L'analogie
commence déjà peut-être à barber sérieusement
la pauvre Camilla Munck,
mais en découvrant son chant, comment
ne pas penser à la divine Beth Gibbons, tant la ressemblance
est troublante. Elle
aurait tort de s'en offusquer, d'ailleurs, car loin d'être
un vil succédané, cette voix
soutient tout à fait la comparaison. Sans être une
stricte copie, un peu
moins enfumée, un peu plus cristalline,
c'est bien la même vibration que l'on retrouve, le genre à se
faire dresser le poil
d'un auditoire entier. On ne lui en voudra donc pas (après
tout, c'est SA voix aussi).
Moogis Johnson, son comparse,
conscient de cet atout
majeur, a sans doute
bien compris que puissance émotionnelle
ne rime pas avec puissance
tout court. Il s'évertue donc à en
faire le minimum, et à le faire bien, ce qui ne l'empêche
pas de savoir varier
les habillages : discrètes guitares
slide (les deux Danois
oeuvraient auparavant
au sein de "Wynona",
groupe country local
aujourd'hui disparu),
piano, cordes, touches
d'électro…
Un début tout en douceur titille immédiatement la
corde sensible, pour ne plus la lâcher. Avec pour point culminant
un "Ease Me" à pleurer, simplement et magnifiquement
rehaussé de quelques notes de piano.
Afin de relancer l'ambiance,
qui tendrait à devenir trop lénifiante, s'ouvre ensuite
un intermède nettement plus sombre. "Home", sorte
de slow-blues grinçant nous prend ainsi à rebrousse-poil
au moment où on ne s'y attend pas. "Here Comes You" se dresse ensuite, encore
une autre pièce de choix, solennel
et fier, sur fond de
guitare dramatique.
On revient par la suite à un classicisme plus folk ou slow-core,
sans que le niveau d'ensemble n'en pâtisse le moins du monde.
Les amoureux des paysages désolés de Low trouveront
en particulier leur bonheur dans les funèbres "Ghostdance" et "For
my Sweetheart".
Le duo a porté ces titres pendant quatre ans avant de les
enregistrer, ce qui explique certainement qu'ils aient eu le temps
de peaufiner, tant l'ensemble se révèle sans faille
et d'une beauté désarmante. Indispensable pour ceux
pour qui ce genre de beauté finit par transformer la tristesse
en bonheur.
Marc Schmit
Eyes Wide Open
The Sky
Ease Me
Sister Mine
Home
Here Comes You
Lack of Disguise
Lilies
Please
Ghostdance
For my Sweetheart