Terranova - Hitchhiking nonstop with no particular destination

20/11/2002, par David Larre | Albums |
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TERRANOVA - Hitchhiking nonstop with no particular destination
(!K7 / PIAS)

TERRANOVA - Hitchhiking nonstop with no particular destinationIl y a sur le nouvel album du groupe un troisième morceau proprement inouï, aussi étrange par sa nouveauté que totalement irrésistible, peut-être la déflagration sonore la plus retorse et entêtante depuis le "Get ur freak on" de Missy Elliott. À la fois détournement haut de gamme de Shaggy Otis ("Out of my head") et réponse des bergers (allemands) à la bergère en nuisette Kylie ("Can't get you…"), le titre expose, sur un rythme techno minimal et euphorique, la voix lacérée au cut-up de Cath Coffey, écartelée par cette mécanique robotique entre chuchotements, cris étouffés et déclarations d'amour. Dansant et cérébral, primaire et raffiné, alangui et violent, le morceau parasite durablement le cours régulier de vos pensées et transforme votre table de travail en piste de danse improbable. Lorsque le groupe renouvelle l'exploit du détournement pervers en minant une composition de Bob Marley ("Running away") par la guitare et la basse de Bauhaus ("Bela Lugosi's dead"), on se dit que le groupe est en train de réussir un gros casse : en deux morceaux seulement, le groupe relègue les canons de la bastard pop au rang de modèles dérisoires, et dynamite de l'intérieur les fondations hip-hop et dub qui ont défini le style de son premier opus, Close the door, album plus qu'estimable de 1999. La formation, en complète rupture de ban (changement de label et d'équipe), semble prête à s'aventurer, armée et belliqueuse, sur le terrain dangereux des musiques fusionnelles, où elle apparaît désormais comme un adversaire redoutable de Primal Scream, Death in Vegas ou Massive Attack. Servi par une palette de voix expressives tantôt masochistes, tantôt dominatrices, le groupe cherche de toute évidence la confrontation : punk, électro, hip-hop et cold-wave sont de la partie, les guitares grondent derrière le flow, le discours se fait volontiers docte («Sublime"), vindicatif ("Equal Rights") ou rageur ("Mongril"). On chercherait en vain les signes explicatifs de ce violent coup d'accélérateur, le groupe semblant s'amuser à faire un pied de nez au sémiologue en herbe : une pochette floue, le nom du groupe comme recouvert par trois bandes blanches, une photo intérieure qui présente une fausse apparition à l'envers des défuntes tours du World Trade Center, le minimum d'informations nécessaires. On comprend simplement que la mutation musicale est réelle, brutale et saisissante, que le disque, à sa manière décalée et cinglante, semble faire écho à la violence du monde et que, pauvre con d'auditeur, on se trouve effectivement comme pris (de force) en auto-stop par un bolide cinglé ("Goodbye the Ferrari") prêt à s'emballer pour nous emmener nulle part, c'est-à-dire de préférence dans le décor au prochain virage. Mais les chauffeurs de cette voiture volée semblent savoir conduire et ils ont embarqué avec eux de chouettes copines…

David

Breathe
Sublime
Aht Uh Mi Hed
Mongril
Fun Gallery
Equal Gallery
Heroes
Running A Way
Hell
Angie (O.S.T.)
Concepts
Goodbye The Ferrari

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