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Disques

The Mountain Goats – Days

John Darnielle revisite son fond culturel d’ex-fan des 90s par ricochet et avec regards en biais sur la drogue, le désespoir, la violence, la célébrité et l’étroit chemin pour s’en sortir par le style puisque le style, c’est l’homme. Lumineux, consistant et bien construit mais qui laisse un peu froid.

N’y allons par quatre chemins, “Days” est un album moyen de The Mountain Goats, qui est dans une mauvaise passe, disons depuis “Jenny from Thebes” (2023), même pas décellophané, voire sensiblement avant. Nous avons même totalement fait l’impasse sur ”Through This Fire Across from Peter Balkan” (2025) après quelques écoutes sur le site Bandcamp. C’est dire si le moral des fans que nous sommes est en berne… Et en se replongeant dans les archives du site, on pourra constater que notre attachement est pourtant profond…

Nous sommes d’autant plus déçus que les Mountain Goats de John Darnielle ont franchi un nouveau palier : la rupture avec Merge au profit de la structure familiale Cadmean Dawn (les amateurs du mythe de la lignée issue des dents de dragon apprécieront), le départ du bassiste d’origine Peter Hughes, le maintien de l’impérial batteur John Wurster et de l’homme à tout faire Matt Douglas (tous deux piqués chez Superchunk, eux même créateurs du label Merge et d’une quantité de vidéos hilarantes), nouveau pilier magistral de production aux claviers, vents et, pour le dire vite de tous les arrangements chiadés qui font que les nouveaux albums de Mountain Goats depuis 2015 et “Beat The Champ”, arpentent de nouveaux chemins, avec luxuriance de nouvelles couleurs.

Donc une voie vers l’autonomie, la stabilité et la diversité. Avec une incroyable facilité pour Darnielle de pondre, toujours, de nouvelles chansons, avec des textes jeux d’écritures et des thèmes parfaits pour l’amateur de culture dite indépendante, même si on se demande ce que cela veut encore dire et si cela n’est pas qu’un souvenir de quinqua… Et justement, c’est peut-être le thème sous-jacent de “Days“.

C’est un album qui sent la drogue, le désespoir, la violence, le grunge et principalement toutes les références culturelles de quelqu’un ayant profité à plein d’une adolescence curieuse dans les années 90 : télévision et cassettes vidéo, disquaires de neuf et d’occasion, copies sous le manteau, action movies et sous-culture tous azimuts, du hard au prog rock.

Alors John Darnielle rend hommage au chanteur d’Alice in Chains (Song for Lane Staley) détruit par la drogue et le show-business, imagine la vie d’un petit groupe embauché par le groupe grunge Candlebox pour assurer leur première partie, se souvient des images, désastreuses, du non-événement de Woodstock en 1999, avec un refrain décrivant un participant hurlant dans un mégaphone « Cocaine! ». Ailleurs, il rend hommage également au génie oublié de Venom, une constante partagée cette année avec Sunn 0))).

free in the total absence of vocal harmony

free

free within the majesty

free

free in the throb and the cacophony

Les amateurs de Mountain Goats savent que Darnielle a une passion, éloignée de sa production, pour les riffs et productions metalleuses. Quand il ne fait pas directement une liste des Best Hard Rock Albums 2013.

Grand écart culturel toujours puisque Danielle imagine assister au concert de 1971 au Carnegie Hall d’Annie Haslam au sein du groupe Renaissance et s’embarque vers un lieu imaginaire, topos du mythe de la frontier, le fameux Fenario, inclus désormais dans le format typique des chansons de Darnielle les Going to… ici Going to Fenario. Belle pirouette d’écriture.

Le cinéma n’est pas en reste, avec Darnielle imaginant Charliee Sheen (autre idole cabossée du show business comme Lane Staley ou les membres de Venom, « Thank you for coming we’re from Newcastle ») sauvant la veuve et l’orphelin (ici les « innocent women ») à grands coups de bobines, avec ses petits potes ex-indéboulonnables, l’incassable Bruce Willis ou le Gouvernator Arnold Schwarzenegger. Action movies et gangsters faisaient alors notre petit lait du mercredi après-midi, avec les dieux de l’époque Tarantino, Woo, Scorsese et leurs satellites anglais : ils sont ici évoqués par ricochet dans Shallow Grave ou directement en citant les modèles plus vrais que nature dans Crying on Eddie’s Nash Grave. Eddie’s Nash soit le plus puissant et le plus dangereux caïd/trafiquant de drogue opérant sur la côte ouest. Et dont Laurie Rose (alias Misty Dawn), dans une entrevue pour Playboy, disait, je cite Wikipedia : « Il [Eddie Nash] était un homme terrible… John m’avait dit qu’il aimait quitter les toilettes sans avoir utilisé de papier et offrir de la cocaïne à des jeunes femmes si elles léchaient son cul. »]

Et si Darnielle imagine quelqu’un pleurnicher sur la tombe de ce personnage tellement scorscesien, sachez que c’est dans le cimetière où reposent Bing Crosby, John Fante et Bela Lugosi. Quitte à pleurer, y avait peut-être mieux à trouver… Mais John Darnielle aime les chemins de traverse.

Voilà pour le panorama d’ensemble, le tissu de références avec lequel, finalement, Darnielle, une fois de plus, se peint, qui plus est en jouant avec les points de vue et les ambiances. L’adresse, Song for Lane Staley, le « je est un autre » (Charlie Sheen Reaches Out the Feds, Candlebox )le souvenir (Woodstock, Hidden Majesty of the Latter Venom Albums)le faux souvenir créé (Annie Haslam…)Avec en plus le plaisir du décalage, Hidden Majesty of the Latter Venom Albums tout mid tempo, rêveur, ou la nostalgie amère (Woodstock sur lequel Darnielle frôle le daron, un peu Wilco sur les bords, pour évoquer la déception ce Woodstock 99 et bien sûr les démons et ravages de la drogue dont on sait que Darnielle est un rescapé).

Bref, le fan a de quoi être amplement ravi mais la fête tourne pourtant court après deux titres absolument killers en ouverture. Sur Song for Layne, à ranger au firmament des chansons de Darnielle, on commence par une guitare folk mal enregistrée de la grande époque, recouverte progressivement par la production léchée de Matt Douglas avec la batterie toujours magistrale de John Wurster. Charlie Sheen Reaches Out the Feds continue la cavalcade avec un nouveau bassiste peut-être plus précis que Hugues mais moins attachant. Le soufflé retombe dès Shallow Grave, à mesure que la production recouvre la guitare folk de Darnielle. On peut d’ailleurs envisager tout l’album fondé sur ce principe de laisser la trame apparente de Darnielle et de la recouvrir intelligemment. Dans Best Hard Rock 2013, très low key, on oppose la guitare Mountain Goat classique à une contrebasse moelleuse et dans Going to Fenario (qui ressemble à du Hefner de la fin ou à The French), les claviers, la contrebasse et surtout la harpe de Mikaela Davis jouent les contrepoints classieux.

Néanmoins, on s’ennuie un peu sur Days, malgré la basse et les claviers 80s, ainsi que sur Last Day, un peu trop attendue, ou encore Shallow Grave et Candlebox.

Ah… mais nous sommes de vrais enfants gâtés (et nous sommes visés par contraste dans toutes les chansons ou presque) ! Darnielle parle tellement bien de lui et… de nous. Il aurait pu être Lane Staley, ou ce groupe de seconde zone ouvrant pour Candlebox (le réel rattrape la fiction puisque suite à ce single, Mountain Goats ouvrira pour Candlebox pour quelques dates cette année)

Three years on the local circuit

played twice at the county fair

and the second time, Ben,

our friend who worked the business end,

said a guy from a label was there

there were two more like him at the next show

staring us down like hawks

and there was love in the air,

and all the money was there,

and we were going on tour

with Candlebox

Et même lorsqu’il évoque le groupe de prog rock Renaissance, c’est une part de lui-même qu’il raconte.

Maybe you don’t recall,

but Renaissance played at Carnegie Hall

maybe you don’t recall,

but Renaissance played at Carnegie Hall

Can’t have the heavy drinking,

 there’s bills to be paid

money to be made

and no, before you ask,

it isn’t all about greed

but can’t do what you like

 if you can’t get what you need

Donc respect éternel, laissons l’œuvre s’infuser en nous. Et évidemment, on se pressera au concert à Nalen à Stockholm, dont on a acheté les billets les yeux fermés, un an à l’avance. Et on essaiera d’être au premier rang, avec les autres cinglés fans de ce groupe toujours essentiel.

Avec l’aide de Johanna D, Going To Nalen.

“Days” est sorti en cassette, CD, LP et numérique chez Cadmean Dawn le 7 août 2026.

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