Les Vieilles Charrues - Carhaix, du 14 au 17 juillet 2011

08/08/2011, par Pierre Gourvès | Festivals |
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Samedi 16 juillet : Angus & Julia Stone,  Two Door Cinema Club, Crystal Fighters, Cypress Hill, The Bloody Beetroots Death Crew 77

Le samedi s'ouvre sur du folk : le duo Angus & Julia Stone parvient à sauver les festivaliers de la pluie par une musique particulièrement inspirée. Accompagnés d'une violoncelliste, les Australiens jouent essentiellement leur dernier album ("Memories", sorti en fin année dernière) ainsi que leur nouvel EP (le populaire "Big Jet Plane''). Multipliant les différents instruments (harmonica,  piano à soufflet), la chanteuse surprend notamment  par son interprétation très langoureuse du "You're The One That I Want'' que Travolta et Newton-John chantaient dans le film "Grease", au point qu'elle en devient presque méconnaissable.

Two Door Cinema Club contraste en pimentant la fin d'après-midi par une pop dansante mais ne parvient pas à égaler Crystal Fighters en fin de soirée qui constitue le véritable bijou de ce festival en terme de musique pour s'agiter. Devant ce mélange habile de la mécanique du metal et de la techno, les festivaliers de la scène Xavier-Grall en ont pris pour leur grade durant une bonne heure et demie alors que tout n'était pas sans risque tant ceux-ci étaient déchaînés (en témoigne une jeune fille innocente écrasée devant par un homme-catapulte tombé du ciel). Dur.

La nuit s'ouvre avec le deuxième groupe hip-hop du festival : les Californiens de Cypress Hill. Moins spectaculaire que Snoop Dog, le groupe a fait l'effet d'une bombe. Je fais déjà le pèlerinage pour The Bloody Beetroots, formation électro à l'honneur en cette nuit de samedi. Comparé au club gentillet du David Guetta, le trio a su pleinement utiliser la grande scène pour bombarder le public d'un son particulièrement brut, réservé en général. C'est assurément le concert électro le plus abouti depuis plusieurs éditions, dont un souvenir comparable remonte à LCD Soundsystem en 2005.  

Dimanche 17 juillet : Asaf Avidan & The Mojos, Lou Reed, PJ Harvey, Goran Bregovic, House of Pain, The Chemical Brothers

Pour ce dernier jour de festival, le meilleur est attendu : deux des têtes d'affiches du festival que sont Lou Reed et PJ Harvey s'enchaînent à une heure d'intervalle. La véritable découverte de la journée est le Asaf Avidan et ses Mojos. Avec plus d'une demi bouteille de whisky dans le sang (utilisée comme une cow bell), le chanteur israélien nous livre une voix soul d'une puissance extraordinaire, à rendre presque inoffensifs les Bellrays deux jours auparavant, se délectant tout de même du public plus réduit que la veille, alors que la pluie continue de s'abattre sur le site. Autre grande révélation de cette année.

Alors que le gentil Pierre Perret chante joyeusement sur la scène voisine “Les colonies de vacances”, le Lou Reed se fait attendre. Sa venue aux Charrues aura fait polémique et ça se comprend : le vieux rocker de presque 70 ans a fait son entrée sur Glenmor avec un air médusé et un cruel manque d'énergie et de conviction dans sa voix. Un peu plus échauffé, Lou Reed a su offrir un rock brut quoique toujours autistique, heureusement contrebalancé par d'excellents musiciens (je pense à son guitariste/violoniste qui a tenu plusieurs fois le public en haleine avec de longs solos parfaitement maîtrisés). On peine à reconnaître "Walk On The Wild Side" ou bien encore "Sweet Jane", "Ecstasy" sonne elle plutôt bien. Lou Reed quitte la scène à l'heure sans un mot et sans rappel, devant un public surpris et déçu. Un goût amer nous reste en travers de la gorge.

PJ Harvey, une heure plus tard, rattrape le coup pour un des meilleurs concerts du festival. Habillée tout en noir et coiffé d'un corbeau noir sur la tête, la chanteuse britannique est accompagnée par un trio synthé/batterie/guitare. À l'écart des musiciens, elle arbore sa voix björkienne acquise avec son dernier album "Let England Shake", aux accents lui aussi très celtiques. Accompagnée d'une autoharpe plutôt discrète - genre de petite harpe qui se rapproche d'une cithare - "The Words That Maketh Murder" ou la refonte de ses anciens morceaux plus rock comme "Big Exit" nous rappelle qu'il fut un temps où PJ Harvey faisait de la musique proche du grunge. Avec son sourire malicieux d'enfant, elle quitte la scène aussi charmée que le public lui-même qui n'attendait pas mieux en ce dimanche plutôt léger.

Minuit approche et l'heure du concert final approche, les très attendus Chemical Brothers. Entre temps on a pu entendre les excellents Goran Bregovic et House of Pain, musique serbe et hip-hop mouvementé. À peine les concerts terminés, qu'un compte à rebours est annoncé depuis Glenmor par un responsable du festival : Carhaix fête les vingt ans du Festival des Vieilles Charrues par un très beau feu d'artifice, accompagné d'extraits de concerts passés, l'occasion de rappeler l'étendue de leur tableau de chasse. Les Chemical Brothers embrayent et mettent le paquet sur le plan visuel : écrans géants sur lequels des clips sont diffusés, en plus d'un gigantesque anneau de lumière autour des 2 DJs. Si cela manque quelque peu d'énergie, malgré des basses particulièrement brutales durant plus d'une heure, on apprécie le soin de la mise en scène, trop souvent négligé pour ce type de concert. On en profite pour partir un peu en avance, pour mieux fuir le raz-de-marée que va être la ruée vers les parkings du site. Le plus dur est fait.

Si les années précédentes m'avaient toujours laissé un sentiment de frustration, je suis au contraire sorti satisfait de mon séjour à Carhaix pour cette année 2011, assurément la meilleure édition depuis trois ans. Le festival des Vieilles Charrues s'en sort avec les honneurs par son cortège d'artistes indépendants qui ont su parfaitement combler les déceptions causées par les têtes d'affiches.

 

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