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Sur la platine de Fontanarosa

Pour son premier album sorti il y a deux ans sur l’excellent label Howlin’ Banana (celui de Johnnie Carwash, Hoorsees, Johnny Mafia, Swirls, Pop Crimes, TH Da Freak ou Special Friend), Fontanarosa était encore à peine un groupe : Paul Verwaerde, né en Angleterre et basé à Lyon, avait demandé à trois amis, Florian Adrien, Grégoire Cagnat et Kevin Lafort, de l’accompagner pour étoffer ses compositions solo. Aujourd’hui, c’est un quartette soudé qui publie sur le même label “Take a Look at the Sea”, confirmant le potentiel entrevu sur “Are You There?” (et sur le EP cassette de 2020 enregistré par Paul seul).

Produit avec un beau sens de la dynamique et de l’espace (Vincent Hivert et Théo Das Neves à l’enregistrement, le déjà cité Florian Adrien au mixage, Emilie Daelemans au mastering), le disque enchaîne douze morceaux généralement concis qui sonnent comme autant de classiques classieux et immédiats, éclatants de naturel. Un rock subtilement teinté de psychédélisme, qui privilégie les attaques franches de guitares mais ralentit par moments pour des ballades mélancoliques très réussies. On pourrait l’inscrire dans une généalogie qui va du Pink Floyd early seventies le plus « écrit » au Radiohead de “The Bends” en passant par la new wave la plus sèche, The Church, The House of Love ou The Werefrogs. D’autres noms du côté de la meilleure indie pop et du shoegaze vous viendront sans doute à l’esprit à l’écoute, mais qu’on ne s’y trompe pas : ces chansons sont avant tout extrêmement personnelles. « Il n’y a rien sur cet album qui ne me semble pas être la musique que j’ai toujours rêvé de faire, rien qui ne parte du cœur », explique Paul.

Pour l’album précédent, nous avions demandé à ce dernier un track by track. Cette fois-ci, nous avons trouvé logique de solliciter le groupe au complet pour une playlist. Chaque musicien a donc sélectionné deux morceaux entretenant des liens avec ce nouveau disque. A écouter et lire ci-dessous.


Sonic Youth – “Incinerate”

« J’ai toujours gardé Sonic Youth dans un coin de la tête comme une des références pour les guitares. Sans parler du côté noise inhérent au groupe, il y a cette faculté à créer des lignes de guitare à la fois uniques et singulières mais surtout très complémentaires. Les entrelacements d’arpèges et les rythmiques assez frontales sont quelque chose que l’on a essayé de mettre en place avec Paul pour la création de nos parties respectives sur les chansons de “Take a Look at the Sea”. Même si nous ne l’avons jamais vraiment évoqué ensemble, je trouve que ce morceau “Incinerate” se rapproche de cette démarche de créer de la substance au travers des lignes qui se développent ensemble et qui font office de véritable deuxième chant de la chanson. »


Alvvays – “Easy on Your Own?”

« Dans le domaine de la pop à guitare, j’ai récemment beaucoup apprécié le dernier album de Alvvays, “Blue Rev”, en particulier ce morceau “Easy on Your Own?”, que je trouve remarquablement bien écrit. Arriver à créer des chansons très lumineuses et très pop tout en incorporant des éléments liés au shoegaze m’a beaucoup inspiré dans mon approche musicale. En tant que fan du genre, je trouve ça rafraichissant de réussir à changer de couleur et de proposer autre chose que ce côté très sombre du shoegaze (que j’adore aussi). »


Warpaint – “Keep It Healthy”

« J’avais acheté l’album éponyme de Warpaint à ma sœur en 2014 sans savoir vraiment ce qu’était leur musique. Juste avant de lui offrir je l’ai écouté discrètement chez moi et j’ai couru chez le disquaire pour garder un exemplaire à la maison. Quand on a composé le morceau “Endless Tracks”, je n’arrivais pas à penser à autre chose qu’à Warpaint et à la chanson “Keep It Healthy” qui avait pour moi beaucoup de similitudes non voulues avec la nôtre. Quand j’ai commencé le mix, je n’arrivais toujours pas à me sortir cette chanson de la tête et l’ai écoutée une centaine de fois pour m’en inspirer. Nous avions beaucoup utilisé des productions de Nigel Godrich comme référence de mix avec Paul, mais dans mon coin je gardais toujours une oreille sur cet album de Warpaint. J’ai appris seulement à la fin du mix de notre album que Nigel Godrich avait participé à la production de celui-ci… Aujourd’hui, quand je réécoute Warpaint j’y vois finalement beaucoup de similitudes avec la musique de Fontanarosa. Quand j’ai vu que Greg avait fait lui aussi une obsession de référence sur notre chanson “Endless Tracks”, j’étais obligé de parler de cette référence qui m’a obsédé dans mon coin sans que lui ni moi n’échangions à ce sujet. »


Nia Archives – “Headz Gone West”

« Quand on a composé le morceau “Here Somewhere”, j’ai naïvement proposé un rythme teinté jungle music sans trop savoir ce que je faisais. Au final, ça m’a intrigué et je me suis renseigné sur ce style que je connaissais très peu. J’ai découvert Nia Archives [jeune chanteuse et productrice britannique aux origines jamaïcaines, NDLR] et suis tombé dans un vortex qui a duré deux mois avec écoute quotidienne. Nia Archives produit super bien et ajoute sa voix sur ses prods, ce qui ajoute surement un aspect pop qui me touche plus facilement. Nos influences avec Fontanarosa (et surtout Paul) étant très anglaises, je trouvais aussi marrant de proposer dans notre playlist une autre partie de la musique anglaise que le pop-rock classique. » 


Electrelane – “U.O.R.” (version tirée de la compilation “Singles, B-Sides & Live”)

« Cette version de « U.O.R » n’en finit pas de rebondir aux quatre coins de la pièce, entre calme et tempête, la machine étant relancée chaque fois plus fort et plus loin. Les guitares furibardes, la batterie dans son plus pur pattern « electrelaniesque », la basse on ne peut plus droite… C’est un titre qui représente bien, même sans claviers, la patte parfois si furieuse d’Electrelane, autant en studio qu’en live. “U.O.R.” a aussi eu une grande influence sur mon cheminement comme bassiste, notamment sur l’idée de savoir rester à sa place et de ne pas être trop présent de façon injustifiée sur une compo. »


Radiohead – “There, There

« Alors que je n’écoute jamais ce titre et qu’il est loin d’être mon favori de Radiohead, il me revenait chaque fois en tête lorsque nous travaillions sur “Endless tracks” et que j’en cherchais la ligne de basse. Je décèle des accointances dans les bases rythmiques des deux chansons mais ignore vraiment la raison pour laquelle “There, There” m’a tant obsédé à ce moment-là. Je ne l’écoute pas plus depuis mais me devais bien de lui rendre hommage à l’approche de la sortie de notre deuxième album. »


Grizzly Bear – “Fine For Now”

« Le jeu de Daniel Rossen m’a beaucoup ouvert dans mon rapport à la guitare. Dans cette chanson de Grizzly Bear, les lignes de guitares sont très mystico-magiques, les accords ouverts inspirés de la folk traditionnelle et de la musique classique me fascinent. L’idée de pouvoir jouer de la « pop-rock-smart » et en même temps ouvrir des portes en allant chercher très loin dans les racines d’autres genres m’inspire beaucoup. »


War On Drugs – “Best Night

« Une chanson qui me rend très nostalgique, elle sonne vraiment comme un revival de Springsteen, ou un spectre de Springsteen. J’aime beaucoup le War on Drugs de cette période. Ce titre réveille des images enfouies de mon enfance en Espagne, ambiance 1992. Je pense que ce qu’on joue ensemble avec le groupe éveille une nostalgie, du moins pour moi. »

Photo : Célia Sachet



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