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Disques

Meyverlin – Daily Events

Un trio de Français fait revivre sans prétention mais avec talent et finesse l’indie pop britannique de leur jeunesse.

Vous venez de terminer les mémoires de Jean-Daniel Beauvallet, qui vous ont donné envie de vous replonger dans votre vieille collection d’“Inrocks” bimestriels et mensuels ? Alors vous êtes fin prêt pour le premier
album de Meyverlin. Un pur concentré d’indie pop 80’s-90’s à l’anglaise, concocté entre l’an dernier – merci le confinement – et cette année par trois Français, Gilles Ramey (textes), Philippe Lavergne et Thierry Haliniak (voix, instruments, composition, production), le nom du groupe étant un simple bout-à-bout des deuxièmes syllabes de leurs patronymes respectifs.
Jusque dans le son un peu brut, qui trahit le home recording transatlantique (soigné, quand même), “Daily Events” rappelle des groupes britanniques qui compensaient des moyens limités par leur fougue et leur sens mélodique. On retrouve surtout dans ces guitares ligne claire et ces refrains efficaces le pedigree des auteurs : Philippe Lavergne a commencé à faire de la musique il y a plus de trente ans avec Les Freluquets (chez Rosebud, çe ne nous rajeunit pas), et Thierry Haliniak a sorti trop discrètement des chansons sous l’alias My Raining Stars, à la mélancolie venue très clairement d’outre-Manche. Avec le troisième larron, ils forment malgré l’éclatement géographique un solide tronc commun, dont les branches donnent de bien jolis fruits, quoique un peu acides (l’apport des textes souvent désenchantés de Gilles Ramey est essentiel).

Pas très loin des Railway Children, des Razorcuts, d’Another Sunny Day ou de The Wake période Sarah records (mais on pourrait citer des dizaines d’autres groupes plus ou moins obscurs, et aller voir aussi du côté de la new wave et de la britpop), le trio assume totalement ses références. Leur disque fait d’ailleurs penser à une sortie précédente de leur excellent label brestois Too Good to Be True, la réédition de l’unique album de Moscow Olympics, étonnante formation… philippine qu’on situerait à l’oreille quelque part entre Londres, Bristol et Manchester.

Homogène avec ses guitares jangly, sa basse très mélodique et ses voix sans affectation, l’ensemble varie quand même un peu les plaisirs pour éviter la monotonie. La ballade “Colourblind” est ainsi plus lente et acoustique que le reste, tandis que “Rebellion” est un morceau de deux minutes et cinq secondes plus rythmé, aux riffs de guitare incisifs. On croit aussi déceler un peu de l’ADN sautillant des merveilleux Housemartins dans “Dying Love” ou “Unfaithful”.

Si “Nice Guy”, “Policy”, “Shades” et “Months”, clôture lancinante enluminée d’une trompette (naturelle ou artificielle), ont un petit quelque chose qui les élève d’emblée au-dessus du reste, ce projet collectif – n’oublions pas Vincent Briffaut qui signe les superbes photos noir et blanc du livret – s’avère de très bonne tenue du début à la fin. Totalement à l’écart des modes sans être passéiste et sans livrer un simple décalque de prestigieux modèles, “Daily Events” est ce que les Anglo-Saxons appellent un labour of love. Un beau geste qui nous va droit au cœur.

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