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Disques

Courtney Barnett – Things Take Time, Take Time

Le troisième album solo confirme tout le bien que nous pensions de la gauchère australienne. Dans un style plus épuré et nettement moins noisy, Courtney Barnett nous enchante une fois encore avec ses mélodies envoûtantes et sa poésie sur le quotidien parfois pesant.

Ne pas se fier aux apparences sucrées de ces chansons douces et addictives comme des friandises. Car derrière cette voix indolente et un brin désabusée, comme un 45 tours qui tournerait en 33, se cache des souffrances. 2019 : Courtney Barnett joue dans le monde entier pour la promo de son excellent deuxième album “Tell Me How You Really Feel”, après une savoureuse incartade en duo avec Kurt Vile. Grand classique du rock’n’roll, l’Australienne est au bord du burn-out, connaît une rupture amoureuse difficile et, cerise sur le gâteau, une pandémie débarque et nous oblige à vivre enfermé. Vous le sentez venir, “Things take time, take time” est bien, lui-aussi, un « album Covid ». Avec sa guitare et une boîte à rythme (et accompagnée aux claviers et à la batterie par Stella Mozgawa de Warpaint), Courtney Barnett regarde la vie depuis sa fenêtre et nous chante son quotidien (des voisins bruyants, un camion-poubelle, un chien qui aboie…) et le temps qui passe, mais pas assez vite. Une sorte de mélancolie, voire de « blues du dimanche soir » imprègne cet album, court, moins bruyant donc et plus épuré, par la force des choses. Courtney Barnett a toujours le don pour trousser des mélodies imparables, notamment sur “Take It Day by Day” (en moins de deux minutes !), le tube “If I Don’t Hear From You Tonight” ou le crescendo et l’empilement de couches du single “Before You Gotta Go” où la musicienne se livre sans pudeur.

Si ce troisième album est moins énervé que les précédents, Courtney Barnett reste tout de même fidèle à ses mentors que sont les « groupes-à-guitares » des 90s ou encore le Velvet Underground. Reconnaissable dans sa façon de jouer, elle l’est aussi dans sa manière de raconter une histoire, un storytelling qui confine à la poésie.  “Here’s the thing” sonne ainsi comme une touchante chanson d’amour écrite dans une chambre à coucher, sans jamais virer dans le pathétique, alors que “Turning green” file la métaphore du renouveau : « The trees are turning into green and this springtime lethargy is kinda forcing you to see flowers in the seeds » (« Les arbres reverdissent et cette léthargie printanière t’oblige en quelque sorte à voir des fleurs dans les graines »). En période de pandémie comme en rupture amoureuse, les choses prennent du temps. Prenons le temps.

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