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Interviews

Baston : « C’est vraiment un hobby, on n’essaie pas de percer. On le fait à notre rythme »

Depuis une petite dizaine d’années, le groupe finistérien Baston fait régulièrement parler de lui. Après avoir proposé une musique lorgnant plutôt vers une certaine garage pop psychédélique, le groupe s’est progressivement orienté vers un postpunk de plus en plus incisif, en particulier à partir de leur premier album “Primates” sorti en 2019. Cela s’est accentué avec leur second disque “La Martyre” paru au printemps dernier où l’arrivée, au sein du groupe, d’un quatrième membre aux claviers s’est particulièrement faite ressentir. Pour évoquer ce nouvel album ainsi que la petite tournée prévue pour cet automne, nous avons pu discuter avec ce quatuor à la mi-octobre, quelques heures avant leur concert dans la salle de La Carène à Brest. Rencontre avec le chanteur et guitariste Maxime Derrien, le bassiste Kevin Guéguen, le claviériste Simon Magadur et le batteur Samuel Rolland au travers d’un entretien bien sympathique où les différents membres ont démontré qu’ils avaient un vrai plaisir à évoluer ensemble.

Pour commencer, si on revient sur la genèse de votre nouvel album “La Martyre”, celui-ci a été composé pendant le confinement. Pouvez-vous expliquer comment, en pratique, s’est passée cette composition de l’album ?

Maxime Derrien : C’est Kevin qui a fait pas mal de choses sur GarageBand, un logiciel de musique gratuit qu’il y a sur les Mac. Il a fait plein de démos avec surtout des claviers, de la basse et un peu de chant. On les a mises sur le Drive du groupe.

Kevin Guéguen : Puis, vous vous êtes vus après. Entre deux reconfinements, vous pouviez vous voir chez vous pour retravailler ça.

Simon Magadur : Il y a plein de trucs dont on n’a rien fait et d’autres dont on fait quelque chose mais qui ont pris une forme différente par rapport aux démos.

Samuel Rolland : Je n’ai pas le souvenir qu’on ait beaucoup répété tous les quatre avant d’enregistrer.

Maxime : Le confinement était en mars 2020 et c’est à l’été qu’on a enregistré. On n’a donc pas vraiment répété l’album.

Samuel : C’est peut-être la première fois où on a fait des maquettes aussi abouties parce qu’on travaillait à partir de liens WeTranfer et de Google Drive. A l’été, on s’est retrouvés chez les parents de Simon à La Roche-Maurice. C’est là qu’on a défriché tout ça.

Maxime : On a fait en vrai les démos qu’on s’était envoyées par ordinateur.

Pourquoi cette idée d’attribuer aux titres des chansons de votre album des noms de boîtes de nuit du Nord-Finistère ?

Kevin : Il y a un moment qu’on voulait donner des noms de chansons qui aient un lien entre eux. Il y avait eu plusieurs idées : des races de chiens, des séries limitées de voiture…

Maxime : Finalement, on s’est dit que les boîtes de nuit, c’était pas mal. Et puis souvent, ça fait des noms en un seul mot.

Simon : Et déjà, ce ne sont pas des noms de marque contrairement aux idées de bagnoles. Ça ne veut un peu rien dire ou c’est un peu mystique comme Neptune, Zodiac, etc.

Kevin : Cela parle un peu aux gens et on s’est dit qu’on aurait au moins un article dans Le Télégramme avec ça ! (rires)

Justement, comment avez-vous écu cette sortie avec la réception par la presse notamment ?

Maxime : Les gens avaient l’air d’être contents. Les retours de la presse étaient bons.

Kevin : En fait, les gens n’écrivent pas sur nous pour dire qu’ils n’aiment pas. On n’est pas comme des groupes connus où il y a des gens qui vont écrire que leur nouvel album est nul. Nous, s’ils nous trouvent nuls, ils n’écrivent pas, ils ne disent rien. Ils ne vont pas se fatiguer à écrire. En général, quand il y a un article, il est plutôt bon. Il n’en y a pas forcément beaucoup mais…

Maxime : Après, on avait quand même un peu peur que les critiques qui s’y connaissent bien se disent qu’il y avait un revirement de style parce que c’est un peu plus postpunk qu’avant. Je me suis dit que, si ça se trouve, on va passer pour des imposteurs. En fait, personne n’a trop rien dit.

On sent aussi sur cet album qu’il y a une volonté de faire plus synthétique.

Oui, c’est pour cela que je disais que, quand Kevin a fait des compos, il a fait beaucoup de plans de synthé différents. Les chansons ont été pensées pour le synthé alors qu’avant, déjà, Simon n’était pas dans le groupe, il est arrivé un peu plus tard. Quand il est arrivé, on a rajouté le synthé sur certaines chansons qu’on jouait depuis longtemps et, le dernier disque, on l’a vraiment pensé autour du synthé comme si c’était une guitare. Ce sont les démos de confinement qui ont permis ça. Sinon, on l’aurait peut-être fait aussi mais ça aurait peut-être été un moins marqué.

Simon : Oui, la guitare est un peu dégueulasse sur GarageBand. Des fois, sur GarageBand, sur des petites démos de quarante secondes par exemple, avec Maxime, on ne savait pas ce qui était la basse et ce qui était le clavier. On ne savait quelle était la mélodie, ça prenait un temps pas possible.

Outre la présence d’un clavier maintenant dans votre musique, si vous deviez décrire l’évolution musicale entre vos deux albums, qu’’est-ce que vous diriez ?

Maxime : On est passé d’un truc vachement “psychédélique” (même si on n’écoute pas beaucoup de musique psychédélique), assez noyé, à un truc un peu plus incisif. Je pense que ça s’entend quand on écoute une chanson du précédent et une chanson du nouvel album. Même le mix est différent. J’aime bien “Primates” mais, quand j’ai l’ai réécouté il n’y a pas longtemps, on a l’impression qu’on est trop défoncés en train de prendre de l’opium à l’arrière d’une boutique. Ce n’est pas du tout le même délire ! C’est bien mais c’est vraiment halluciné. J’aimais bien faire ça à ce moment-là mais le dernier est beaucoup moins comme ça. C’est beaucoup plus tranchant.

Simon : C’est beaucoup plus froid aussi.

C’est surtout entre vos débuts qui étaient plutôt garage pop psychédélique et vos deux albums qu’il y a eu un changement de style assez radical. Pourquoi  ce changement de style sur quelques années seulement ?

Maxime : Cela dépend beaucoup de ce qu’on écoute.

Kevin : C’est peut-être aussi parce que, les autres, quand ils ne veulent plus faire du garage, ils changent de groupe et montent un groupe plus postpunk. Nous on a gardé ce groupe et on a évolué en fonction des modes un peu aussi. A l’époque, tout le monde faisait du garage et maintenant, on entend plus de postpunk avec du synthé.

Simon : Je pense qu’on avait envie de faire un peu ce qu’on entendait et qui nous plaisait.

Vous suivez la mode ?

On ne s’en cache pas trop, je crois. On le dit souvent.

Maxime : Mais il y a quand même des petits  ingrédients personnels qu’on met souvent pour que ce ne soit pas non plus des copies conformes de chansons postpunk à la mode dont on va se lasser dans trois mois.

C’est vrai que sur “Primates”, votre premier album, c’était encore un peu psychédélique et c’est beaucoup plus rythmé, beaucoup plus dansant sur le second.

Le mix n’est vraiment pas du tout pareil. Il y a moins de reverb sur le dernier, par exemple. C’est ça qui donnait ce côté très planant, un peu lourd dans “Primates” qu’il n’y a plus du tout dans l’autre. Les batteries et les basses sont beaucoup plus sèches. Souvent, on se cache pas mal derrière nos effets, tout le monde fait un peu ça mais nous particulièrement. Quand on a mixé le dernier, on a mis moins d’effets tout le temps. On écoutait les prises sans mettre plein de reverb cache-misère. On s’est habitués à l’écouter comme ça quand on l’a mixé, ça lui a donné une couleur beaucoup plus directe alors que, pour le précédent, on a tellement mis d’effets dès le début qu’on ne pouvait plus revenir en arrière. Si tu enlevais les effets, tu avais l’impression que la musique était toute plate. Si tu l’écoutes bien tranchante, tu doses les effets beaucoup plus subtilement.

Comme on disait, vous avez donné aux chansons de votre nouvel album des noms de boîtes de nuit du Nord-Finistère. Est-ce que vous diriez justement que votre musique est faite pour danser ?

Ce n’est pas dansant dans le sens de “danser en boîte” mais c’est sûr que c’est plus dansant que d’autres trucs qu’on a fait avant.

Simon : Je pense que ce n’était pas notre intention, en tout cas.

Ce que l’on peut aussi dire à votre propos, c’est que vous faites assez peu de concerts, vous donnez peu de vos nouvelles, sur les réseaux sociaux notamment. Pourquoi ce relatif silence ?

Maxime : La communication, ce n’est pas trop notre truc, je pense.

Samuel : Oui et  on est tous occupés à côté. On travaille tous, il y en a qui ont d’autres groupes aussi.

Maxime : C’est vraiment un hobby, on n’essaie pas de percer. On le fait à notre rythme.

Samuel : Et puis, donner toujours des nouvelles sur les réseaux sociaux quand on n’a rien à dire… Comme on donne des nouvelles une fois tous les trois ans, les gens sont contents de savoir qu’on est toujours là.

Kevin : Plutôt que poster des trucs tous les jours dont tout le monde se fout…

Maxime : Mais ce n’est pas une stratégie de com’. On pourrait croire qu’on fait exprès de parler peu pour que ça soit plus entendu. Mais ce n’est pas fait exprès, c’est juste qu’on a la flemme.

Sur Facebook, vous disiez récemment que votre stratégie de com’, c’était « faire les morts pendant trois ans – sortir un disque – faire les morts pendant trois ans – sortir un disque – ad lib ». Donc, c’est vraiment ça l’idée ?

C’était pour rire mais, au final, c’est un peu ça.

Samuel : Qu’est-ce que tu veux dire ? Tu communiques quand tu sors un disque, tu communiques quand tu annonces des dates. Pendant la tournée, tu communiques pour dire que tu arrives bientôt. A part ça…

Simon : Il y a des groupes qui ont une actualité assez chargée entre les sorties et les tournées. Et entre les deux, ils font un peu de com’.

Samuel : Oui, tu peux aussi relayer des articles de presse, des interviews… Nous, on communique sur des périodes très courtes.

Maxime : Après, on aurait pu relayer des articles. Il y a dix ans, quand on avait sorti nos premiers disques, je le faisais davantage. Mais c’est vrai qu’on ne prend plus la peine de faire ça.

L’année dernière, on avait interviewé ici même Bantam Lyons. Quelles sont vos relations avec eux ainsi qu’avec Lesneu, un autre groupe important de la scène locale ?

Samuel : Je jouais dans Bantam Lyons. Je jouais depuis le début et j’ai arrêté parce que j’attendais une petite fille. Donc, ce n’était plus possible de faire de la musique avec eux. On les connait bien, ce sont des copains. Et Simon joue dans Lesneu, tout simplement. En fait, tout ça, c’est la même bande de copains. On vient tous du Nord-Finistère et, à une époque, 90 % d’entre nous étaient sur Nantes. On est tous passés par Brest à un moment aussi.

Simon : Et puis, tout le monde a un peu joué dans les groupes de tout le monde.

Votre nouvel album, comme le précédent, est sorti sur le label Howlin’ Banana. Que pouvez-vous nous dire à propos de ce label ? Comment ça se passe avec lui ?

Maxime : Tom (Tom Picton qui s’occupe du label, ndlr) est trop sympa. On ne le voit pas très souvent parce qu’il est à Paris, on ne le voit que quand on va faire des concerts pour promouvoir le disque qu’on vient de sortir mais ça n’arrive qu’une fois tous les trois ans. Il est trop cool et c’est vrai qu’il fait ça depuis dix ans. C’était les dix ans du label récemment. Il fait tout tout seul, il met l’argent pour sortir les disques. Nous, on n’a rien à payer, il fait ça pour tous les groupes. Avec l’argent du précédent, il en sort un nouveau. Et là, il a plein de sorties qui s’enchaînent.

Kevin : Ça marche de mieux en mieux. Les gens parlent beaucoup de lui et des groupes qu’il sort. Il sort aussi des groupes de plus en plus connus, comme Unschooling ou Brace ! Brace !

Maxime : Il y aussi des groupes qui sont devenus un peu connus après avoir commencé modestement sur son label.

Kevin : Petit à petit, les articles parlent de lui, comme on a pu parler de Born Bad, au moins autant que des groupes. Finalement, être chez Howlin’ Banana, ça fait parler de toi.

Maxime : Trois de nos sorties sur quatre, c’était avec lui. Comme on disait tout à l’heure, notre musique a pas mal évolué depuis qu’on a commencé. Il aurait pu nous dire que ce qu’on faisait ne lui plaisait plus et qu’on n’avait qu’à trouver un autre label. Au contraire, il est toujours aussi content, il ne nous dit jamais, par exemple, qu’une chanson n’est pas terrible. Il soutient le groupe dans son projet du début à la fin. Avec lui, on n’a aucun retour négatif. La dernière fois que je l’ai vu, je lui ai justement dit que, avec notre style musical qui change régulièrement, il pouvait nous dire si ce n’était plus son truc. Il m’a répondu que ce qu’il aime bien, c’est accompagner les groupes dans leur projet de faire des disques du début à la fin. Même s’il y a un nouveau disque qui n’a rien à voir avec le précédent, ce qu’il aime, c’est soutenir les groupes. Si dans trois ans (ou un peu moins, j’espère) on fait quelque chose d‘un peu différent,  je ne pense pas qu’il va nous dire qu’il ne veut pas le sortir.

Samuel : Il faudrait essayer de lui envoyer des maquettes de funk ou des trucs comme ça ! (rires)

Simon : En plus, j’ai l’impression que, de son côté, ce n’est pas comme s’il avait une mauvaise expérience non plus.  A chaque fois, tout le monde s’y retrouve. Le disque sort en petit tirage et ça part bien. Il sait jauger comme il faut.

Bien qu’elle soit rythmée, on peut dire que votre musique est assez sombre. Pourtant, vous n’avez pas l’air d’être les derniers à rigoler. Il y a une sorte de paradoxe, vous ne croyez pas ?

Maxime : Si, on est des petits marrants qui aiment bien faire de la musique un peu sombre. Notre délire n’est pas trop de faire de la musique sombre et de tirer la gueule. Mais, comme tu dis, ça fait un petit décalage.

Quand on voit vos rares publications sur Facebook, on voit que vous aimez bien plaisanter.

Simon : C’est justement en lien avec l’idée qu’on n’a pas trop envie de poster, qu’on n’a pas trop envie de parler de nous. Du coup, on n’a pas envie d’être trop sérieux pour communiquer. C’est pour ça que, souvent, dans nos posts Facebook, on aime bien faire des blagues.

Pour finir, quel va être l’avenir de Baston ?

Maxime : On a une petite tournée fin novembre. Ensuite, on va peut-être se remettre à essayer de composer, en espérant qu’il y aura un confinement. Sinon, ce n’est pas facile (rires). J’aimerais bien qu’on arrive à enregistrer, peut-être l’été prochain.

Samuel : On fera peut-être quelques concerts en mai aussi.

Du coup, on ne va pas attendre trois ans pour le prochain album alors ?

Alors, un enregistrement ne veut pas forcément dire une sortie dans la foulée. Généralement, c’est un an après.

Maxime : C’est vrai que, en général, il se passe beaucoup trop de temps entre l’enregistrement et la sortie, mais c’est un peu de notre faute. On aimerait bien réduire cela. C’est pour ça qu’il faudrait qu’on soit meilleurs, que par exemple, à la fin d’une semaine d’enregistrement, il y ait moins de boulot derrière par rapport aux fois précédentes.

Samuel : C’est parce que les morceaux ne sont pas finis quand on les enregistre, ils ne sont pas aboutis. C’est ce qu’on disait, on a fait des maquettes, on s’est réunis et on a enregistré tout de suite, sachant qu’on ne les avait jamais joués ensemble.

Maxime : On s’est rendus compte que c’était du funk. Bref, il fallait tout refaire. (rires)

Simon : On n’embauche pas non plus quelqu’un pour nous aider. On fait ça avec un pote qui n’a pas toujours le temps. Donc, ça peut être remis à plus tard et ça génère du délai.

Maxime : On aimerait limiter ça parce que c’est bien de sortir le disque dans la foulée de l’enregistrement. Tu es quand même plus excité.

Baston sera en concert le 19 novembre à Morlaix, le 23 à Angers, le 24 à Rezé, le 25 à Dijon, le 26 à Lyon et le 27 à Lille.

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