Jacob Kirkegaard - Labyrinthitis

27/03/2009, par Julian Flacelière | Albums |
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JACOB KIRKEGAARD - Labyrinthitis
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JACOB KIRKEGAARD - LabyrinthitisJacob Kirkegaard, un des actuels maîtres du field-recording, poursuit avec "Labyrinthitis" ses recherches en s'intéressant cette fois de près au fonctionnement interne de l'oreille, et plus particulièrement au rapport que l'organe entretient avec le monde extérieur. Kirkegaard prend comme point de départ une théorie émise il y a plusieurs siècles par le compositeur italien Tartini (1692-1770), selon laquelle l'oreille réagit à ce qu'elle entend en émettant à son tour. Il découvrit en effet par hasard, en accordant son violon, que deux cordes jouées à un certain ratio provoquaient l'apparition d'un troisième son, ce dernier n'étant cependant ni une somme ni une synthèse de la paire précédente, mais une tonalité "indépendante". On ne réussit évidemment que beaucoup plus tard à comprendre exactement le phénomène : lorsque deux tonalités entrent dans la cochlée, ses "poils" se mettent à vibrer, modifiant leur perception par notre cerveau. En somme, l'oreille produit un son de la même manière qu'un instrument, pouvant être enregistré à l'aide de microphones, puis amplifié pour être écouté.

Concrètement, Kirkegaard a inséré un petit tube composé d'une paire d'enceintes et d'un microphone dans son oreille gauche, qui a envoyé deux tonalités d'un ratio de 1-1.2. Il utilisa ensuite les sons ainsi générés en les faisant écouter à plusieurs auditeurs, dont les oreilles internes fabriquèrent de nouvelles tonalités. Selon le même processus, ces fréquences sont ensuite envoyées dans l'oreille de Kirkegaard, et ainsi de suite, jusqu'à ce que le corps des auditeurs commence à réagir de manière particulière à cette juxtaposition de vibrations. Sachant que chaque personne écoutant le CD chez lui, si possible avec un très bon casque stéréo, réagira de manière différente selon son état physique, les tonalités, la durée d'écoute, etc, l'expérience se révèle aussi intriguante que, parfois, profondément déroutante.

Les effets physiques peuvent ainsi être extrêmement désagréables, comme je puis en témoigner : au bout de trente minutes, je sentis des picotements aux alentours de mon bassin, puis une espèce de sensation de flottement, qui disparut bien vite pour laisser place à une impression de pesanteur accrue, comme si ma masse avait augmenté entre temps. Il est de même extrêmement ludique d'observer un ami écouter "Labyrinthitis". Du malaise à une sorte de blocage cérébral en passant par un incoercible dégoût physique des sons, les réactions furent extrêmement variées. Autre phénomène remarqué lors de ces séances de groupe : les vibrations se déplacent dans le corps entier, comme un flux électrique ou, plus prosaïquement, un énorme frisson. Evidemment, l'expérience n'est pas complète sans un appareil relativement sophistiqué et des conditions optimales, mais une écoute, attentive ou non, permet de découvrir par soi-même la manière dont nos organes auditifs fonctionnent et interagissent avec le cerveau et le corps, provoquant autant de perplexité que d'intérêt. Intéressant, ludique, étrange et instructif, "Labyrinthitis" est plus qu'une oeuvre contemporaine, une étude scientifique ou un disque ambient, à quoi il ressemble souvent : il s'agit d'une expérience à part entière, à laquelle chacun devrait participer au moins une fois dans sa vie.

Julian Flacelière

 

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