Duo d’albums de notre duo helleno-berlinois favori. Toujours aussi charmant, c’est le meilleur remède aux angoisses contemporaines pour continuer de danser sur le volcan. Bohemian unite. Raki pour tous.
Attention, chef-d’œuvre. L’internationale branque a encore frappé, et, comme on le sait, toujours deux fois. Donc une doublette, à ne pas séparer, comme nos deux tourtereaux, plus vraiment des perdreaux de l’année mais qui viennent d’enregistrer une fois de plus des petits bijoux de sing along.
Fut un temps où nous étions motorisés (bien malgré nous, je dois l’avouer) et mon autoradio avait quasi fusionné avec une copie cassette de “Switzerland Heritage” d’Herman Düne, qui ne quittait jamais bien longtemps l’Opel Corsa Tricatel (puis Sunn O))), hasard des autocollants promotionnels). « Switzerland Heritage » : meilleure musique de bagnole de tous les temps pour moi. Il me fallait bien quelque chose de très puissant pour ne pas sombrer d’ennui dans ce corbillard d’alu roulant.
Hasard des sorties, c’est dans une voiture de location, cauchemar 2.0, que nous roulons une fois de plus avec la musique de feu André H.D./Stanley ici accompagné (ou plutôt précédé) de Clémence Freschard. Et c’est à nouveau un bonheur d’arpenteur car on a depuis longtemps fait nôtre l’adage herman dunien :
You know I’ve been around
You know I’ve covered a lot of ground
You know you’re a mystery and
I’ve always been
A pedestrian
Eleven Stones, hymne personnel pour l’éternité et magnifique déclaration d’amour, dont on peut rapprocher Nearness of You, chanson d’approche :
when i first met you
i was playing in a band
you were there in the audience,
waving your hand
oh, it’s hard for anyone
to understand
how much i like
the nearness of you
On retrouve un peu de ça, de cette instabilité, de ce côté doux/amer dans Aquarius, qui est presque une nouvelle profession de foi de l’inlassable artiste tourneur de fond dans des endroits improbables.
did you really come here to watch the show or did you have nowhere else to go regardless, i wanna make the most of it there is chance, not only the ghost of it oh i am an Aquarius and if they don’t like it, don’t let it worry us i’m reading a poem, i’m playing a symphony cause everybody here is good company
On a l’impression, à l’écoute de ce diptyque d’un duo qu’on pratique depuis tellement longtemps, qu’à défaut de faire partie de la famille (de toutes façons… my friends killed my folks), on porte en nous leurs chansons comme notre carcasse ou notre âme, et que cette nouvelle poignée était là, comme certaines autres de toute éternité (j’ai une liste de requests longue comme le bras… Pas plus tard que ce matin, peut-être inspiré par la lecture de Jane Eyre, je fredonne That Woman is a murderess, longtemps oubliée et qui m’est remontée comme par magie…).
Alors il y a toujours l’alcool comme remède contre notre si belle société et son avenir radieux avec ce piano des plus sombres (Near Future, One More Drink) sur un lit de cordes suraiguës.
Sur Rocks, quelques éclats free jazz rappellent les interventions de Q dans Herman Düne en concert.
Comme toujours des inside jokes : ici les Ducks remplacent les anciens Robots et un certain José, lourdaud sur les bords, semble être le pendant masculin de Dorothy.
I’m not trying to make fun
i’m succeeding
i can see it in the afternoon sun
this duck needs feeding
Et la Grèce n’est jamais loin même si cette fois il s’agit plutôt de la quitter. Et in Arcadio ego… Fuit ?
guitars are hanging on the wall
the sea is like a window after all
the air is very much like a song
it makes right of all wrong
no more Greek salad
what i’m longing for is a ballad
my finger caught a splinter i’ll be gone
for the winter
Et comme toujours, on se remue le popotin avec This One is Mine, un peu Cake sur les bords, mariachi mediterranéo-indie, pour une nouvelle danse pour handicapés du déhanchement.
On est dans un mouvement de balancier, disait-on, avec ce pendule qui oscille entre Berlin et Iraklyo et HOTEL BERLIN, lui, à la tête pas mal en Crête.
On aime Nobody loves you, avec les alternances de chant, les harmonies de One Clue ou de I Was a Sailor
i was a sailor on a boat
always trying to keep it afloat
now i’m still working in the drink
but not the kind that you would think
go your way and eat your greens
you’ll be growing as fast as beans
i’ll be here puffing my blues
and tying up the laces of my shoes
Et ces ballades amoureuses, seuls points de véritable ancrage, sont magnifiques comme toujours.
You Never let me down :
i voted once too many,
and it was no good
the man never does the best he could
there is no agreement, no common ground
but you never let me down
ou encore I Love you so much, solaire, avec un verre de raki à la main.
Alors, en numérique dans la bagnole comme à la maison sur deux beaux vinyles colorés édités par Fika Recordings, on ne sait que choisir… Mais ce qu’on préfère par-dessus tout, c’est les entendre en concert, même sur une guitare signée Emil Black inaccordable, pour une expérience sublime de l’instant, garantie sans setlist. Un concert de Clémence et Stanley, c’est l’assurance de chantonner, au moins pendant 15 jours, le sourire aux lèvres et en ce moment, c’est précieux. Et ça fait un quart de siècle que ça dure. Soutien éternel.
Avec l’aide de Johanna D.ucky duck.
“Pole Fitness” et “Hotel Berlin” sont sortis en CD-R et numérique le 1er mai 2026. Et en LP chez Fika Recordings fin août 2026.
