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Concerts

Tim Bernardes, Café de la danse, Paris, 25 juin 2023

Milagre : le premier vrai concert solo du Brésilien Tim Bernardes à Paris a tenu toutes ses promesses. Un moment rare de grâce et de communion.

Il est un peu plus de 19h ce dimanche soir, et dans une chaleur encore torride la queue pour rentrer au Café de la danse s’étend jusque dans la rue de Lappe à la perpendiculaire. Le concert de Tim Bernardes est complet depuis des semaines, il n’y a pas de première partie et il va commencer tôt – de fait, il arrivera sur scène avant 20 heures. Comme on pouvait s’y attendre vu la température extérieure, la salle a des airs de sauna que l’ouverture du large accès latéral viendra heureusement rafraîchir.

Si l’on veut être précis, ce n’est pas tout à fait le premier concert du Paulista à Paris : il a livré la veille un showcase chez le disquaire Balades Sonores, et il avait assuré en septembre 2022 la première partie de ses amis Fleet Foxes à Pleyel. Disons que c’est la première fois qu’il attire des spectateurs payants sur son seul nom, remplissant le Café de la danse en configuration maximaliste (fosse, gradins et mezzanine) sans avoir été énormément présent dans les médias en dehors de critiques élogieuses de son magnifique deuxième album “Mil Coisas Invisiveis” sorti à l’automne dernier. On ne s’étonne pas de voir qu’une bonne partie du public est composée de lusophones (essentiellement des Brésiliens sans doute, peut-être quelques Portugais), dont certains chanteront quasiment toutes les paroles – comme au concert d’Os Mutantes à Petit Bain quelques jours plus tôt. Car si pour le public français Bernardes est un nouveau venu, il a déjà une carrière longue d’une dizaine d’années dans son pays, auteur de quatre albums avec son groupe O Terno et d’un premier en solo, “Recomeçar”, en 2017. Un statut qui rappelle un peu celui de son compatriote et aîné Rodrigo Amarante, qui fut le leader des populaires Los Hermanos dans les années 2000.

Avec sa tignasse, ses lunettes rondes à fine monture à la Lennon, sa chemise à rayures rouge et blanc et petit foulard assorti, le garçon pourrait sortir d’un film de Wes Anderson. Mais aucune préciosité chez ce trentenaire tout sourire qui n’est pas venu jouer les oiseaux exotiques – d’autant que, comme on l’a dit, il y a beaucoup de Brésiliens dans le public. Histoire de se faire comprendre de l’ensemble des spectateurs, il s’exprimera essentiellement en anglais. Expliquant par exemple que son premier recueil solo (dont il interprétera quelques extraits, revisitant également des titres d’O Terno) était plutôt un « break up album », tandis que le nouveau – qui forme l’essentiel du set – touche à des sujets plus métaphysiques. Il dit l’avoir composé pendant la pandémie, qui lui a fait regarder différemment le monde qui l’entoure et adopter une approche plus philosophique, mais toujours avec légèreté.

Pour nous qui ne comprenons pas grand-chose à ses textes, ça ne fait pas forcément une grande différence. La musicalité de la langue suffit, surtout quand elle est au service comme ici d’une écriture aussi affirmée. Même dans la plus simple appareil, à la guitare acoustique, électrique ou au piano, les chansons éblouissent et sonnent toutes comme des classiques. Ce qu’elles perdent forcément en richesse des arrangements, elles le gagnent en contraste et en expressivité, quand la voix s’envole et que le jeu de guitare se fait plus rythmique, voire percussif – des petits coups tapés délicatement sur la caisse de l’instrument.

Comme la plupart des musiciens brésiliens de sa génération, Tim rend hommage à ses glorieux aînés, mêlant dans un medley l’une de ses chansons à une composition de Jorge Ben, ou interprétant “Realmente Lindo”, extrait de son deuxième album, en rappelant qu’il avait d’abord été chanté par la regrettée Gal Costa. Nulle déférence ici, plutôt la conscience qu’il s’inscrit dans une prestigieuse lignée qu’il régénère superbement.

En plus d’être extrêmement talentueux, parfaitement professionnel et foncièrement sympathique, Tim Bernardes est généreux. Très touché par l’accueil que le public lui réserve, il jouera ainsi quelques requests de spectateurs et nous gratifiera d’un deuxième rappel alors que les lumières de la salle se rallument et qu’il est seul sur scène depuis déjà plus d’une heure trente. « Mais bon, je ne sais pas quand je vais revenir, alors… » On peut en tout cas parier qu’il se produira dans une salle nettement plus grande la prochaine fois. Et que pour tous ceux qui ont eu la chance de suer au Café de la danse ce dimanche soir, ce concert restera un souvenir indélébile.

Photos : Laurence Buisson et V.A.

Un très grand merci à Loris Dérédec au Café de la danse.


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