Après une longue absence, le groupe français Autour de Lucie revient avec un sixième album mêlant électronique, électrique et acoustique pour un résultat plein de délicatesse et de discrétion.
Depuis plus de trente ans, avec sa pop élégante et hors du temps, Autour de Lucie a su construire une carrière à la fois discrète et cohérente qui, malgré de longues éclipses, a toujours suscité l’intérêt voire l’attachement de nombreux auditeurs. Dès son premier album “L’Échappée belle” en 1994, le groupe prouvait qu’il pouvait rivaliser avec la crème des groupes anglo-saxons de l’époque, y étant même capable de trouver “L’Accord parfait”. Il pouvait peut-être composer des “Chanson sans issue” mais, pour sa carrière, il est certain que ça n’aura pas été le cas, étant par exemple apte à utiliser l’électronique à bon escient, juste comme il faut, comme sur l’album “Faux mouvement” en 2000 (qui reste d’ailleurs leur meilleur à ce jour), porté par le tube irréel “Je reviens” auquel il faudra un jour consacrer un article si ce n’est un livre entier. Et que dire de la voix de Valérie Leulliot, une voix douce, chaude et veloutée, souvent teintée de mélancolie, menant à un haut degré d’envoûtement. Celle-ci ne pouvait que séduire tout être humain normalement constitué, en particulier le modeste auteur de ces lignes.
Réduit au duo Valérie Leulliot et Sébastien Lafargue depuis une vingtaine d’années, Autour de Lucie a depuis plutôt cultivé l’effacement, leur dernier album “Ta lumière particulière” remontant à 2015. Ces dernières années, ce duo a pris son temps pour composer un nouveau disque, travaillant tranquillement en autonomie, en autarcie. Le résultat s’intitule “Hors monde”, un sixième opus modèle d’économie et de retenue, y compris dans l’expression des sentiments. Dédié au père de Valérie Leulliot, disparu pendant l’élaboration de l’album, ce disque débute justement par “Quelque part”, une adresse à l’absent à la pudeur discrète et poétique. Sur ce titre comme sur les suivants, Autour de Lucie propose une musique mêlant électronique, électrique et acoustique dont on pourrait, au premier abord, regretter le manque de relief avant de rentrer lentement, progressivement dans l’album et d’être finalement séduit sur la durée. Une musique finement arrangée, très travaillée par Sébastien Lafargue qui n’en fait jamais trop tout en nous emportant légèrement, doucement dans le rythme.
Quant aux paroles de Valérie Leulliot, que ce soit au travers d’un texte écolo anti-plastique (“450 années”), pour évoquer des rendez-vous manqués (“Mes raisons”) ou de touchants souvenirs adolescents (“Diana”, “Mars 85”) ou encore pour produire une chanson fédératrice, ouverte et accueillante (“Chanson suspendue”), elles réussissent souvent à créer une certaine proximité avec l’auditeur, celui-ci pouvant s’y identifier ou avoir l’impression qu’elles lui parlent, qu’elles s’adressent à lui. Au bout du compte, malgré leur relative modestie, malgré leur apparente discrétion, ces chansons imprègnent durablement le cerveau ou nous apaisent comme sur “Maybe par ici”, le plus beau morceau du disque porté par la voix toujours aussi magnifique de Valérie.
A l’arrivée, même si elle ne nous transporte plus comme avant, la musique d’Autour de Lucie sait toujours nous faire du bien, mettant juste du temps à se décanter, comme tout bon vin. Reste maintenant à savoir si nous devrons encore longtemps patienter avant d’entendre le successeur de ce très bon cru. On peut peut-être déjà se donner à nouveau rendez-vous pour dans dix ans. Bien sûr, on espère avant.
