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“This Charming Man”, Morrissey en images

Si ses biographies de Paul Weller et Damon Albarn impressionnaient déjà par leur rigueur et leur précision, c’est une véritable somme que Nicolas Sauvage – chargé de médiation culturelle à la Rodia, la salle de musiques actuelles de Besançon – a consacrée à Morrissey, période Smiths et solo. Sur plus de 600 pages, “Morrissey l’insoumis” (aux éditions Camion Blanc, comme les précédents) tente de cerner un personnage insaisissable, auteur ou coauteur de quelques-uns des disques les plus marquants de l’histoire de la pop, qui suscite aussi bien la vénération que l’agacement, voire le rejet, depuis près de quarante ans. Pour son livre, Nicolas a regardé des heures de vidéos dans lesquelles le Mancunien apparaît ; nous lui avons demandé d’en choisir et commenter quelques-unes.


The Smiths – “What Difference Does It Make ?” (1984)

« C’est amusant de voir aujourd’hui certaines chansons des Smiths présentées sur YouTube avec cette mention “Official music video” alors qu’il s’agit en réalité d’archives télévisuelles. Cela étant, petit écran ou pas, la force de ces images inscrit Morrissey et son groupe dans une série de chocs visuels retentissants dans l’histoire de la pop. On sait combien l’interprétation de “Starman” par Bowie ou le passage des New York Dolls sur le poste de télévision familial ont bouleversé le Morrissey adolescent. Des glaïeuls dans la poche arrière du jean au Sonotone, en passant par ce maniérisme très marqué, le chanteur parviendra lui aussi à animer un public fervent dès les premiers jours. »

The Smiths – “The Boy With The Thorn In His Side” (1985)

« MTV et les Smiths sont nés à la même période. Pourtant, Morrissey a longtemps rechigné à utiliser le clip comme support commercial et il ne prédisait d’ailleurs qu’un engouement passager pour ce format. Pour cette raison, les passages du groupe sur le plateau de “Top of the Pops” font partie des images les plus célèbres alors que les véritables clips sont arrivés un peu plus tard et se comptent sur les doigts de la main. De fait, “The Boy With The Thorn In His Side” est resté dans l’histoire pour être le premier clip vraiment soigné dans la carrière du groupe. Il est aussi le dernier dans lequel apparaissent les quatre membres des Smiths. »

The Smiths – “Stop Me If You Think You’ve Heard This One Before” (1987)

« C’est avec ce clip que démarre la fructueuse collaboration entre Morrissey et le regretté Tim Board. Il en est largement question dans le livre car cette vidéo est véritablement chargée de sens, à commencer par celui qui place métaphoriquement le chanteur comme un guide pour ces jeunes gens transformés en véritables clones. Comme souvent avec Moz, l’humilité est relativement discrète mais son humour tordu compense de belle manière. Autre point fondamental : comme pour le clip de “Girlfriend In A Coma”, Morrissey est le seul membre du groupe qui apparaît, une manière de renforcer l’idée selon laquelle les Smiths, c’est lui ! »

Morrissey – “Suedehead” (1988)

« Comme pour celui des Smiths cinq ans plus tôt, Morrissey n’a manifestement laissé aucune place au hasard pour son lancement en solo. Dès 88, les choses sont parfaitement claires dans son esprit. L’affaire ressemble à une réappropriation méticuleuse de l’héritage des Smiths pour son compte personnel. Le clip de “Suedehead” ne raconte rien d’autre. James Dean, les allusions à “There Is A light That Never Goes Out”, tout vient de l’univers crée par le chanteur au sein des Smiths. Dès lors, on ne s’étonnera guère de le voir débarquer à TOTP vêtu d’un T-shirt à l’effigie du groupe puis, quelques mois plus tard s’offrir trois anciens Smiths comme backing band de luxe. »

Morrissey – “November Spawned A Monster

« Le lent processus d’extraversion chez Morrissey atteint ici sa vitesse de croisière et on peut parier que ces quelques minutes constituent un cauchemar absolu pour les non-fans. Les autres se souviendront sans doute de cette chanson comme l’illustration d’une période très riche dans la carrière du Mancunien qui commençait alors à faire dresser l’oreille du public américain. »

Morrissey – “My Love Life” (1991)

« Dans le livre, j’évoque assez longuement le groupe assemblé par Morrissey après Kill Uncle. J’avance l’idée selon laquelle ces petits durs londoniens qui semblaient sortir de la pochette de The World Won’t Listen, avaient offert au chanteur un fantasme clés en main avant même de lui offrir un backing band performant. Il me semble que c’est assez clair dans ce clip qui illustre “My Love Life”. Aucun des quatre accompagnateurs de Moz ne joue sur le morceau en question mais pour l’ancien Smiths, c’est manifestement secondaire. L’homme s’est trouvé un véritable gang. Il semble fier de les balader dans les rues de Phoenix, prémices d’un virage américain amorcé. »

Morrissey – “Glamorous Glue” (1992)

« C’est à cette période qu’une partie du public historique de Morrissey a commencé à faire la grimace alors qu’un nouvel auditoire dressait enfin l’oreille. En plus d’être un très grand disque, Your Arsenal était également le retour de Morrissey vers un idéal rock qui était alors une découverte pour certains. Sur ce point, le regard porté sur un supposé virage rockabilly qui semblait en indisposer pas mal m’a toujours paru étrange. Morrissey n’a pas découvert Charlie Feathers en 92 ! Son intérêt pour le rock des 50’s était déjà très net chez les Smiths. Pour autant, ce genre de chanson marque un vrai tournant dans la perception du personnage. L’image du type érudit et précieux a certainement volé en éclats à ce moment mais, l’icône que nous connaissons s’est indiscutablement révélée pleinement au cours de cette année décisive. »

Morrissey – “Speedway” (live, 1995)

« En marge du chef-d’œuvre incontestable qu’est Vauxhall & I, les prestations scéniques de cette période sont d’une grande intensité. Elles illustrent de belle manière l’engagement total de Morrissey face à son public. Cette générosité rarement prise à défaut explique en partie la relation si particulière qui lie le chanteur à ses admirateurs. Ce concert commercialisé à l’époque sous le titre Introducing Morrissey reste en ce sens un document très appréciable et bien sûr, “Speedway” est un monument du répertoire de l’homme. »

Morrissey – “Life Is A Pigsty” (live, 2006)

« Je l’ai écrit dans le livre : la dolce vita et Morrissey n’aurait jamais dû se rencontrer et pourtant… La période dite romaine du chanteur reste une parenthèse exceptionnellement créative dans sa carrière. Je considère Ringleader of the Tormentors comme un sommet de son œuvre, et ce pour de nombreuses raisons. Notamment pour la présence sur le disque de cette chanson bouleversante dont Morrissey donne une très belle version lors de cette édition 2006 des Eurockéennes. Ce huitième album studio est aussi le dernier sur lequel jouent Gary Day et Alain Whyte. Il représente donc également la fin d’une époque dans l’histoire de l’artiste. »

Morrissey – “Friday Night with Jonathan Ross” (2004)

« Les amateurs de Morrissey savent en général que l’humour fait partie intégrante du personnage et pourtant, ce misérabilisme que l’on retrouve jusque dans le surnom de Pope of The Mope lui colle à la peau depuis toujours. J’ai essayé d’être le plus précis possible pour mettre en avant cette personnalité ultra-complexe et pratiquement insaisissable dans le livre. J’espère y être parvenu. Pour ce faire, j’ai relu des dizaines et des dizaines d’interviews, visionné ou revisionné toutes les archives disponibles sur le web, dont ce passage chez Jonathan Ross en 2004. Je crois qu’il est assez révélateur de ce mélange de candeur, d’humour, d’irrévérence, de malice, de timidité et de bien d’autres aspects qui font du chanteur un homme aussi complexe que fascinant. »

“Morrissey l’insoumis” par Nicolas Sauvage, préface de Bertrand Loutte, éd. Camion Blanc, 624 p., 32 €.

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