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Rock en Seine, domaine national de Saint-Cloud, du 26 au 30 août 2026

Carton plein pour Rock en Seine cette année : 175 000 spectateurs sur les cinq jours, une soirée archicomplète le dimanche et une très bonne fréquentation le vendredi et le samedi, des prestations grandioses de Nick Cave and the Bad Seeds et The Cure… La programmation étant trop riche pour en rendre compte dans son entièreté, voici quelques mots sur des concerts qui (à l’exception de celui de Bertrand Belin) avaient lieu sur des petites scènes, entre découvertes et confirmations.

Six mois après un concert complet au Trabendo, les Américains étaient déjà de retour sur l’une des deux petites scènes du festival, expédiant en une heure un set de quatorze morceaux issus aux deux tiers de leur dernier album, l’excellent “Bleeds”. De l’indie rock tendance noisy légèrement adouci par une pedal steel plus ou moins audible. Entourée de musiciens qui semblent bien s’éclater, la furie Karly Hartzman, au look post-grunge, pousse sa voix dans ses derniers retranchements entre un inévitable hommage à Dolly Parton et des considérations sur la météo pendant leur tournée européenne – Wednesday jouera une partie de son concert sous une pluie battante qui ne découragera pas leurs fans. Un groupe toujours aussi excitant, sur disque comme en live.

© Roxanemo


Entouré de cinq musiciens précis et enthousiastes, l’Américain livre sous le soleil de la fin d’après-midi un set plus que plaisant. Les chansons de son premier album solo “For the First Time, Again”, sorti en début d’année, sont jouées dans des version plus vives que sur disque, et le chanteur impose une présence scénique qui ne doit pas qu’à son physique XXL entre Bud Spencer et Jack Black. Quittant la scène sous les applaudissements, il revient pour un rappel pas forcément prévu, sur lequel il ouvre grand les vannes du lyrisme : une reprise de “Without You”, le classique de Badfinger popularisé par Harry Nilsson. On a déjà hâte de le revoir.


Un concert de Wilco sans surprise, c’est-à-dire absolument parfait. Le groupe, qui passe en même temps que Franz Ferdinand, joue sur une petite scène devant un public relativement modeste, mais essentiellement constitué de fans connaissant les chansons par cœur. Jeff Tweedy le sent certainement, et le sourire ne quittera pas ses lèvres durant tout le set d’une heure aux allures de best-of, servi par un son riche et très équilibré qui permet d’apprécier la maestria de tous les musiciens. Le plaisir du jeu collectif est palpable et aucun ne tire la couverture à lui, même si l’on est particulièrement fasciné par l’exceptionnel guitariste Nels Cline (70 ans et il ne les fait pas) qui, comme prévu, fera des merveilles sur “Impossible Germany”. On en a encore des frissons.


Cette jeune troupe mixte londonienne (quatre filles dont une violoniste, deux garçons) fait inévitablement penser à Black Country, New Road même si leur son est plus électrique. Sur scène, c’est frais, parfois surprenant, encore brouillon parfois mais indéniablement prometteur, à l’image d’un premier album qui part un peu dans tous les sens tout en atteignant souvent sa cible. On devrait vite reparler d’eux.


On n’a vu que la fin de leur concert, mais c’est sans doute l’un des plus impressionnants auquel on aura assisté lors de cette édition 2026. Grandma’s Ashes est un trio féminin français guitare-basse-batterie assez inclassable : pas du pur metal même si elles ont joué au Hellfest, des inflexions gothiques mais sans les clichés, une maîtrise instrumentale qui les emmène du côté du prog … Cela pourrait être assommant, c’est au contraire passionnant, plein de contrastes, presque pop par moments, et Eva Hägen est une chanteuse à la fois subtile et puissante, sans parler de son look spectaculaire.


Beau parcours que celui de BB, qui se produisait dans les caf’ conc’ à ses débuts et fait aujourd’hui l’ouverture de la grande scène en début d’après-midi (il y avait déjà joué il y a trois ans), face à la « prairie » – le mot est de lui et on le retrouve plusieurs fois dans ses paroles. Une mue musicale également, de la chanson à dominante acoustique à un son de plus en plus synthétique mais jamais froid. Accompagné de six brillants musiciens, dont les fidèles Thibault Frisoni à la basse et Sylvain Joasson à la batterie, l’élégant chanteur et guitariste émérite ne touche plus guère son instrument de prédilection, ce qui lui donne une grande liberté de mouvement. On le verra ainsi aller au contact des premiers rangs, dont on peut supposer qu’ils étaient composés à 99 % de fans de Cure qui s’étaient massés au pied de la scène dès l’ouverture des portes. Peut-être aura-t-il gagné de nouveaux adeptes ?


Sur scène, la chanteuse suédoise nous est apparue toute petite… mais quelle voix ! Suffisamment forte pour se faire entendre par-dessus le barouf produit par ses cinq musiciens (percussions, guitare jouée à l’archet, saxophone…), vêtus comme elle d’espèces de treillis customisés. Mêlant des titres de son dernier album, relativement lumineux et mélodieux, à des anciens, plus sombres et plus tourmentés, certains dépassant les dix minutes, la diva venue du froid a livré l’un des concerts les plus ébouriffants de ce Rock en Seine, tantôt planant, tantôt éruptif.


Photo de la grande scène : Marina Viguier.


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