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Rock en Seine, les “petits” aussi

Après deux années blanches, Rock en Seine fait son grand retour cette année au domaine de Saint-Cloud, du jeudi 25 au mardi 30 août (avec relâche le lundi). La programmation est riche et variée, propre à attirer un public nombreux. Certains jours sont d’ailleurs déjà complets. Mais si on se pressera pour écouter les Arctic Monkeys, Fontaines D.C., Nick Cave, Kraftwerk, Tame Impala, La Femme, Stromae ou Rage Against The Machine, il sera aussi possible, comme à chaque édition, de faire des découvertes, généralement sur des scènes plus petites et l’après-midi. Voici une petite sélection tout à fait subjective de seize groupes et artistes débutants ou déjà confirmés – et s’inscrivant dans la ligne éditoriale plutôt large de POPnews –, accompagnée de vidéos live.


Jeudi 25 août

Requin Chagrin (16h35)
Le Requin n’est pas franchement un perdreau de l’année, mais n’a pas encore conquis le grand public auquel il pourrait prétendre. Ce groupe attachant mené depuis 2015 par la sudiste Marion Brunetto et sa belle voix grave ne manque pourtant pas d’atouts, avec ses chansons en français mélodieuses, à la fois subtiles et accrocheuses. Une pop mélancolique et rêveuse qui sait se faire plus énergique en live.

Yard Act (16h35)
Bonne nouvelle, les jeunes groupes britanniques ont de nouveau des choses à dire. Après Idles (également programmés ce jeudi), Shame ou Dry Cleaning, voici les quatre de Yard Act, de Leeds, un peu plus légers en apparence mais tout aussi énervés par l’état de leur pays, voire du monde en général. Dans ses diatribes souvent plus parlées que chantées, James Smith (difficile de faire plus anglais comme nom !) use de l’ironie et du sarcasme, dans la lignée de John Cooper Clarke, Mark E. Smith (The Fall) ou, plus près de nous, les Sleaford Mods. Son sens de la chronique sociale et son humour grinçant – il faut absolument voir leurs clips – sont portés par une sacrée présence scénique qui contraste avec son allure de Monsieur Tout-le-monde, et qui devrait faire de leur concert un grand moment.

NewDad (17h30)
Avec seulement deux EP à son actif, ce jeune groupe de Galway fait déjà beaucoup parler de lui en Irlande et en Grande-Bretagne. Comme avec Beabadoobee (lire plus bas), le son à la fois rageur et un peu las rappelle beaucoup les années 90, avec en plus un petit côté cold à la Cure dans les lignes de basse. Rien de fondamentalement original dans la musique de ces quatre amis (dont une remarquable chanteuse), peut-être, mais des chansons qui touchent immédiatement au cœur. Extrêmement prometteur.

Beabadoobee (18h20)
Originaire des Philippines (un pays où la pop anglo-saxonne a toujours eu un public et où des groupes confidentiels dans le reste du monde ont trouvé un succès inattendu), la jeune Londonienne Beabadoobee – Beatrice de son vrai prénom – remet au goût du jour le son du rock indé des années 90, un peu sucré, un peu grungy. Elle n’est pas la première à le faire, mais son aisance vocale, son sens de la mélodie et sa maîtrise de la scène la distinguent déjà, à seulement 22 ans. Déjà très remarquée en Grande-Bretagne, admirée par ses pairs (dont Taylor Swift et Harry Styles), elle pourrait bien devenir incontournable dans les années qui viennent.


Vendredi 26 août

Gwendoline (15h45)
Sur fond d’électro-rock froid, décharné et patibulaire, les Rennais-Nantais de Gwendoline chantent – ou parlent – en cachant bien leur joie les soirées sinistres et les lendemains de fête blêmes. C’est à la fois très sombre et très drôle (si on a le même sens de l’humour qu’eux), et même si on les imagine mieux jouer de nuit qu’en plein après-midi, on peut prévoir une performance particulièrement intense.

Donna Blue (16h30)
Les Pays-Bas nous avaient déjà donné au fil des décennies les Outsiders, Shocking Blue, Gruppo Sportivo ou les merveilleux Nits. Voici Donna Blue, couple et duo qui, grâce à l’usage de l’anglais (voire du français, sur la chanson “Paradis” qui ouvre le concert ci-dessous), peut prétendre à la même reconnaissance internationale, au-delà des frontières de son petit pays. Influencées par la grande pop sixties et la musique de film, leurs chansons regorgent d’écho, de guitares twang, de chœurs venus de l’au-delà et d’orgues aigrelets sur lesquels Bart van Dalen et Danique van Kesteren nous jouent Lee and Nancy. Un exercice de style sans prétention et parfaitement réussi.

DIIV (17h15)
Après avoir traversé pas mal d’épreuves, Zachary Cole Smith, leader de DIIV, semble avoir enfin trouvé une certaine sérénité. Le troisième et dernier album en date du groupe, “Deceiver”, sorti en 2019, témoigne avec franchise de cette époque troublée, sur des guitares lourdes entre alternative rock américain et shoegaze. Même si Smith affiche un spectre d’influences et de goûts bien plus large, difficile de ne pas penser à la musique qui nous a bercés au début des années 90, de Sonic Youth à My Bloody Valentine en passant par Slowdive ou les Smashing Pumpkins. Sans passéisme pour autant.


Animal Triste (22h25)
Sorte de supergroupe normand rassemblant des membres de La Maison Tellier, Radiosofa, Darko et Dallas, ce sextette pratique un rock fuligineux et habité aux influences clairement américaines, jusque dans ses thématiques (le bien/le mal, Dieu, la rédemption…). Animal Triste a d’ailleurs réussi à débaucher Peter Hayes de Black Rebel Motorcycle Club sur quelques morceaux, dont l’obsédant “Tell Me How Bad I Am”. Cela indique assez bien l’intensité que dégage leur musique.


Samedi 27 août

Perfume Genius (14h45)
On ne donnait pas forcément très cher de Mike Hadreas (né en 1981 à New York) quand il est apparu avec l’album “Learning” en 2010, tant ce garçon sensible semblait fragile et tourmenté. Douze ans après, il est pourtant toujours là, avec une personnalité de plus en plus affirmée et une belle discographie en forme de quête d’identité, explorant divers genres. Aussi brillant dans le dénuement voix-piano qu’accompagné d’une large formation, le charismatique Perfume Genius semble tout donner à chaque concert. A ne pas manquer !

Lucy Dacus (15h25)
Signée chez Matador (comme Perfume Genius), cette jeune Américaine au rouge à lèvres très rouge est sans doute l’une des personnalités féminines les plus fortes apparues sur la scène rock ces dernières années. Si le trio Boygenius qu’elle compose avec ses amies Phoebe Bridgers et Julien Baker lui a donné un coup de projecteur bienvenu, ses trois albums solo, qui forment comme un journal intime mis en musique, montrent qu’elle n’a besoin de personne pour écrire de grandes chansons, que sa voix à la grâce sans effets rend bouleversantes.

November Ultra (17h30)
Ex-chanteuse du groupe Agua Roja, collaboratrice de divers artistes français, Mélanie alias November Ultra aura attendu la trentaine avant de s’exprimer en solo. Le titre de son album, “Bedroom Walls”, renvoie à l’idée de bedroom pop – et donc d’intimisme et d’accompagnement musical au minimalisme lo-fi –, qui contraste avec sa voix qui peut se faire puissante et majestueuse, flirtant par moments avec le meilleur r’n’b, ou dévoilant ses origines espagnoles et portugaises. On a hâte de l’entendre résonner sur une scène, loin des murs de sa chambre.


Dimanche 28 août

Imarhan (13h15)
Signés sur l’excellent label berlinois City Slang, les Touaregs algériens d’Imarhan, héritiers des immenses Tinariwen, déclinent sur trois albums (dont le dernier, “Aboogi”, contenant une belle collaboration avec Gruff Rhys, est sorti cette année) leur vision du blues du désert. Voix chamaniques, entrelacs de guitares économes en électricité, percussions en bois et peaux pour soutenir l’ensemble : la magie opère et on n’a plus qu’à se laisser porter.

Faux Real (15h10)
(extrait du compte rendu du Pitchfork Avant-Garde, en novembre 2021, par Jérémy Vrignon)
Vous est-il déjà arrivé de vous réveiller après un rêve étrange, qui semble réel mais où rien n’a de sens ? Et bien, voir Faux Real en live, c’est un peu cela. Deux frangins, Virgile et Elliott Arndt (qui a fait partie du groupe Vanishing Twin), en apparence complètement barrés qui, par des chorégraphies farfelues, s’amusent avec les limites du ridicule et de la sexualité sur des productions inclassables. C’est imparable et le plaisir est immédiat. En un rien de temps, les deux garçons ont mis le feu à une foule au départ juste amusée, mais rapidement enthousiaste. Énergie, sensualité et humour sont les maitres-mots d’une prestation épatante, qui se terminera au milieu du public. Hormis un saxophone, pas d’instrument sur scène, l’accent étant mis sur le spectacle. Et quel spectacle ! En sortant, on ne sait pas trop à quoi on vient d’assister, mais on a adoré. Le temps d’un set, on a tous fait le même rêve.

Ottis Cœur (15h30)
Ce duo féminin français n’a qu’un EP à son actif, mais impose déjà un ton à part. Voix à l’unisson mixées très en avant, qui ne cherchent pas la séduction, accords de guitare électrique économes, batterie sèche, harmonica spectral… On pense aux débuts de PJ Harvey ou des Kills, une musique puissante et abrasive qui pourrait carrément devenir explosive sur scène.


Mardi 30 août

Ausgang (17h40)
Avec le “A” de Ausgang qui s’écrit comme celui d’“anarchie”, un “E” pour « explicit lyrics » devant chaque titre de l’album “Gangrène” sur un certain site de streaming, et un morceau intitulé “La rage m’appelle”, on aura compris que ce groupe mené par la rappeuse Casey (suite du projet Zone Libre) n’est pas là pour amuser le galerie. Flow cogneur sur guitares tranchantes et rythmes explosifs : une bonne mise en condition avant le déflagration Rage Against The Machine.

Parlor Snakes (19h30)
Mené par la chanteuse française Eugénie Alquezar et le guitariste américain Peter K, ce groupe parisien et anglophone en activité depuis 2010 défouraille un rock à la fois puissant, sensuel et subtil, qui sait s’inscrire dans la tradition tout en évitant les clichés. Une frontwoman magnétique à la voix divine et des musiciens précis qui savent parfaitement faire sonner leurs instruments : un alliage déjà longuement rodé sur scène et qui pourrait bien mettre à genoux le public de la scène Firestone.


Photo : Christophe Crénel.

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