Après
avoir tutoyé les sommets il y a trois ans, le trio
new-yorkais accouche d'une méthode radicale pour
redescendre sur le plancher des vaches. "23" se
voit confier la lourde tâche de succéder à
"Misery
is a Butterfly", ce qui en d'autres termes revient
à dire qu'il n'y aura pas de second miracle. Où
est passée la magie d'alors ? Partie en fumée
avec les mélodies graciles et surannées qui
imprimaient leur marque indélébile quasi instantanément.
Que reste-t-il du dialogue épique entre les voix
délicieusement angoissées de Kazu Makino et
d'Amedeo Pace ? En lieu et place, ce disque nous sert une
resucée sans relief sur une production chantilly
nappée de miaulements de chats égarés.
Au risque de choquer, il faut bien avouer que Blonde Redhead
s'est mis en roue libre sur ce coup-là. Certes, ce
n'est pas un disque épouvantable à mettre
au rebut car il conserve sur plusieurs titres l'éclat
d'une écriture éprouvée. Prenez "Publisher",
par exemple, composition claustrophobe à souhait,
"Héroïne" aussi, où Kazu redevient
cette sirène étrange capable de nous glacer
le sang sur une inflexion de voix, "Top Ranking",
enfin, qui balance une mélodie pop efficace et sans
chichis. Mais à l'image du single "23"
pas mauvais en soi, il faut s'accommoder de la purée
de pois à la place des voiles mélancoliques
qui habillaient jadis d'un romantisme sombre les compositions
du groupe. En forçant le trait, Blonde Redhead confond
épaisseur et profondeur. Il perd du coup cette fragilité
cristalline qui faisait sa force depuis "Melody of
Certain Damaged Lemons". Sans doute la fin d'un cycle
qui impose au trio de se renouveler dare-dare. Au vu de
leurs états de service, le challenge ne devrait pas
les impressionner.
Luc
23
Dr Strangelove
The Dress
SW
Spring and by Summer Fall
Silently
Publisher
Heroine
Top Ranking
My Impure Hair