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Disques

Philippe Cohen Solal & Mike Lindsay – Outsider

Décidément, les supergroupes sont à la mode ! Après Lost Horizons de Simon Raymonde et Richard Thomas, voici Philippe Cohen Solal & Mike Lindsay ! Soit le cofondateur du projet d’électro-tango Gotan Project et le frontman du groupe britannique de folktronica Tunng. Les deux amis viennent de signer l’un des albums les plus classieux et ambitieux de ce début d’année.

Impossible de parler de l’album sans évoquer celui qui en a été l’inspiration, la source : Henry Darger. Il s’échappe de l’institution psychiatrique dans sa jeunesse, connaît une vie solitaire, bosse comme portier dans un hôpital et meurt en 1973 à 81 ans dans un anonymat qui lui semblait prédestiné. Jusqu’à ce que les propriétaires de son appartement à Chicago découvrent chez lui, après sa mort donc, un capharnaüm incroyable : un roman de 15 000 (!) pages (The Story of the Vivian Girls in What is Known as the Realms of the Unreal, of the Glandeco-Angelinian War Storm Caused by the Child Slave Rebellion) et plus de 300 aquarelles ou dessins sur papier pour illustrer cette histoire de guerre infinie initiée par la rébellion de fillettes esclaves sur une planète imaginaire. Henry Darger passe de quidam anonyme à artiste phare du mouvement outsider (art brut anglo-saxon), composé d’autodidactes cabossés par les accidents de la vie. Trente ans plus tard, ses œuvres sont exposées à l’American Folk Art Museum de New York où notre frenchy Philippe Cohen Solal reste estomaqué devant l’une d’entre elles. Se prenant de passion par l’œuvre de Darger, il se met en tête de la mettre en musique et appelle son confrère et ami Mike Lindsay. Dix-huit ans plus tard, et donc près de cinquante ans après la mort de Darger, le duo, accompagné du jeune chanteur Adam Glover et de la multi-instrumentiste Hannah Peel (The Magnetic North), sort donc le bien-nommé “Outsider”.

Un peu comme The Flaming Lips période “The Soft Bulletin” et “Yoshimi Battle the Pink Robots”, “Outsider” est un concept-album autour de cette guerre narrée dans le roman. Rassurez-vous, pas besoin de connaître l’histoire délirante imaginée par Darger pour apprécier l’album à sa juste valeur. Car “Outsider” est avant tout un somptueux disque de pop baroque, fourmillant de mille détails, de violons, de cuivres, de clavecin, de petits bruits, de chœurs divins et surtout de mélodies aériennes. Ces mélodies sont sublimées par la voix grave et claire du jeune crooner Adam Glover (inconnu au bataillon) qui rappelle Nick Cave, Timber Timbre et surtout Neil Hannon. Avec des orchestrations amples et riches, on jurerait entendre Get Well Soon repris par The Divine Comedy.

Construit à la manière de l’art outsider, c’est-à-dire avec des collages, des sons enregistrés ici ou là (vieilles pubs, bulletins météo…), l’album s’apprécie d’autant plus en immersion complète, pour en saisir chaque détail. Et ainsi éprouver à chaque fois le même plaisir de s’y perdre. Les chœurs semblant échappés d’une B.O. d’Ennio Morricone de “Hark Hark, My Friend, Cannon Thunders Are Swelling”, les envolées des violons de “Onward on Fire” ou la pop seventies de “Bring Them In” nous plongent dans des ambiances cinématographiques captivantes. Élégant comme chez Lee Hazlewood, luxuriant comme The Divine Comedy, envoûtant comme Morricone, cet “Outsider” devient un sérieux concurrent pour figurer parmi les albums de l’année.

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