous lâcher.

Fortement marqués par le tourbillon qu’ils connaissent depuis deux ans, les jeunes Américains ont fini par faire justement du mouvement le thème de leur album, un mouvement en forme de quête d’un idéal que l’on n’atteint jamais tout à fait, que celle-ci se fasse en train (“Choo Choo”), à vélo (“Dear Bicycle”, dernier morceau de l’album et ode de Niko Kapetan au vélo de son enfance) ou même en montgolfière comme sur “Hot Air Balloon” qui, par la ferveur encore exprimée, est peut-être la chanson qui fait le plus penser à Arcade Fire, rapprochement le plus souvent évoqué à propos de Friko. Avec le titre suivant “Seven Degrees”, ballade acoustique que l’on a envie de reprendre en chœur et qui fera sûrement un tabac en concert, ce sont plutôt Radiohead et les Beatles qui viennent à l’esprit, références plutôt imposantes, tout le monde en conviendra. Mais, avant le “Dear Bicycle” déjà évoqué, le plus impressionnant est surtout pour la fin avec “Something Worth Waiting For”, morceau épique de près de six minutes, véritables montagnes russes émotionnelles où l’on est pris par le rythme et complètement secoué dans tous les sens.

Par la ferveur et l’exaltation ressenties (et d’ailleurs systématiquement renouvelées à chaque écoute), par l’hypersensibilité exprimée, on ne peut justement rester insensible face à un tel disque. Certains pourraient juger ça too much, excessif mais il s’agit surtout d’une musique qui nous fait vibrer comme rarement, avec un chanteur porté par un feu intérieur débordant. Nul doute qu’avec celui-ci, Friko saura enflammer la prochaine Route du Rock. Chanceux sont ceux qui pourront y assister.

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