La Route du rock, Saint-Malo, du 14 au 16 août 2015

21/08/2015, par | Festivals |
  • Facebook
  • Twitter
| permalien

Dimanche 16 août

J Whispers

Les quelques lignes du programme sur Jimmy Whispers, Chicagoan signé sur un petit label français, laissaient présumer un artiste un peu agité du bocal, mais plutôt mélancolique et introverti. Au lieu de cela, on découvre sur la plage de Bon Secours un olibrius complètement siphonné, pas très loin de Mac DeMarco ou de l’iconoclaste vétéran Gary Wilson, qui chante simplement par-dessus un playback, arrose de bière un type en train de cuver en contrebas de la scène, et finit torse nu dans le sable, au milieu des spectateurs. Et malgré ce grand n’importe quoi, ses morceaux parviennent à nous émouvoir.

Districts 1

Districts 2

Districts 3

Originaires de Pennsylvanie, les jeunes garçons de The Districts portent haut le flambeau d’un rock brut, un peu râpeux, mais pas dénué de fulgurances mélodiques ni de nuances. Ils ne s’économisent pas, surtout le chanteur-guitariste, dans la lignée un peu gueularde des Replacements, Walkmen ou Cold War Kids. Leur concert se termine en apothéose par les quelque neuf minutes de “Young Blood”, morceau de bravoure de leur deuxième album. Un groupe attachant, sans frime, à suivre de près.

FJM2

FJM1

Suit ce qui restera sans doute comme l’un des meilleurs concerts de cette édition 2015, celui de Father John Misty. Quand il s’appelait encore J. Tillman, l’Américain chantait des morceaux folk beaux mais un peu tristes, en regardant ses pompes, attifé comme Neil Young dans les seventies. Il faut croire que l’amour l’a transfiguré : le voici devenu une bête de scène, entre Nick Cave, Jarvis Cocker et Jim Morrison sobre, sexy en diable, avec barbe, lunettes de soleil et jean slim de hipster. Showman pince-sans-rire accompagné d’une belle bande de soudards, il s’impose comme le seul crooner de ces trois jours avec Taylor Kirk de Timber Timbre. Un vrai chanteur, ça fait quand même du bien.

Viet 1

Notre intrépide camarade Séverine Garnier ayant déjà dit longuement ici même tout le bien qu’on pouvait penser des disques et des concerts de Viet Cong, on ne s’étendra pas sur la performance de ces Canadiens ennemis du confort, s’annonçant simplement par “We are a band that plays music”. Mais quelle musique… Dissonante, rugueuse, sombre, répétitive jusqu’à la transe, et parfaitement maîtrisée, aux influences discernables, de Captain Beefheart à This Heat, mais toujours dépassées. Grosse claque.

Savages 1

Savages 2

Savages 3

Savages 4

Les influences semblent moins bien digérées chez Savages, quatre filles en noir (beaucoup) et blanc (un peu) pratiquant un néo-post-punk à la fois raide et sensuel, qui avaient déjà foulé les planches de la grande scène en 2012. Qu’elles soient issues de leur premier album ou du prochain à paraître, leurs compositions ne sont pas toutes mémorables, mais la chanteuse Jehnny Beth (c’est un pseudo, elle est française) est tout à fait fascinante. On avait eu un nouvel aperçu de ses talents vocaux et de sa présence scénique il y a quelques mois à la Cité de la musique dans le spectacle de Philippe Decouflé en hommage à Bowie, où elle chantait aux côtés de Jeanne Added et Sophie Hunger ; elle les confirme ici, n’hésitant pas à aller au contact du public. Une digne descendante de Siouxsie et Mona Soyoc (Kas Product).

Ride 1

Ride 2

Après My Bloody Valentine et Slowdive, la Route du rock, née dans les années 90, se devait d’accueillir un autre nom majeur du rock qui regarde ses pompes. En l’occurrence Ride, quartette d’Oxford dont le premier album “Nowhere”, superbe chant d’adieu à une jeunesse jetant ses derniers feux, fête ses vingt-cinq ans. A ceux qui se demandaient quelle est encore la petinence de leur noisy pop en 2015, Gardener, Bell & Co ont répondu par ce qui restera peut-être le meilleur concert de cette édition. Certains regrettent que les potards ne soient pas plus poussés dans le rouge, même si “Drive Blind” est rallongé par un long pont bruitiste (une idée sans doute piquée à MBV et leur “You Made Me Realise”). Mais Ride semble aujourd’hui privilégier une certaine clarté au brouillard sonore, mettant en valeur la beauté des mélodies et un chant (partagé entre les deux guitaristes) plus assuré que par le passé. Vêtu d’un T-shirt “I love Lozère” (LE grand mystère du week-end), le batteur Loz Colbert tient l’édifice avec une maestria impressionnante. Mark Gardener dédie “Dreams Burn Down" à son pote Robin Guthrie, apparemment présent comme à Paris quelques semaines plus tôt, et expatrié comme lui en France. Hormis l’absence inexplicable de “Twisterella”, l’un de leurs meilleurs singles, la setlist est parfaite, et le bonheur de pogoter sur “Seagull” ou “Taste” dépasse de loin la simple nostalgie.

Deacon

On a bien gigoté aussi sur le set de Dan Deacon, accompagné d’un batteur. Ses habituelles tentatives pour canaliser la foule ne furent guère couronnées de succès à cette heure tardive et avinée, et c’est un joyeux bordel qui a accueilli son électro saturée et son bagout de vendeur de bagnoles d’occasion. We want (Balti)more !

Juan Mc1

Juan Mc2

Ambiance un peu moins déglinguée sur la scène des Remparts avec John McLean, alias The Juan McLean, éternel second couteau de l’écurie DFA, vieux pote de James Murphy. Avec Nancy Whang (ex-LCD Soundsystem) au micro, il semble vouloir rendre hommage à un certain son new-yorkais, entre disco, electro-funk early 80’s et house. Sans génie, mais plaisant.

Jungle 2

Jungle 3

Les collectifs montés autour de producteurs ont parfois du mal à faire vivre leur musique sur scène. Ce n’est assurément pas le cas des Londoniens à succès de Jungle, qu’on sent soudés et heureux de faire la clôture. Leur soul-funk syncopée et incarnée parvient à faire danser les derniers courageux. On ne tiendra malheureusement pas jusqu’au bout, se privant visiblement du meilleur du concert. On se promet de les revoir ailleurs… et de revenir à Saint-Malo l’an prochain.

Photos Vincent Arquillière.

les derniers articles


»» tous les articles
»» toutes les chroniques de disque
»» tous les posts du blog
»» tous les CR de concerts et festivals