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Disques

Nicholas Krgovich – On Cahuenga

Nicholas Krgovich - On Cahuenga

Nicholas Krgovich (No Kids, Gigi, P:ano) est un petit génie. La preuve, Owen Ashworth de Casiotone for the Painfully Alone, nous apprennent les notes de pochettes, a supplié Krgovich d’enregistrer cette relecture nocturne et Chopinesque de « On Sunset » pour le sortir sur son label Orindal Records. Comme un bonheur n’arrive jamais seul, c’est Phil Elverum (The Microphones, Mount Eerie) qui enregistra le tout directement sur bande un après-midi d’avril. Et c’est juste magique. Oui quelques fois (souvent) les vertus du dénuement, de la pauvreté, magnifient la beauté pure, la classe. C’est là qu’on voit si ça tient la route. Un peu comme les versions démo de Magnolia Electric Co montraient à quel point les chansons de Molina tenaient debout toutes seules même sans la puissance de feu de la corvette Magnolia. Sauf que Nicholas joue non seulement la carte de la spontanéité mais aussi celle de l’interprétation. Il chante comme jamais : tour à tour déchirant ou crooner charmeur, petit popeux enjoué, il joue sur les registres, s’approche du micro, s’en éloigne brusquement, utilise les limites du studio pour jouer sur les échos (on entend et imagine une pièce très vaste, vide). C’est un vrai bonheur de l’entendre essayer de jouer, seul, toute sa production hyper léchée, les différents choeurs masculins, féminins, en mettant l’accent sur telle phrase. Il y a du Schubert là-dedans, les dernières sonates particulièrement ou l’on entend bien plus que du piano. Ici le Rhodes, sans overdubs s’il vous plaît, se colore de milles nuances de gris (sans référence aux chefs-d’oeuvre BDSM). D’ailleurs, l’autre génie de mon Panthéon personnel, Tori Kudo, le dit si bien : « When he plays the keyboard, I hear the sound of unseen drums. If he plays the drums do I hear the keyboard ? ».

Autre tour de force, les laissés-sur-le-bas-côté par la prod eigthies de « On Sunset » (Matthieu Chauveau de la rédaction nous signale d’ailleurs qu’on se trouve peut-être moins du côté de « Kaputt » que de l’artiste How to dress well) se retrouveront peut-être à danser sur ce r n’ b écorché (« Along the PCH on Oscar Night » encore) comme les dépressifs chroniques adoraient se trémousser sur « Etiquette » de Casiotone for the painfully Alone (et j’ai des noms).

Autre avantage de « On Cahuenga », se concentrer sur les textes car on tient un sacré parolier qui vise au chef d’oeuvre. Si ceux de « Come Into My House » étaient plus référencés, travaillés, très côte Est, Floride et pop preppy, « On Sunset »/ »On Cahuenga » reflètent l’atmosphère hédoniste et égocentrique de la côte Ouest et de Los Angeles en particulier. Krgovich ne cesse de parler de lui mais le point de focalisation est bel est bien différent. Me Myself and I and LA à tout bout de champ. Finalement et avec beaucoup de modestie, Krgovich reprend à son compte les promesses non tenues de Sufjan Stevens.

Même si l’époque est différente, on appréciera aussi la doublette « On Sunset »/ »On Cahuenga » en lisant le diptyque « Autel California » de Nine Antico puisqu’ici et là on cherche à capturer l’essence des lieux et du temps par l’expression sincère des sentiments. Oups pardon j’ai encore Prousté.

« And it’s the thing that just won’t quit. And that the scenery that surrounds it ». « Moon’s Soft Glow » peut être encore plus belle et poignante en version dépouillée.

Nous espérons que vous trouverez votre porte chez Krgovich, que ce soit par le porche ou par la cuisine, peu importe au fond, ce qui compte c’est d’entrer.

 

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