Hiroshi Yoshimura – Music for Nine Post Cards

09/04/2018, par | Albums |
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Hiroshi Yoshimura - Music for Nine Post Cards

On approche de la fin de mes écoutes japonaises de la fin de l’an passé. C’est un bouquet final minimaliste dont il s’agit, peut-être le plus important parce que le moins démonstratif, le plus intime et qu’il produit des petits étincelles vives dans la tête et le cœur de ceux qui ont le bonheur de l’écouter. Permettez-moi de le comparer à une expérience récente et non moins épiphanique que celle de contempler des aurores boréales, petits feux scintillants, évanescents, ondulant de manière presque immobile et pourtant assurée. Dans cette aventure youtubesque partant du "Still Way" de Satoshi Ashikawa (featuring la percussioniste Midori Takada de "Through the Looking Glass" et de "Lunar Cruise", suivez-vous ?), qui porte le numéro 2 dans la série Wave Notation, il fallait qu’on pioche un peu la carte première, soit ce "Music for Nine Postcards", sous-titré Wave Notation 1 lors de sa réédition en CD de 2011.

 

Mon petit cœur de beurre fond pour le Rhodes. Il m’avait déjà fait craquer pour le "On Cahuenga" de Nicholas Krgovich, dans lequel il était au centre. On retrouve ici les mêmes vibrations délicates, les sons cristallins, des bulles qui s’échappent, rondes et pleines ou fines de claire. On est dans le pur du pur, le moins du moins et pourtant quel voyage et quelles émotions ! Je me souviens encore d’une première écoute nocturne, où tout semblait parfait, chaque note à la fois nouvelle et inattendue alors qu’on est dans un canevas minimaliste assez strict. Quelle science, quelle sensibilité, quel univers ! On est irrémédiablement touché et désarçonné par tant de magie. Hiroshi Yoshimura enterre les Eno, les Glass et toute la clique, débarrasse le plancher avec le manche de la pelle, mais gentiment, délicatement, parce que Hiroshi Yoshimura a du cœur, de la classe et nous offre la sérénité (sans totalement rejeter la mélancolie, hein). Pas étonnant qu’il cite Satie et sa musique d’ameublement. Yoshimura s’inscrit dans cette filiation-là. Et, pour une fois, j’ai l’impression de ne pas usurper une référence.

Inspiré par les paysages vus de sa fenêtre et enregistré en 1982 pour le Hara Museum de Tokyo, Music for Nine Postcards est un chef d’œuvre de la musique minimale à redécouvrir et chérir urgemment. C’est Empire of Signs/Lights in the attic qui se sont collés à nous rendre disponible cette 8e merveille du monde. Je m’en veux un peu parce que j’ai attendu de recevoir l’album avant de pondre la chronique et maintenant la nouvelle réédition est à nouveau épuisée. Désolé.

Pour me faire pardonner, je vous dirais que l’objet mérite son acquisition notamment pour ses notes de pochettes d’époque mais aussi ses ajouts revenant sur la genèse et le point de départ de celui qui devint l’un des designers sonores d’espace public les plus renommés du Japon. En outre,  le verso nous montre les neuf cartes postales (dessinées par l’auteur) reliées aux compositions, tantôt motif de base (à jouer chez soi), tantôt portées devenant ondes ou nuages avec ou sans oiseaux évoquant une affiche bien connue de Magritte, ou encore illustration en noir et blanc. Notons aussi la portée tronçonnée en 4 morceaux, portant chacun une des lettres composant le mot SNOW (cf la 8e piste "Urban Snow") : groupement de quelques notes en forme de délicats flocons (avec voix très brumeuse sur la piste). Évidemment, on pense aux partitions graphiques de la grande époque ("Treatise" de Cardew en ligne de mire), aux multiples cartes sorties des manches/pochettes des disques/cerveau d’Eno ou encore à James Tenney (cf le récent "Gala-kei" de Tori Kudo) et ce n’est plus le cercle qui se boucle mais une vraie spirale infernale.

Pour ceux qui voudront prolonger le plaisir, "Pier & Loft" du même Hiroshi Yoshimura est des plus valables même s’il n’a pas l’exquise simplicité de "Music for Nine Postcards".

Je vous laisse : je vais retourner, une nouvelle fois, le disque, regarder par ma fenêtre les flocons et m’imaginer au Japon en attendant que tombent les pétales de fleurs de cerisiers. Ça peut encore prendre quelques mois. Tant mieux.

Avec l’aide de Johanna D., souvent vue de ma fenêtre (hommage à Denis T.).

PS : la deuxième réédition du disque comporte quelques copies avec des pistes saturées. Un nouveau pressage a donc été effectué pour remplacer les exemplaires défectueux. Serait-ce l’occasion d’en presser davantage pour les retardataires ?

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