R Stevie Moore, la Java, Paris, le 17/07

22/07/2011, par Maéva Pensivy | Concerts |
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Dimanche, le trublion pop lo-fi R Stevie Moore est sorti de sa chambre pour nous donner un cours sur la musique contemporaine américaine. Une leçon foutraque à souhait qui a réjoui nos oreilles néophytes.

Après une première partie rock psyché délivrée impeccablement par les trois garçons chatons de Tropical Ooze (par ailleurs backing band de R Stevie Moore), la deuxième partie était assurée par Eyes Behind, trio post-punk, qui accueillait pour l’occasion le clavier de Cheveu. Deux filles au chant, dont une batteuse hyper énergique, et une ribambelle de chansons pressées qui m’ont fait penser pour une raison inconnue à Sex Bob-omb, le groupe de Scott Pilgrim (s’il y a des bédéphiles qui suivent).

R Stevie Moore est déjà là, il regarde le concert du côté de la scène, intéressé.

R Stevie Moore

Un peu plus tard, il amène avec lui sa guitare sur laquelle on peut voir des photos de femmes nues et une bouteille de rouge vraisemblablement achetée chez Nicolas. Un teddy Brooklyn vert sur le dos, il s’assied par terre et se crache dans les mains pour lisser sa barbe, geste qu’il refera souvent dans la soirée. S’ensuit un concert de deux heures, en trois parties avec (mini) entractes. Les Tropical Ooze sont visiblement ravis de jouer avec lui, et le jeune homme de 59 ans s’en donne à cœur joie (un peu trop même, vu qu’aux dernières nouvelles il cherchait un masseur chinois du côté de Dijon, sa prochaine date avant les plages du MIDI). Après une première partie psychédélique et joyeusement bruyante, il fait mine de rester coincé sur scène, comme si son imposante carcasse l’empêchait de passer la porte. Il en profite pour nous raconter sur le ton de la confidence que c’est la première fois qu’il revient en France depuis 1984, année où il signa sur le défunt label français New Rose.

Il continue seul avec une guitare pour la deuxième partie, nous embarquant pour un tour magique et mystérieux avec ses balades pop et acidulées comme des bonbons dissonants. Le groupe revient et la ribouldingue repart de plus belle : un cadavre exquis de morceaux très différents les uns des autres, comme cette ritournelle ska que suivent des guitares lourdes et un rock de stoner. R Stevie Moore puise dans son immense répertoire, et joue aussi quelques morceaux de son nouvel album, "Advanced", dont "You don’t have to worry about my love" (dont  l’intro évoque "Blackbird") ou "Carmen is Coming". Et au milieu, cette merveilleuse reprise de "I Want You (She’s So Heavy)" des Beatles, un de ses groupes fétiches (et dont il a détourné un certain nombre de pochettes pour ses albums).

R Stevie Moore

Le concert est à l’image de ses enregistrements, un fourre-tout malin où se côtoie tout ce qui a pu faire la musique pop-rock américaine de la deuxième moitié du vingtième siècle. On perçoit à quel point le bonhomme a pu influencer une partie de la scène indie pop actuelle, dont son premier fan Ariel Pink, vu il y a peu de temps, ou encore Holy Shit, en tournée française également. R Stevie Moore éructe, lèche son bras, se roule par terre avec sa guitare puis s’assied en position de prière, son énergie est captivante. En guise de final il jette son paquet de chips tortillas sur le public, tourne les talons et s’en va. On part de la Java comme des gamins excités et fatigués, avec l’envie de refaire un tour de manège dès que possible.


R Stevie Moore

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