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Disques

Helvetia – Fantastic Life

En vacances de Duster (mais aussi de Built To Spill), et en post-désintox, Jason Albertini aka Helvetia se joue de ses démons dans une urgence et luxuriance lo-fi. De la sombre, et fantastique, fraîcheur.
Attention, addiction possible. De l’explosion de Duster (groupe culte slowcore à ranger à côté de Bedhead et Codeine, avec lesquels il partage de belles rééditions chez Numero Group) naquit Helvetia. Jason Albertini (Helvetia) partage donc avec Chris Brokaw (Codeine) le destin du batteur rescapé de la formation culte qui continue une fructueuse carrière. Pour autant, Jason Albertini n’exploite pas (complètement) le filon d’origine. Abandonnant un peu les schémas minimaux, tortueux, réfléchis de Duster, Helvetia se tourne vers une inspiration plus débraillée, quasi ensoleillée, en tout cas résolument psychédélique. Moins d’opiacés et plus de champignons, donc. La diète est sévère car Albertini sort de désintox mais, pour autant, le résultat musical est luxuriant. Garder l’image de l’effet sans le produit : le rêve.
Helvetia s’est trouvé une véritable maison d’adoption chez Joyful Noise, y compris pour son album annuel, “Devasting Map”, sorti en juin (à écouter ici). Mais c’est “Fantastic Life”, microédition de janvier chez les désormais précieux Moone Records, qui retient notre attention. Pourquoi ?
Avant tout parce qu’on a toujours eu un faible pour les albums mal enregistrés, plus portés sur la spontanéité que le son travaillé. Ensuite, parce qu’on est dans le core (le corps/le cœur) d’Helvetia : une bouillonnante créativité, une simplicité et une efficacité mélodique soumises à de constants déplacements qui déséquilibrent l’attendu. À chaque titre ou presque, on croit posséder le truc de composition alors que quelques instants plus tard, souvent en plein titre, on est baladé ailleurs.
New wave lo-fi (“Keep Digging”) ? Démos de Malkmus jouées par Matt Mondanile (plus Ducktails que Real Estate) ? Ce sont ces incessantes mutations qui nous rendent Helvetia à la fois tellement familier et tellement surprenant. On pense à un Deerhoof en miniature, pour l’improbable mariage de la sunshine pop et du garage, monocéphale en tout cas, bloqué sur deux-trois pistes (ici, en fait quatre) et qui aurait mis la main sur les démos de Pavement de la grande époque.

Helvetia / “The Brink” from Helvetia on Vimeo.
Sur “The Brink”, on pourrait se dire en terrain sur-connu, avec une implosion de folk des familles. Oui mais voilà, surgit un débordement de wah wah in-con-trô-lable. Sur “Tripping Boy”, on aborde un Bedhead totalement désossé et sur “Nooze” (quasi le même titre d’ailleurs), c’est du The New Year en chemise hawaïenne mal repassée.
Plus étonnant encore, la présence de textes plus travaillés que de coutume dans ce genre de haillons musicaux rapiécés (“A Fantastic Life”), totalement dépressifs et pourtant assez pimpants. Le monde n’est pas bien gai certes, ce n’est pas une raison pour pleurnicher.
“Fantastic Life” fait d’ailleurs penser aux retours en grâce d’un autre revenant des opiacés, ceux de John Frusciante chez American Recordings. Mêmes collages, mêmes sursauts de génie, même volonté autarcique, même auscultation de corps meurtris et d’âmes en quête d’infini.
Pour le reste, on a notre quota de riffs entêtants, de voix nonchalante et glorieuse, de cris primaux aussi parfois, de batterie maligne (à très gros renforts de cymbales) et de fraîcheur irrésistible. Que demande le peuple ? Une vie fantastique.
Avec l’aide de Johanna D., tripping chérie.
Après une sortie digitale sur Bandcamp, “Fantastic Life” est paru en LP chez les fantastiques Moone Records le 8 janvier 2020.

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