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Disques

Sufjan Stevens & Angelo De Augustine – A Beginner’s Mind

Après avoir collaboré ponctuellement, Sufjan Stevens et Angelo De Augustine produisent avec A Beginner’s Mind le disque idéal pour une longue après-midi d’hiver passée sous sa couette. Douces et oniriques, ces 14 chansons constituent un album modeste, mais particulièrement attachant.

Se donner rendez-vous durant un mois dans un chalet avec chacun sa collection de DVD et ses instruments, c’est le projet qu’ont mis en œuvre Sufjan Stevens et son comparse Angelo De Augustine (auteur de trois beaux albums chez Asmathic Kitty Records, le label du premier). Les journées étaient dédiées à la composition, les nuits au visionnage de la sélection de films (comprenant notamment Les Ailes du désir, Point Break ou encore La Nuit des morts-vivants) que l’on imagine suivi de discussions sur les contributions philosophiques du cinéma populaire américain. Le processus d’écriture s’est fait naturellement, de manière collaborative aussi bien sur les textes que sur les musiques, en se laissant inspirer par les films, dans une démarche naïve inspirée du bouddhisme zen (A Beginner’s Mind, donc).

Le fruit de ce procédé créatif est un album de 14 chansons cotonneuses, dominées par les sonorités acoustiques, où les deux chanteurs unissent leurs voix douces pour susurrer à l’oreille de l’auditeur.rice. Les personnalités attachantes de ses deux auteurs se retrouvent dans chaque note caressante où l’on retrouvera notamment de belles réminiscences de Carrie & Lowell et Tomb. A la manière de deux artisans, les amis construisent leurs morceaux autour d’arpèges cristallins qui surplombent des arrangements profonds et légers (une caisse claire frottée, un Wurlitzer joué d’une seule main, une basse effleurée par la pulpe du doigt), créant une sensation de douceur et d’onirisme. Mais l’identité de l’album repose évidemment sur les timbres des deux chanteurs. Avec une influence assumée de Simon & Garfunkel nourris au new age, Sufjan Stevens et Angelo De Augustine font des miracles lorsque leurs voix de ténors, voire de hautes-contres, s’entremêlent harmonieusement en points et contrepoints.

Reach Out initie une déambulation pastorale de fin d’après-midi. Back to Oz est probablement le morceau le plus aventureux et le plus hollywoodien, à travers ses méandres et les explosions de ses refrains : « Get it right, follow my heart, back to, back to Oz ». Olympus nous ramène, dès les premières notes, dans l’ambiance bucolique et mélancolique des plus belles chansons de Stevens. Le lent crescendo de It’s Your Own Body and Mind accompagne l’arrivée du crépuscule. Enfin, prenant le contrepied de leur source d’inspiration, Cimmerian Shade évoque Le Silence des Agneaux dont serait expurgée toute violence psychologique : « I just want to love me/I just wanted to change myself/Fix it all Jonathan Demme/Beauty resides where your spirit dwells ». Si cet album, probablement conçu comme un pas de côté, une œuvre modeste au sein des discographies de ses auteurs, est tellement touchant, c’est par l’empathie et la fraternité exprimées et ressenties dans cette symbiose musicale.

A Beginner’s Mind est sorti le 24 septembre 2021 sur le label Asthmatic Kitty Records.

2 comments
  1. Joel FLEURANCEAU

    Bonjour à vous.
    Merci pour ces sélections 2021 qui donnent des idées et des envies.
    Une question : Qu’en est-il de cette mystérieuse pochette et ce personnage hermaphrodite que je ne reconnais pas ?
    Merci, bonne fin d’année 2021 !

    1. Geoffroy Séré

      Merci 🙂
      Pour répondre à votre question et comme indiqué par nos collègues de Mowno : « la réalisation de cette ‘oeuvre’ kitschissime a été confié à l’artiste ghanéen Daniel Jasper, spécialiste des détournements et interprétations peints d’affiches hollywoodiennes. »
      Très bonne fin d’année également !

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