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Track by track – “Something in the Way We Spin” de Sweat Like an Ape!

Si l’on prend un plaisir constant à retrouver Sol Hess dans son expression solo en folk, force est de constater que les habits plus postpunk dansant qu’il arbore dans son groupe Sweat Like an Ape! lui vont tout aussi bien. Sorti en cette mi-septembre, “Something in the Way We Spin”, nouvel album du quatuor, en est une confirmation éclatante. Même plus : c’est certainement le meilleur disque de la formation, qui semble avoir mis en boîte son énergie live débordante (une fois de plus grâce à la production de Rubin Steiner), avec des compositions qui réussissent parfaitement à allier les guitares acérées, une rythmique qui galope et le chant passionné et expressif de Sol Hess. Sweat Like an Ape! fait preuve d’une belle maîtrise sans se départir de son ADN sur ces sept titres. Tantôt urgents (“The Bridge”, “Spin”), tantôt à la lisière de la pop (“(Wish Upon a) Movie Star”) avec toujours un twist, parfois instrumentaux, ils trouvent leur conclusion sur un épique “Doreen’s Song”, qui flirte avec l’orage post-rock pendant plus de neuf minutes. Sol Hess et Matthieu Duclos nous en disent plus sur la genèse de cet album.


Sol : L’ambiance de ce titre résume peut-être à elle seule la couleur générale de l’album, car même dans les morceaux dansants, assez représentatifs du groupe, il y a toujours une tension et une noirceur qui plane. Cela vient sans doute de notre amour pour des musiques plus sombres, ainsi qu’une passion pour la narration et la dramaturgie. Les paroles de ce morceau me font toujours un peu peur, chaque couplet terminant par « meet us at the bridge, we’ll make you big and strong ». Vous ne devriez probablement pas faire confiance à quelqu’un qui vous promet de vous rendre plus fort. Mention spéciale aux palmas jouées par notre bassiste andalou, Oscar !

Matt : Ce morceau introductif commence par une ambiance sombre et mystérieuse qui plante le décor. Le ton est donné très vite, aux guitares planantes et orientalisantes viennent s’ajouter des toms venus d’outre tombe qui conjointement avec le bourdon de la basse, annoncent le point d’orgue. La patte de Sweat Like An Ape ! reste bien présente dans la tension et les rythmes effrénés que l’on retrouve dans les précédents albums. L’ajout de palmas dans ce break hypnotique et chaotique vient nous transporter jusqu’à la transe.

Sol : Comme évoqué plus haut, on aime beaucoup l’idée qu’un disque puisse avoir des riffs groovy tandis qu’autre chose se raconte derrière, de plus mystérieux et inquiétant. Quelque chose qui ressemble un peu plus au monde et à nos existences, sans doute. Ce titre a beau paraître dansant et fun, les paroles semblent raconter de leur côté une relation dangereuse et toxique.
C’est le morceau sur lequel Rubin Steiner a pris une vraie liberté artistique dans la production. Il a crée un tout autre début que ce que nous avions composé, en montant des bouts de nos instrus qu’il a piqués ailleurs. Il nous l’a proposé comme une version alternative, mais elle nous a tellement convaincus qu’on a décidé de la garder pour le disque.

Matt : C’est un morceau en trois étapes, qui oscille entre une orchestration dansante groovy entremêlée de couplets épurés et martiaux, et enfin un point de bascule qui nous fait entrer dans une autre dimension, les dissonances laissent place à une ambiance postpunk aux accents new wave, jusqu’à un mur de son qui vient se fracasser jusqu’au larsen final.

Sol : Quelque part c’est la seule « vraie chanson » du disque, au sens classique du terme. Lorsqu’on a commencé à chercher ensemble autour du riff de guitare de Matt, la ligne de chant et les paroles se sont écrites de façon très spontanée et naturelle. C’est assez agréable quand ça arrive.

Matt : Premier single de l’album, avec un riff de guitare en mineur emprunté au rhythm and blues, un chant qui croone, et un combo basse/batterie qui apporte son groove propre au groupe. Un instant de respiration qui fait suite aux décharges sonores précédentes.

Sol : Un beau morceau instrumental composé autour d’une jam où on s’était mis à s’amuser avec des polyrythmes. Pour finir, cela nous a mené vers cette parenthèse lumineuse dans l’album : un endroit où vous pourrez déposer toutes les images que vous aurez envie d’y déposer.

Matt : La parenthèse onirique de l’album. Une envolée envoûtante et instrumentale dans la lignée du post-rock avec une pointe de shoegaze. L’influence anglo-saxonne plane au dessus du morceau.

Sol : Gros tube de cumbia-wave déglinguée. Sur la seconde partie, on a laissé transpirer tout notre amour pour des groupes comme les Meridian Brothers et Los Pirañas.

Matt : Une intro qui, je ne sais pas pourquoi, me fait penser à une scène épique d’un film médiéval comique façon Monthy Python (on m’a aussi soufflé dans l’oreillette qu’il y avait une certaine similitude avec le rock du Bosphore des 70’s). Viennent s’ajouter des couplets aux accents pop, quand soudain le morceau s’arrête brutalement pour faire un featuring avec nos chouchous de la cumbia punk colombienne, dans un joyeux bordel qui nous fait remuer de plus en plus vite.

Sol : Le morceau fait pour te donner le tournis, avec nos deux guitares hypnotiques qui se répondent en boucle.
Il a aussi inspiré le titre de l’album, “Something in the Way We Spin”. Et les cloches de notre batteur, Jérôme, nous rappellent qu’il n’y a jamais trop de cloches dans un morceau.

Matt : Un des premiers morceaux composés pour cet album. On retrouve l’ambiance pesante du début de l’album, mais ici ça « spin ». Les guitares qui se répondent donnent le tournis, la rapport encore une fois très martial et kraut de la basse/batterie garde le cap, le derviche tourneur a de la matière pour s’envoler.

Sol : C’est notre morceau préféré à tous les quatre. On a commencé à travailler sur ce disque il y a sept ans, et c’est sur ce “Doreen’s Song” qu’on est le plus revenu jusqu’à ce qu’apparaisse sa forme définitive. Pendant l’enregistrement, le final rappelait à Rubin [Steiner, producteur du disque] “State of Shock” de The Ex. C’est non seulement un des plus beaux compliments qu’on pouvait nous faire, mais c’est aussi vraiment intéressant pour nous en cela que ça met l’accent sur notre intention au fil des années – car The Ex ont toujours cherché une façon très personnelle de faire groover noise et punk.

Matt : L’ambiance est caverneuse et moite, la tension est omniprésente, jusqu’à l’épopée finale qui clôture cet album dans un fracas post-rock et noise.


Sweat Like an Ape : Sol Hess (guitare et voix), Matthieu Bohers (guitare), Oscar Galea (basse) et Jérôme d’Aviau (batterie).

Merci à Sol Hess et Matthieu pour leurs réponses, ainsi qu’à Adrien Durand.

Photo : Ben Lapeyrie.


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