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Track by track – “Le Projet” de Fontaine Wallace, par Nicolas Falez

La première formation (connue de nous) de Nicolas Falez, apparue à la fin des années 90, s’appelait Superflu. Ironie, modestie ? Les chansons de leurs deux premiers albums – auxquels viendra s’ajouter tardivement un troisième – allaient plutôt à l’essentiel, avec leur instrumentation dépouillée sous influence folk et alternative country, leurs mélodies limpides et leurs textes toujours d’une grande justesse. De quoi toucher au cœur quelques auditeurs sensibles, à défaut d’un succès massif… Le groupe séparé, Nicolas a poursuivi une brillante carrière de journaliste, sans pour autant abandonner complètement la musique. Il y a trois ans, il revenait ainsi avec une nouvelle formation, Fontaine Wallace. Le deuxième album du quartette, “Le Projet”, arrive ces jours-ci, et son auteur nous en dit un peu plus sur ses dix chansons.


Le Projet

« J’ai toujours aimé les morceaux qui se terminent par  un thème de fin, une coda comme on dit. The Concept de Teenage Fanclub, Instant Street de dEUS… et plein d’autres. Le Projet est construite autour de ce pivot : dans la première partie le narrateur crâne un peu en contemplant ses échecs (“Le Projet c’est que tout reste en désordre”) mais dans la seconde, il est carrément rattrapé par la pesanteur (“Quand je tombe, je tombe sans aucun style“). Au départ, Le Projet était une chanson parmi d’autres mais elle s’est progressivement imposée comme le morceau d’ouverture puis comme chanson-titre de l’album. Et pour la pochette, lorsque Emeric Guémas nous a proposé cette silhouette assise à une étrange table de travail, cela nous est apparu très cohérent. »

La Chanson d’amour cachée

« Avec le CD qui disparaît, on risque d’oublier ce qu’il a apporté et notamment les fameuses “chansons cachées” qu’on découvrait après avoir longuement laissé tourner la dernière plage du disque. Le procédé est passé, reste le nom “chanson cachée”, très poétique. Le texte est une déambulation dans le 11e arrondissement de Paris, l’endroit où j’ai habité le plus longtemps ces dernières années. Et j’avais cette idée d’une chanson qui résonnerait toujours, cachée dans ce décor. »

Les Systèmes finissants

« Une chanson politique post-#MeToo… avec l’idée que la lutte contre les dominations commence par de l’introspection. Et qu’on doit pouvoir inventer des relations nouvelles, une fois débarrassés du patriarcat. Pour les cuivres, nous avons invité Thomas Rocton (TheMarried Monk et Orchestre national de Metz). Pour cause de confinement, nous avons travaillé à distance et c’était vraiment émouvant de découvrir son travail à chaque fois qu’il nous envoyait des pistes de trombone. »

Point Polka

« J’aime bien le fait qu’une chanson puisse surgir à partir de n’importe quelle étincelle. Quand mon amoureuse m’a appris qu’un motif à pois se disait “polka dot” en anglais, j’ai trouvé ça super beau. Et la chanson est venue de là. Je suis content d’avoir casé le mot “selfie” dedans, ainsi que “drone” dans Sous les radars : c’est assez stimulant de se dire que l’évolution de la langue apporte un nouveau matériau et donc de nouvelles images. Musicalement, c’est une chanson qui résume assez bien l’idée de l’album : jouer sur la rencontre entre un texte et une rythmique très dense, avec beaucoup de chœurs… et en essayant de faire vivre tout ça ensemble. »

Tu débarques avec la nuit

« Une chanson pour inviter les absents, ceux que l’on a aimés et que l’on a perdus. Et un hommage à un ami disparu dont l’immense appétit de musique et de cinéma m’a ouvert des horizons nouveaux lorsque j’avais une vingtaine d’années. C’est à lui et à quelques autres que fait référence la phrase “Il faut deux ou trois grands frères pour fabriquer un musicien”. Mais comme dans le mythe d’Orphée, on ne ramène jamais personne du côté des vivants : avec une chanson on peut seulement descendre au fond de sa mémoire et saluer ceux que l’on a aimés. »

Dédalus

« Mythologie toujours. Dans le premier album il y avait Une Odyssée et aussi Sagittaire, une chanson sur le thème du Centaure. Et ici Dédalus, une chanson-labyrinthe. C’est sans doute mieux de rester perdu dedans plutôt que d’en indiquer la sortie. »

Sous les radars

« Je crois que c’est la chanson dans laquelle j’ai mis le plus de moi-même : mon rapport à la musique, à l’underground, à la sérénité qui dure rarement (“le chant triste des drones”). Et l’idée que je n’ai pas tourné le dos au gamin que j’étais, celui qui a ressenti le besoin impérieux de jouer de la guitare et d’écrire des chansons. Maintenant je suis père mais je veux croire qu’on peut continuer à dialoguer avec l’enfant qui vit en nous. C’est ce que dit le dernier refrain : “Sous les radars j’ai des rendez-vous secrets avec l’adolescent trop gros qui rêve de guitares et de filles nues”. »

Prends soin de ton amour

« Je me suis promis de ne pas écrire de chanson sur un événement bien précis. Puis une chanson est venue. Puis je l’ai jetée. C’est alors que Prends soin de ton amour est née. Assez loin du point de départ pour que je puisse l’assumer. Pardon si c’est mystérieux ! »

Fougère

« En deux albums, nous avons accumulé pas mal de chansons sur la ville. Et même notre nom de groupe
est une référence urbaine. Fougère, c’est une rupture par rapport à cela : un voyage nocturne, avec la route
qui défile dans les phares, les animaux qui surgissent et les pensées pas très gaies qui galopent dans
le cerveau. »

Outre les mots

« C’est un texte coécrit avec Ludovic Morillon (batterie). Nous voulions une sorte d’orage électrique pour la fin et c’est assez naturellement devenu la conclusion de l’album. Un peu en écho à la chanson d’ouverture qui affirme : “Le projet c’est que tout reste en désordre”. »

Photos : Fanny Beguery.

One comment
  1. Aymeric

    Merci pour l’article, je serais passé à côté de l’info, sinon ! Moi, qui viens de réaliser qu’un Tue-Loup était sorti au mois de mars, je suis gâté

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