Loading...
ConcertsFestivalsInterviews

Le BBmix 2022 présenté par ses programmateurs

Comme chaque année au mois de novembre, le BBmix revient pour notre plus grand bonheur dans le cadre confortable du Carré Belle-Feuille à Boulogne-Billancourt (92). Et comme chaque année, nous avons demandé aux programmateurs Marie-Pierre Bonniol et Jean-Sébastien “Jiess” Nicolet de nous présenter les artistes à l’affiche. Malgré l’annulation de dernière minute de Michael Rother, qui devait venir jouer les morceaux de son mythique groupe Neu!, l’un des fers de lance du krautrock dans les années 70 (remplacé par Pere Ubu, quand même, une formation tout aussi mythique), ces deux soirées à petit prix restent riches en grands noms des musiques de traverse et en découvertes. Il reste des places, n’hésitez pas !


Samedi 26 novembre

People Like Us

Jiess : C’est amusant car postant à son propos sur les réseaux sociaux, un follower me
signale que j’avais déjà programmé Vicki Bennett et, honte sur moi, j’avais oublié ! Pourtant
les passages de People Like Us en France sont beaucoup trop rares à mon goût. Vicki
Bennett emprunte à John Oswald sa démarche de “Plunderphonics, or Audio Piracy as a
Compositional Prerogative” qui consiste à sélectionner et coller entre eux des extraits
sonores de diverses sources (radiophonique, disque, télévision…). La pièce “The Mirror” est
immersive au sens également visuel car le principe de click & cut du plunderphonic est aussi
ici relié a des montages vidéo. L’idée étant de requestionner la culture populaire en la
décontextualisant et en la déconstruisant. J’ai très hâte de vivre ça avec le public du
BBmix !

Album : “Do You See What I Hear” (2021, Discrepant).


Pole

Jiess : Avec Stefan Betke, plus connu sous l’alias Pole, nous replongeons dans la très
prolifique scène musicale de Dusseldörf avec des noms comme Kraftwerk bien sûr, Der Plan ou LA Düsseldorf (dont l’un des membres sera présent au BBmix). Son travail comme DJ fut très largement exposé à la fin des années 90, explorant les sonorités dub dans une musique qu’on qualifiera d’electronica ou IDM (Intelligent Dance Music). Là aussi, le son est le plus souvent lié à un dispositif vidéo. Nous avons appris alors que nous clôturions le programme que Pole sortait un nouvel album sur le très iconique label Mute. Avec sa venue, nous affirmons notre goût pour les musiques avant-gardistes allemandes mais aussi les univers immersifs, aux frontières du réel.

Album : “Grauer Sand” (2022, Mute records).


Charlotte Leclerc

Marie-Pierre : De la chambre à la scène : je suis très curieuse du set de Charlotte Leclerc
dont les morceaux enregistrés à la maison m’enchantent. “Seule Cléopâtre” particulièrement :
un univers aquatique, un petit groove tranquillou, comme en voyage vers les 45-tours et
autres maxis de Vivien Goldman, Nini Raviolette, Hermine, Flying Lizards que
j’aime tant. Un vrai morceau dans lequel on se sent bien !

Mini-album : “Bingo” (2020, Delodio).


Pere Ubu (Moon Unit)

Jiess : Derniers arrivés dans notre programmation… Bien entendu nous avons été très peinés d’avoir à annoncer l’annulation de Michael Rother, à qui nous souhaitons un prompt rétablissement. Nous avons heureusement pu le remplacer par un groupe également légendaire. Pere Ubu fait partie de ces artistes rares qui sont vraiment dans l’ADN du BBmix. Le groupe fondé en 1975 dans la ville de Cleveland dans l’Ohio a lancé ses bases artistiques sur la colère du punk, l’expérimentation, l’art de la déconstruction des mélodies, une recherche artistique permanente qui s’est également exprimée dans des projets plus ou moins annexes (Rocket from the Tombs, David Thomas & The Two Pale Boys, Moon Unit) et a accueilli en son sein un nombre incroyable de talents (Chris Cutler de Henry Cow, Kristof Hahn de Swans, Mayo Thompson de Red
Krayola, Wayne Kramer du MC5…). Le personnage de David Thomas demeure encore
aujourd’hui haut en couleur et il voyage en permanence en absurdie, ce qui nous promet un
sacré moment de live au BBmix !


Dimanche 27 novembre

Arlt

Marie-Pierre : Premier été avec mon deuxième enfant, Marcus, que j’allaite. Nous allons voir
la mer pour la première fois, nous ne sommes pas encore complètement détachés. Cette
chanson de Arlt tourne dans ma tête, s’attache à la sensation de cet été qui ne se passera
qu’une fois, cet amour particulier qui baigne dans la fatigue, les limites et l’illimité, et tous les
sentiments particuliers qui peuvent s’y nouer et que l’on ne cesse, finalement, de porter.
C’est le petit miracle de la musique : un enchâssement de formes et d’émotions. Arlt y arrive
très bien.

Dernier album : “Turnetable” (2022, Objet disque).
A lire, le compte rendu de leur concert de juin à la Boule Noire.


Élg & La Chimie

Jiess : Un hasard de la vie d’organisateur de spectacles. Un ami à Rennes me demande un
coup de main pour organiser un concert de sortie de résidence pour le groupe de Élg qui
va sortir un nouvel album, “Dans le salon du nous”. Me voilà embarqué à la fois dans leur
musique et cette organisation avec eux. Au-delà de la rencontre humaine tout à fait
chouette, l’atmosphère de ce désormais trio me scotche littéralement. Laurent Gérard (Élg)
joue dans d’autres formations que je connaissais déjà comme Orgue Agnès ou Opéra Mort.
Quand nous avons su que Fred Frith confirmait sa venue, il y a un fil d’Ariane de
programmation qui s’est dessiné pour nous avec Marie-Pierre, où l’univers de Èlg pouvait tout
à fait trouver sa place. J’ai très hâte de revoir leur live après plusieurs mois de tournée, car
Élg bouscule autant qu’il fait rire, et ses “Chimistes” apportent une densité sonore qui répond
parfaitement au personnage un peu fou qu’il campe.

Dernier album : “Dans le salon du nous” (2021, Vlek).


Fred Frith

Marie-Pierre : J’ai écouté l’album de Skeleton Crew (Fred Frith et Tom Cora), “Learn to Talk”, (1984) tellement de fois. Ça aurait pu être un autre album de Fred Frith. Sa musique a tellement marqué nombre d’entre nous ! Talent, liberté, innovation, croisements, expérimentations… Son art marque au-delà du champ du goût, des musiques auxquelles on peut être ouvert•es, que l’on peut aimer : elle pose un manifeste pour une vie plus densément vécue, heureuse et audacieuse, dans laquelle c’est une joie d’expérimenter.

Du coup, on est plusieurs à avoir écrit sur lui pour BBmix. Toutes les contributions sont . Avec Élg, Sing Sing (Arlt), David Fenech, Seb Martel…


Caroline

Jiess : J’ai découvert cette formation pendant le confinement à travers des lives enregistrés qu’ils donnaient dans des piscines vides. La musique de cet octuor (!) londonien s’est fédérée au cours de séances d’improvisations (autour notamment d’un titre de Mogwai qui fit l’unanimité de ses membres). Ayant eu le privilège de les voir live, je peux affirmer que Caroline propose une expérience suffisamment rare et déconnectée des cadres classiques pour générer une évidence : le Carré Belle-Feuille et le BBmix constitueront un incroyable écrin pour leur musique. Jouant un folk-jazz improvisé, inspiré de la musique des Appalaches, Caroline se nourrit aussi de grandes phases d’improvisations qui génèrent une émotion à fleur de peau (les fameux poils qui se dressent sur les bras), ils emploient le silence et le drone avec un instrumentarium riche et des voix décharnées… On tient peut être là une formation majeure qui fait le lien entre la scène post-rock de Silver Mt Zion et Arthur Russell période “Iowa Dreams”. Enorme coup de cœur.

Album : “Caroline” (2022, Rough Trade).


Constance Legeay & Efferalgang

Constance Legeay, Comme à la maison, Acrylique sur papier, 29,7 x 42 cm, 2020.

Marie-Pierre : On est aussi super heureu•ses d’accueillir une exposition de Constance Legeay et des DJ sets d’Efferalgang, un collectif radio cette année. Constance Legeay et Efferalgang devaient d’abord être accueillis en 2020 mais cette édition du BBmix a finalement dû, comme tant d’autres événements en 2020 et 2021, être annulée. Les peintures d’intérieur de Constance Legeay, la gamme de couleurs qu’elle utilise, son approche naïve contemporaine, ses références régulières à la musique, à la littérature, aux images qui habitent nos imaginaires d’amatrices et d’amateurs tissent un univers dans lequel l’on se sent particulièrement bien. Lorsque j’ai découvert les peintures de Constance, je me suis rappelée que c’était elle qui m’avait pour la première fois parlé du livre Chez soi. Une Odyssée de l’espace domestique de Mona Chollet. J’aime particulièrement cette peinture, Comme à la maison, qui date de 2020. Après notre soirée Saravah et Comme à la radio (en 2018), avec Charlotte Leclerc et Constance Legeay, on amène les chambres et les salons à BBmix. Et ça, ça me plaît !


A lire demain mercredi, un texte sur le BBmix écrit par Sing Sing (Arlt).

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.