Pink Nicotine - Music of Spheres

11/02/2008, par Frédéric Antona | Albums |
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PINK NICOTINE - Music Of Spheres
(Autoproduit)

PINK NICOTINE - Music Of SpheresDéjà huit ans et trois albums que Pink Nicotine distille son psychédélisme amphétaminé dans les contrées du Nord de la France et bien au-delà. Le souvenir d'un magnifique concert au Théâtre Massenet de Lille il y a quelques années m'avait durablement marqué et j'avais depuis suivi avec intérêt les pérégrinations du combo. Deux ans après "Clockwise", Pink Nicotine revient en ce début d'année avec "Music of Spheres", dans lequel ils durcit le propos, et confronte ses obsessions pour le psychédélisme sixties avec la noirceur et les progressions harmoniques des pionniers du hard-rock. "Atomic Lovers", morceau-gigogne de près de sept minutes, parfait exemple de cette symbiose, allie l'onirisme du Jefferson Airplane et les claviers analogiques des premiers Pink Floyd avec la rythmique lourde et fuzzy de Black Sabbath - "Paranoïd" n'est pas loin. Mais c'est toujours leur capacité à recréer ce rêve d'infini que l'on pensait à jamais enfoui, qui fascine depuis le premier album. "Outer Space", avec ses harmonies vocales en bataille et guitare passée à la cabine Leslie, et cette basse énorme qui tient la baraque quasiment à elle seule. Il n'est toutefois pas possible d'oublier l'une des figures tutélaires du groupe, Syd Barrett, dont la vision inégalée d'une Angleterre victorienne sous influence lysergique est évoquée avec le très anglais "Kaleïdoscopic Girl". Barrett lui-même est présent sur le disque, par le biais d'un sample d'une des dernières interviews qu'il effectua, un an avant sa mort. Quelques phrases du Maître prononcées depuis l'au-delà sur "Laughing Land" et "Cosmic Valley" viennent filer le frisson. Sur ce dernier titre, les voix passées au phasing se frayent un chemin entre les montées harmoniques, les lignes de basse saturées, pour aboutir à un paroxysme sonore ultime, entre cymbales qui claquent et farfisa rugissant. Cette tension permanente entre mélodies pop et violences sonores -sur "Solar System", notamment, entre The Move et Blue Cheer- rappelle cette période musicale située entre 1968 et 1969, à l'exact croisement entre l'agonie du psychédélisme originel et sa mutation vers un son plus lourd et noir, distillé par des groupes tels que Spooky Tooth ou Vanilla Fudge. C'est cette alliance stylistique peu commune, entre tradition et modernité, qui donne à Pink Nicotine tout son sel. Le son du disque, beaucoup plus direct et percutant que sur l'album précédent, renforce encore la profonde attractivité de cette "Musique des Sphères", et l'efficacité ravageuse que ces titres révèlent en concert.

Frédéric Antona

A lire aussi : la chronique de Clockwise



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