Au travers d’un album live enregistré au Centre Pompidou à Paris, le duo français des Limiñanas, avec son psychédélisme pur et parfait, provoque une transe dont on voudrait qu’elle dure toujours.
Larguez les amarres. Renoncez aux bonnes manières, à la bienséance. Le maître-mot est ici l’abandon, le lâcher-prise. Bienvenue dans un album live des Limiñanas, le duo catalan qui, depuis plus de quinze ans, nous fait planer très haut avec son garage psychédélique particulièrement électrisant. En tournée depuis la sortie de leur album “Faded” l’année dernière, accompagné d’un combo remanié incluant notamment Keith Streng, le guitariste des Fleshtones, et Tom Gorman, le chanteur de Kill the Young, le couple de Cabestany investissait, le 24 octobre 2025, le Centre Pompidou à Paris, à l’occasion de “Because Beaubourg”, un week-end consacré à son label Because où performances, DJ sets et cartes blanches se succédaient au sein de l’établissement avant sa fermeture pour travaux. Pour l’occasion, l’artiste plasticien Smith était sollicité, avec ses projections psyché-fluo défilant sur les écrans géants derrière le groupe et finissant également sur la pochette du disque qui nous intéresse ici.
Un disque à l’écoute duquel il est souvent difficile de tenir en place, tout au long des huit morceaux qui le composent et qui s’enchaînent sans interruption. Après une introduction de deux minutes sous la forme d’un drone lancinant et hypnotique, effectivement, “Spirale”, l’instrumental qui ouvrait leur dernier album, donne immédiatement envie de bouger, de se secouer. Lui succède “Je rentrais par le bois… BB”, l’un des trois titres de plus de dix minutes de ce live, long instrumental où la musique tourne en boucle encore et encore, dans une progression lente mais bien réelle, jusqu’à former une masse indistincte où tout se répète jusqu’au vertige, jusqu’à l’abrutissement, la perte des repères, le dérèglement de tous les sens.
Le but est évident : mener les spectateurs à la transe, les chansons étant presque un prétexte pour cela. Plus loin, c’est encore plus frappant avec “Autour de chez moi”, très longue version d’un morceau de “Faded” et, surtout, musique incroyablement trippante à laquelle on s’abandonne avec entrain et délectation pour, dans un rêve éveillé, s’élever bien haut et tout oublier, les contraintes, les soucis, la dernière canicule (et surtout la prochaine !).
La fin de l’album nous offre vingt minutes de folie où, dans un fondu enchaîné astucieux avec le petit motif de synthé qui fait la transition, “Je m’en vais” des Limiñanas et “Rocket USA” repris à Suicide se succèdent, Tom Gorman, avec son chant comme détaché, dégoûté, prenant la suite de Marie Limiñana au micro. Ici, comme sur la plupart des morceaux précédents, batterie, guitare et synthé marquent un rythme répétitif, la musique s’intensifiant progressivement au point de devenir si dense qu’on ne distingue plus rien, tellement perché que l’on est.
N’était-ce qu’un rêve ? Il faut un moment pour s’en remettre, pour redescendre de l’écoute de ce disque, de cette expérience. Le retour au réel peut être brutal après cette transe globale underground (vous avez la réf ?) confirmant que les Limiñanas sont l’un des groupes les plus grisants de la planète, avec leur psychédélisme pur et parfait ou, plus exactement, chimiquement pur, si l’on peut dire. D’ailleurs, il n’est jamais inutile de clore une chronique de disque par un conseil : arrêtez la drogue, écoutez les Limiñanas.
