Murcof - Remembranza

28/12/2005, par Gabriel Marian | Albums |
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MURCOF - Remembranza
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MURCOF - RemembranzaLe développement des technologies numériques a mis à la disposition de tout le monde le moyen de faire de la musique électro sans se ruiner. Mais tout comme les caméras à prix démocratique ne remplacent pas le talent de cinéaste (inné ou formé), les synthés virtuels sur ordinateur ne servent pas à grand chose si on n'a rien à dire. Ces dernières années, le refroidissement sensible de l'enthousiasme pour l'électronica en est la preuve incontestable. C'est surtout une occasion d'apercevoir plus nettement ceux qui restent et qui comptent dans ce domaine, parmi lesquels, le Méxicain Fernando Corona, connu sous plusieurs pseudonymes, dont Terrestre ou Murcof. Il signe de ce dernier nom une musique hybride, entre l'expérimentation la plus pointue et l'instrumentation la plus raffinée (piano et autres cordes, tout un orchestre de chambre en samples minimalistes), ce qui suffit pour brouiller toutes les catégories : où ranger ses disques, en électro ou en musiques contemporaines ? Des compositions d'une élégance surnaturelle, filtrant une douce mélancolie, mais sans désespoir. Le premier album de Murcof, "Martes" était déjà un chef-d'œuvre d'inventivité à couper le souffle, une alchimie qui faisait de l'or en brisant des cordes de violoncelles sur des rythmes déconstruits. Il était suivi de "Utopia", un disque de remixes qui offrait aussi quelques inédits. En écoutant "Remembranza" on éprouve paradoxalement une vague frustration, puisqu'on se retrouve déjà ailleurs, alors qu'on espérait se délecter des mêmes formules. Murcof poursuit son exploration et réussit même à effacer le tout petit défaut qu'on aurait pu lui reprocher sur "Martes", une légère surcharge de "blips" dans le rythme, remplacés désormais par toute une palette de pulsations sonores. Sa façon de construire les morceaux reste fascinante, elle fait penser à un prestidigitateur qui se passe de la belle assistante blonde et qui, du coup, apporte tout seul sur scène, un à un, les humbles instruments de sa magie : parfois deux bouts de corde, un paquet de cartes et une baguette. Au début on n'arrive pas à comprendre à quoi tout cela peut servir, mais l'enchantement et la stupéfaction n'en sont que plus grands quand on voit sortir du chapeau l'Oiseau bleu, les étoiles d'Orion et la Sirène du Pacifique. D'ailleurs, ici, même la progression des morceaux suit un crescendo subtil des arrangements, comme la lente redécouverte d'un souvenir ("remembranza") alors que "Martes" laissait éclater dès le début ses couleurs. Cette suite fait alterner de longues plages de 7 à 9 minutes, méticuleusement construites, et de brefs interludes énigmatiques au détour desquels, tel un mirage, on a l'impression d'entendre des voix. Ce sont sans doute celles de la mémoire recomposée.

Gabriel Marian

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