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ARCA - Cinématique
(Les Disques Du Soleil Et De L’Acier / Chronowax)

ARCA - CinématiqueCa se confirme : la France est en passe de devenir l’autre pays du post-rock (enfin si on peut appeler ça comme ça). De Encre à Un automne A Lob Nor, en passant par les plus confidentiels Transbeauce ou Melmac, notre hexagone a livré récemment certains disques des plus énigmatiques et des plus bouillonnants d’idées. Des disques certes hétérogènes mais qui ont tous comme point commun de se bâtir sur les friches du rock décadent en mêlant l’organique et l’electro pour créer des nappes musicales lancinantes.

Le dernier en date et non des moindres de ces groupes s’appelle Arca qui nous offre ici un premier album passionnant et de grande classe. Le son y est beau, les guitares même distordues restent limpides, des claviers vaporeux enveloppent les mélodies et l’électronique y est employée avec une sobriété exemplaire. Les arpèges se répètent et s’enlacent sur des samples de cordes et de dialogues de films pour former des berceuses urbaines qui, comme toutes les berceuses, sont apaisantes et angoissantes en même temps puisque à la voie rassurante de l’adulte se substitue toujours l’obscurité angoissante.

Si ce disque n’est pas chanté, il n’est pas pour autant muet. Arca agrémente ses morceaux d’extraits de films, effet que j’apprécie grandement (ah le fameux « La Maman et La Putain » de Diabologum !) car les chansons prennent d’emblée une importance et un solennel propres aux monologues théâtraux. Ainsi croise-t-on, « La Nuit du Chasseur », Jarmusch, Louis Malle, Soderbergh, un discours de Camus, dans l’univers «cinématique» d’Arca.
Pas d’explosions soniques à la Mogwai sur ce premier opus, ni de grandiloquence salvatrice à la Godspeed You Black Emperor, même si ces groupes doivent faire, quelque part, partie des références d’Arca. On reste plutôt dans le mid-tempo, dans le suggéré, dans la retenue et la subtilité. Arca est à égale distance d’Emak Bakia (les soins de la production en plus) et de l’électronica allemande. Tour à tour lumineux et un peu désespéré, ce disque n’est pas loin d’être un coup de maître.
Je m’y laisse porter comme dans un train lancé à travers un paysage morose et brumeux sublimé par le mouvement, comme dans ces instants où l’esprit peut s’évader vers ses souvenirs et ses réflexions oisives.

Des voies vous bercent ou vous bouleversent. Ce disque est en songe éveillé de 43 minutes.

monsieur Morel

Baixa
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