Thierry Müller - Interview

16/09/2009, par Cyril Lacaud | Interviews |
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THIERRY MÜLLER

Il s'agit d'un disque plus facile, comme celui d'après, "Lena's Life and Other Stories", mais qui reste toutefois proche de l'esprit fondateur. En tout cas, il s'agit de deux disques superbes qui sont une porte d'entrée idéale pour découvrir ton univers.
Je ne suis pas resté à faire toujours la même chose, après plus de trente ans c'est quand même satisfaisant. Avec Ilitch, comme les disques sont assez différents j'ai quasiment un public par disque. Pareil pour Ruth, par exemple, rares sont ceux qui aiment à la fois "Polaroid Roman Photo" et "Periodik Mind Trouble". Chaque projet avait un concept bien particulier et comme je ne sais pas travailler sur deux projets à la fois, il faut qu'un cycle se termine pour que je puisse repartir sur quelque chose d'autre. Même si pour moi ça forme un tout : l'écriture est différente, mais cela reste la même expression.
"Lena's Life and Other Stories" est un disque assez ambitieux mais qui, hélas, est passé complètement inaperçu en France.
C'est peut-être mon album le plus accessible, le plus gai en tout cas. C'est venu de la collaboration avec Nicholas Littlemore (producteur et musicien australien membre de Teenager, Pnau, Empire of the Sun, qui chante sur deux titres du disque). On avait envie d'aller vers des formats plus courts qui soient vraiment des chansons, même si on trouve aussi de longs instrumentaux. C'est un album qui est assez classique finalement. D'ailleurs malgré ce qu'on peut dire des autres albums d'Ilitch, et même si j'ai un univers et un son particuliers, j'ai une écriture qui reste plutôt classique. La rencontre avec Nicholas était assez surprenante. Un jour, je reçois un e-mail dans lequel il se présente, déroule la liste de tous les musiciens avec lesquels il a joué, et finit par me demander si je veux faire quelque chose avec lui ! Sur le coup, j'ai pensé que c'était un gag ! Ça s'est fait totalement par hasard. Un jour qu'il passait à Paris, entre deux séances d'enregistrement avec Lee Ranaldo et Jah Wobble, il a dégotté un exemplaire d'époque de "10 Suicides" dans une boutique de disques d'occasion où il a ses habitudes, ça lui a plu et il m'a ensuite contacté.

En 2008, dans le cadre de la série de concerts "L'Etrange Musique" à Paris, tu a donné un concert d'Ilitch avec un "super groupe". Pourquoi est-ce resté une expérience unique à ce jour ?
C'était une bonne expérience, mais assez difficile. J'étais super flippé, déjà que je le suis dès que je monte sur scène, alors là, comme c'était annoncé comme étant le grand retour d'Ilitch en concert... C'était plutôt une première tellement ça faisait longtemps que je n'en avais pas fait. J'étais un peu attendu au tournant ! Comme en plus on avait choisi une formule pas très facile avec un peu d'improvisation et que nous avions fait très peu de répétitions, pour un flippé comme moi, franchement ça faisait beaucoup !

Thierry Müller, par Julien Bourgeois

Avec le même groupe, tu as enregistré un album qui s'intitule "La Maïeutique de la quantique". Ça doit sortir quand ?
Il a été enregistré il y a maintenant un an et demi. Je cherche un label pour le sortir et des concerts sont prévus.

Tu viens aussi de publier, toujours dans le cadre d'Ilitch, "Dark Summer", qui est un disque intime et assez mélancolique, où tu es seul à la guitare.
L'histoire de ce disque est très bizarre. A l'origine, en 2006, j'avais proposé un album à Benoît du label Textile, qui est malheureusement décédé pendant l'élaboration de ce disque. Mais il fallait que ça sorte, d'où le côté brut de la musique. Ensuite, c'est resté dans les placards. Finalement j'avais envie que ça vive, et comme je n'ai pas trouvé de label je l'ai autoproduit.

Récemment, je suis tombé sur une interview de Jean Cohen-Solal, musicien assez pointu qui a collaboré avec le GRM et a créé avec son frère Robert tout l'habillage sonore des "Shadoks". Il a reçu pas mal de prix et il expliquait, très sérieusement, que sa plus grande fierté c'était de figurer dans la fameuse liste de groupes incontournables d'après Nurse With Wound, qui était insérée dans la pochette de leur premier album ("Chance Meeting on a Dissecting Table of a Sewing Machine and an Umbrella" sorti en 1980). Tu es aussi sur cette liste, tout comme Philippe Doray.
En fait, je l'ai su quand mes albums ont été réédités. Pourtant j'avais le disque dans sa version originale mais je n'avais jamais regardé dans le détail, et de toute façon la liste est illisible ! C'est sûr que c'est agréable, car il y a vraiment du beau monde dessus.

Il y a d'ailleurs pas mal d'artistes français des années 70 sur cette liste qui avaient des préoccupations similaires, complètement en marge des musiques dominantes de l'époque.
Oui, il y avait pas mal d'artistes ermites, comme moi, qui faisaient leur truc dans leur coin et qui travaillaient sur le même genre de musique. A cette époque où internet n'existait pas, ce genre de démarche a dû permettre à certains musiciens de savoir qu'ils n'étaient tous seuls à faire leur truc ! Ce n'est qu'ensuite, avec l'arrivée de labels comme Rough Trade, que ces gens ont pu vraiment se connaître. Mais franchement, je me demande encore comment un album comme "Periodik Mind Trouble" a pu se retrouver entre les mains de Steven Stapleton (Nurse With Wound), pour moi ça reste un mystère.

C'est amusant car au moment des rééditions de tes albums, c'était utilisé comme un argument de vente par tous les mail orders américains !
Pour ce genre de musique c'est l'équivalent d'un "vu à la télé" ! Moi aussi, j'avais fait ma liste sur "10 Suicides", elle était un peu moins sérieuse que celle de Nurse With Wound, je citais France Gall...

Pour finir, quels sont tes projets ?
En plus de l'album d'Ilitch qu'on espère sortir un jour, le label Rotorelief prépare une compilation de morceaux enregistrés pendant les sessions des albums "Hors Temps" et "Lena's Life and Other Stories". Si tout se passe bien, cela doit sortir à la rentrée. Sinon, avec Nicholas on a fait pas mal de morceaux, dont certains vont sortir sur ses albums, pour lesquels il faudrait qu'on trouve un autre nom qu'Ilitch car c'est vraiment un projet à tous les deux plus qu'une collaboration. On s'est rencontrés à plusieurs reprises, la dernière fois c'était en janvier à Sydney, dans son studio. On a pas mal de matière, reste à finaliser tout cela complètement, mais comme il est très pris je ne sais pas encore quand ça va sortir. J'ai testé les morceaux sur plusieurs personnes, ça a l'air de bien fonctionner !

Propos recueillis par Cyril Lacaud et Vincent Arquillière
Photos par Julien Bourgeois



A lire également, sur Thierry Müller :
la chronique de "Rare & Unreleased 1974-1984 " (2007)


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