Mathieu Boogaerts - Interview

04/02/2009, par Silvio Lung | Interviews |
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MATHIEU BOOGAERTS

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BM : Tu joueras la batterie ?
Non parce que c'est frustrant, t'as envie de bouger, la batterie, t'es comme ça derrière tes cymbales...

SL : N'est pas Phil Collins qui veut.
Voilà c'est ça. Mais même pour le public, Phil Collins, c'est marrant, mais au bout d'un quart d'heure, t'as envie qu'il se lève, qu'il bouge. J'en ferai certainement quelques unes, mais j'ai choisi d'avoir un batteur.

SL : Et une tournée c'est combien de dates ?
Le spectacle que tu présentes dans une tournée, ça a un coût, ça représente de l'énergie, de l'argent, donc tu ne peux pas faire que 2 concerts, c'est pas rentable. Il y a ça qui entre en jeu aussi, fabriquer un concert, rencontrer des musiciens, les répétitions, enfin tout pour que le truc existe, il faut un minimum de concerts, donc là le minimum c'est 25, et le maximum que j'ai fait moi, c'est genre 100.
La scénographie sera radicale, un truc que quand j'ai commencé à en parler aux gens qui m'entourent, les réactions c'était "ah oui t'es sûr ?" j'ai dit oui.

Mathieu Boogaerts, par Julien Bourgeois

SL : Vivement qu'on voit ça alors. Et par rapport à l'enregistrement - pareil dans la bio - elle est bien écrite cette bio d'ailleurs...
Moi je la trouvais trop prétentieuse cette bio. Le mec qui l'a écrite il a vraiment aimé, on s'est parlé avant il m'a dit "putain trop bien" donc j'étais content mais bon...

SL : C'est un journaliste qui l'a écrite ?
Oui, c'est un mec des Inrocks qui s'appelle Richard Robert. Quand je l'ai lue je l'ai trouvée trop racoleuse, trop pub et il m'a dit "non mais vraiment c'est sincère j'aime bien" mais j'ai même enlevé des trucs, j'ai un peu allégé.

BM : Moi je la trouve bien. Je me suis dit "pour une fois c'est vrai".
Ah ça m'intéresse.

SL : Et donc oui, dans cette magnifique bio, on apprend donc que l'écriture était partie de la batterie, c'est assez original, comme méthode, non ?
Oui et non. Je ne crois pas. Je suis quasiment sûr que sur tous les trucs de hip-hop que tu connais, il y en a 9 sur 10 qui sont écrits comme ça. Quand tu as De Le Soul qui écrit un titre, je ne pense pas que le mec est avec une guitare sèche dans un hamac, je pense qu'il est en studio, qu'il fait tourner un rythme et puis après il trouve des phrasés... Moi je voulais faire comme ça, parce que je m'étais aperçu que des fois, quand j'improvisais sur des rythmes en déconnant, ce qui sortait, c'était pas du tout la même chose que ce qui sortait avec ma guitare. Je me dis c'est marrant, quand je me retrouve avec un micro quand on fait un bœuf avec des potes, je trouve un rythme funky, ça arrive, je me retrouve devant mon micro et je me dis "putain c'est marrant les mots qui arrivent c'est pas du tout les mêmes que quand je suis tout seul chez moi".

SL : C'est quoi alors la différence entre la composition à la guitare sèche et la batterie ?
C'est comme si tu comparais un peintre qui dessinait toujours avec un crayon à papier, et puis un jour, tu lui donnes un rouleau, il ne va pas du tout dessiner les mêmes choses.

BM : Et est-ce que ça te fait chanter en anglais par exemple de composer sur de la batterie ?
Exactement. C'est-à-dire que le fait que les mots soient venus en anglais, c'est parce que je suis conditionné à James Brown, à Machin, donc quand j'entends un rythme funk, les mots qui sont venus naturellement ils sont un peu plus en anglais que d'habitude, et je les ai assumés comme tels. Enfin c'est un anglais... un anglais de non-anglophone.

SL : Oui de l' "à peu près" anglais.
Voilà ça m'intéresse cet anglais-là. Qu'est-ce qu'on retient ? C'est pas destiné aux anglophones.

SL : Ce ne sera donc pas avec cet album-là que tu vas conquérir le monde ? Si ?
J'aimerais bien. Après tu vois, la chanson "Je ne veux pas travailler", ça a surtout séduit les Français, parce qu'il y avait une espèce de français un peu gauche avec un accent, un charme, ou bien dans je ne sais plus quel morceau de Prince, il y a un truc en français. Je ne sais pas mais ça m'intéresserait vraiment de savoir ce qu'en pensent les anglophones.

SL : Justement Tôt ou Tard (le label de Mathieu NDLR) va sortir le disque à l'étranger ?
Pour l'instant, tu peux pas décider de sortir un disque à l'étranger, par contre tu peux avoir l'ambition de le sortir, c'est-à-dire essayer, donc là ils sont en négociation, mais là rien n'est fait.

SL : Et une tournée à l'étranger ? Ce sera lié à la sortie éventuelle ?
Oui oui tout à fait.

BM : Moi je voulais revenir sur un truc un peu technique : tu parlais tout à l'heure de ta façon d'aller chanter sur des beats à la manière des rappeurs. C'est comme ça que tu l'as fait en studio, c'est-à-dire que ce sont des séquences de batterie que tu mets en boucle, que tu fais tourner pour chanter ou bien tu joues tout entièrement ?
Alors là le processus, c'était un processus qui changeait vraiment mes habitudes. J'ai changé de méthode, de toute façon je suis convaincu que la méthode c'est hyper-important dans une création quelle qu'elle soit, le cadre que tu as, etc. ça peut induire mille trucs différents. Je reparle du peintre, si le peintre il a une toile comme ça dans un endroit très lumineux, il fera pas du tout la même chose que s'il a une heure pour faire un petit dessin comme ça. Donc le processus ça a été de me mettre à la batterie pour trouver des rythmes, une fois que je l'avais trouvé, je le programmais, donc c'était pas joué, j'ai samplé ma grosse caisse, ma caisse claire, mes cymbales. Quand tu programmes c'est beaucoup plus souple.

BM : En tout cas le rendu est assez comme ça, à mi-chemin entre du beat sur sampler et de la vraie batterie.
Je fais toujours un truc en réaction au précédent, donc si jamais le disque avant était ouaté, guitare nylon et après une année de concert comme ça, en réaction, j'ai envie de faire autre chose.

BM : Pour finir, une petite remarque : dans "Dandy", tu dis je suis un petit ami et dans "Corinne" tu dis "toutes les copines elles ont disparu" : alors à quoi ça sert ?
(rires) Je peux pas répondre à cette question... En fait chaque chanson est forcément autobiographique, après c'est très ouvert, on est tous des fois amoureux, des fois plus, des fois pas, des fois on en a 2, des fois on en a une, des fois on aimerait une autre, ça évolue elle s'appelle pas toujours Corinne, voilà j'écris sur toutes ces sensations que je vis, que j'ai vécues, que j'aimerais vivre, que l'autre a vécues, et sur un seul disque après douze chansons on peut se dire "bon alors il est avec quelqu'un ou il est avec personne ?".

SL : C'est une question qu'on se pose, ça : est-ce que tu es seul ?
Actuellement ouais. D'ailleurs si une lectrice est intéressée...

Mathieu Boogaets, par Julien Bourgeois

Propos recueillis par Silvio Lung et Bob Manager
Photos par Julien Bourgeois.
Merci à Xavier.

A lire également, sur Mathieu Boogaerts :
la chronique de "I Love You" (2009)
la chronique de "2000" (2003)

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