La Route du Rock - Collection Été 2011

22/08/2011, par , Matthieu Chauveau, et Guillaume Sautereau | Festivals |
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Après une grasse matinée bien méritée quoique écourtée par la pluie imprégnant sérieusement la toile de tente, c'est avec un grand plaisir que l’on se rend au Palais du Grand Large pour assister à la conférence de Christophe Brault sur le label Warp - une bonne occasion d'aller se mettre au sec.
Loin d'être anecdotique, le rendez-vous prend tout son sens dans la programmation d’un festival qui a vu Richard D. James aka Aphex Twin, l’une des premières signatures du label Warp, clôturer la soirée du vendredi, et qui verra Battles, l’une de ses figures de proue actuelles, terminer celle du samedi.
Allez savoir quel est le secret de Christophe Brault, mais c'est de loin le festivalier le plus en forme en ce lendemain de première nuit de festival. Le monsieur alterne explication savantes et précises - jamais barbantes - sur l'histoire du légendaire label électro, projections de photos et, bien sûr, extraits musicaux - accompagnés ici et là d’improbables danses improvisées et de chantonnements approximatifs de l'esthète - pour le plus grand plaisir d'une audience venue si nombreuse que la majorité des personnes sont assises - voire allongées - par terre. (MatCh)

On n’aimerait pas forcément être à la place des Still Corners ce soir-là. Sans même un album à son actif (“Creatures of an Hour” sort à l’automne, chez Sub Pop), et donc à peu près inconnu, le groupe londonien est chargé d’ouvrir la soirée au Fort de Saint-Père sous une pluie qui semble là pour durer. Comme, en plus, leur musique rappelle fortement celle des regrettés Broadcast (avec moins de génie), certains esprits chagrins pourraient les accuser de vouloir occuper leur trône encore chaud. Cette application de bons élèves – ils doivent encore avoir l’âge d’être à la fac – s’avère finalement touchante, et on se laisse bercer par la jolie voix de la chanteuse, aussi sage qu’Anika la veille, mais nettement plus souriante. (VA)
Alan Sparhawk (Low)

Low, qui leur succède, offre un contraste saisissant. Avant même d’avoir joué la moindre note, le très classieux Alan Sparhawk - accompagné bien sûr de sa femme Mimi Parker à la batterie minimale et aux chœurs, de Matt Livingstone à la basse et d’un clavier - impose une présence magnétique. L’entame, le long “Nothing But Heart” (tiré du dernier album, “C’mon”), nous laisse tétanisés. La suite est tout aussi magnifique, partagée entre des titres récents et des classiques des années 2000 qu’on est toujours heureux d’entendre : “Monkey”, “Canada”, “Sunflower”, “Violent Past”… Alan dit qu’il nous trouve beaux, tout encapuchonnés sous les gouttes, et ça ne sonne même pas comme une vile flatterie. Groupe admirable, concert parfait jusque dans son timing (une heure pile ou presque). (VA)
Madelin Follin (Cults)

Avec Cults, retour à une musique plus légère et ensoleillée, malgré la pluie qui s’acharne. Le groupe à cheveux longs - qui, nous dit-il, n’avait jamais joué devant autant de monde - déroule sa pop rétro et carillonnante avec un peu moins de finesse que sur disque, mais avec une fraîcheur assez irrésistible. Plutôt que d’en rajouter dans les poses sexy, Madeline Follin préfère jouer les bonnes copines sympas, demandant au public (qui s’exécute de bonne grâce) de souhaiter un bon anniversaire au batteur. Guère plus qu’un showcase de l’album, au final, ce qui représente quand même une sacrée enfilade de tubes potentiels, de “Go Outside” à “Oh My God”. (VA)

Leur prestation ayant été brusquement interrompue en 2004 pour cause de pluie abondante, c'est avec un peu d'appréhension que l'on attend le concert de Blonde Redhead. La pluie continue à tomber avec une constance et un régularité décourageantes. Cette pluie tant redoutée qui a su magnifier le concert de Low quelques heures plus tôt gâchera-t-elle celui du groupe de la délicieuse Kazu Makino ?
Les doutes sont levés dès le deuxième morceau, quand la chanteuse tombe la veste, prête cette fois-ci à affronter courageusement - sous sa bien légère robe blanche qui fait le bonheur du cameraman - le temps malouin décidément capricieux.
Certains festivaliers regretteront l'utilisation il est vrai abondante de bandes enregistrées pour étoffer le son du trio et ainsi restituer fidèlement le spectre sonore très riche qui est la marque de la musique du groupe depuis son arrivée sur le mythique label 4AD. La prestation scénique de Blonde Redhead vient pourtant annihiler tout soupçon de prestation aseptisée. Kazu chante mieux que jamais de sa voix haut perchée inimitable, n'hésitant pas à hurler sur le génial “Equus”, réminiscence délicieuse de la période séminale où le groupe passait - bien injustement - pour un ersatz sans saveur de Sonic Youth. Les jumeaux Pace sont eux d'une efficacité, d'une précision et d’une classe redoutables, tant à la batterie qu'à la guitare. Et surtout, les compositions sont - c'est ce qui fera défaut à quelques groupes du festival... - de très haute volée. Interprétant exclusivement les morceaux de leurs trois derniers disques - à l'exception d'un détour bienheureux vers “Melody of Certain Damaged Lemons”, le temps d'un “In Particular” imparable -, Blonde Redhead vient nous rappeler qu'il est un des groupes les plus importants de ces quinze dernières années. Un groupe qui ne ressemble à aucun autre. Pas si courant dans le paysage musical actuel. (MatCh)

Ni algues vertes, ni marée noire chez Dirty Beaches, mais un homme seul sur la scène de la Tour, Alex Zhang Hungtai. Musicalement, c’est on ne peut plus minimaliste : le jeune homme lance des rythmiques basiques sur lesquelles il plaque des textes plus scandés que véritablement chantés et des aplats bruitistes de guitare. De temps à autre, une ballade sépulcrale permet de respirer. C’est un peu répétitif, mais franchement prenant, le Canadien (d’origine taïwanaise) s’inscrivant dans une lignée de têtes brûlées adeptes de la transe vaudoue : Alan Vega, James Chance, James Johnston (Gallon Drunk), Nick Cave, Kid Congo Powers, Jeffrey Lee Pierce, voire Screamin’ Jay Hawkins si l’on veut vraiment remonter aux origines. Fan de Blonde Redhead, il leur rend un hommage tordu et érudit en reprenant… “Blonde Redhead”, le morceau de DNA qui a donné son nom au trio. Façon aussi d’affirmer une filiation évidente avec le jeu de guitare peu orthodoxe d’Arto Lindsay et la no wave en général. Assurément l’une des révélations de cette Route du rock. (VA)

Quand on les a vus une dizaine de fois sur scène depuis 2003, difficile d’être encore surpris par les Kills. Reconnaissons néanmoins que la formule basique du duo ne s’est pas encore usée. Les concerts de VV et Hotel ont perdu en tension sexuelle ce qu’ils ont gagné en variété, entre le rock brut, sale et bluesy des débuts (deux morceaux du premier album dans la setlist) et les nouvelles chansons plus pop et synthétiques. A part ça, pas de Kate Moss dans les parages ; dommage, elle porte magnifiquement les bottes de pluie. (VA)
Ian Williams (Battles)

Un concert, ce n'est pas seulement un groupe, c'est aussi un public. Celui de la Route du Rock ce samedi soir est passablement essoré pour l'ultime concert de la journée, et, même si la pluie a cessé, la petite moitié de festivaliers qui sont encore présents pour le concert de Battles partagent sans doute le sentiment d'être des survivants. Le terrain, quoique boueux, est donc favorable au  trio new-yorkais, qui ne se fait pas prier pour en profiter. Bien entendu, on ne sait pas trop qui joue exactement quoi - on subodore que Dave Konopka, à la basse, tire l'air de rien les ficelles derrière ce qu'on entend - mais le groupe a le mérite d'assurer le show, ne serait-ce qu'en ne jouant pas à 10 mètres du devant de la scène comme le plupart de ses confrères en cette certes pluvieuse édition. Pour pallier à la fois le départ de Tyondai Braxton et l'absence des chanteurs-intérimaires du dernier album, Williams, Konopka et Stanier sont donc tous les trois en front de scène, au même niveau, et deux écrans vidéo diffusent les images des chanteurs absents en playback virtuel. C'est basique, pas toujours synchro, mais astucieux, marrant et relativement efficace. Kazu Makino, qui vient de jouer avec Blonde Redhead, fera quant à elle un passage pour interpréter en chair et en os un "Sweetie & Shag" un peu brouillon. Mais si les titres "chantés" passent bien malgré ce dispositif de bric et de broc, c'est sur les instrumentaux que le trio révèle toute sa puissance - l'impressionnant jeu de batterie de Stanier, à la fois tellurique et millimétré, faisant merveille - et enflamme littéralement le public encore présent, et bien content d'avoir résisté à l'appel du sec. Un des shows du festival. Et bonus, une sortie par le haut pour les musiques instrumentales dites "sérieuses" (math-rock, post-rock...), malmenées ici avec bonheur par nos trois vétérans.

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