Contrebasses, guitares et mandolines jouent au drone et à la folk music dans les bosquets fournis de la musique expérimentale, sans pour autant délaisser la mélodie et les ambitions compositionnelles.
Au royaume des cases de la musique expérimentale et improvisée, les boîtes gagnantes du jour sont la microtonalité (Mathieu développe le concept dans sa chronique d’Angine de Poitrine) et l’intonation juste. Une de nos amies chères et toujours en guerre contre tout appelle même le gang local « la clique de l’intonation juste ». Au-delà des querelles de chapelles et de leurs débats eschatologiques, s’il s’agit d’explorer de nouvelles manières d’écrire et de jouer de la musique, finalement seul le résultat compte. Alors, après le Yi King pour John Cage, les cartes pour les « Obliques Strategies » de Brian Eno ou celles réactualisées à la sauce Mallarmé pour Ben Chasny de 6 Organs of Admittance, l’intonation juste, pourquoi pas ? L’important, c’est de s’amuser, de chercher toujours du nouveau.
Wilhelm Bromander (contrebasse) et Fredrik Rasten (guitare mandoline), voix et diapasons à bouches pour les deux, en sont à leur second album, celui-ci enregistré et publié par John Chantler sur son label Fönstret. Il s’agit, profondément, de duetiser, l’un sur une proposition de motif de l’autre, de s’intriquer.
Sojourns (sur une proposition de Fredrik Rasten) propose un ostinato de guitare sur lequel s’entremêle la contrebasse, en produisant des lavis léchés, des vagues, des contrepoints, sur un décalage de changement de registres. On pense à de la musique indienne, le dhrupad dont Wilhelm Bromander est très friand, où la guitare serait le tanpura et la contrebasse la voix. Voilà pour l’esprit, mais on navigue dans d’autres eaux, avec des sonorités quasi d’orgues, de jeux de couleurs diffractées. On est comme dans une marche (la guitare) envahie par des pensées fugaces et entremêlées sautant d’une idée à l’autre.
Partially Dancing (sur une proposition de Wilhelm Bromander) évoque les « partiels et les harmoniques dansant ensemble ». Wilhelm Bromander, jazzeux remarquable et figure phare de la scène de la musique expérimentale et improvisée, a aussi un côté pop documenté sur ce site notamment dans Blå Vardag (2012) et par sa participation à feu Saigon jusqu’à leur avant dernier album, “New World Outro” (2015) qui enflammait nos petits cœurs lors de sa trop courte existence.
On est ici dans une composition qui flirte avec la musique folklorique si riche de la Scandinavie et le drone, soit une prolongation d’une tradition populaire qui cherche de nouvelles voix sonores. Jeux d’archets enjoués et fingerpicking travaillé, mais aussi riffs ou plage de drones, avec beaucoup de joie et de rythmes divers et un final étonnant tout en feulements. Une musique populaire renouvelée pour les amoureux de la joie de faire et de découvrir une nouvelle manière de sonner. Plaisir partagé par l’auditeur comme dans tout bon concert ou enregistrement de musique expérimentale et improvisée. Avec l’intérêt en plus, sur disque, de chercher la source sonore.
Pour plus de détails, je vous invite à lire les étant-donnés des compositions, plus savantes que ma réception sensible, et surtout à vous laisser guider dans l’espace de la musique par votre propre cheminement. Quoi qu’il en soit, le voyage sera beau.
Avec l’aide de Johanna D. Astral Plane or I go insane.
“Astral Twins” est sorti en LP et numérique le 29 mai 2026 chez Fönstret.
