Loading...
DisquesDivers

Protomartyr nous fait visiter l’“Hotel Usona”


“Hotel Usona”, le septième album de Protomartyr, sortira ce vendredi 25 septembre. Mardi soir, le label Domino avait organisé dans un petit bar parisien une séance d’écoute suivie d’un questions-réponses avec deux membres du groupe de Detroit : Joe Casey (chant, textes) et Greg Ahee (guitare, composition…). Un dispositif promotionnel certes modeste, mais auxquelles toutes les nouvelles sorties n’ont pas droit. Le successeur de “Formal Growth in the Desert” a, il est vrai, quelques arguments à faire valoir : il est produit par l’ex-Mercury Rev Dave Fridmann, qui avait imposé sa marque sur le rock indé des années 90-2000, dans ses Tarbox Road Studios ; c’est plus ou moins un concept album où l’hôtel du titre peut être vu comme une métaphore de l’Amérique d’aujourd’hui ; il prolonge le parcours sans faute d’un groupe qui a démarré en 2010, a sorti son premier disque en 2012 et a suscité depuis un intérêt constant voire grandissant, ce qui n’est pas le cas de tous ses contemporains.


Une seule écoute suffit en tout cas pour affirmer qu’on tient là une œuvre importante, et il en faudra sans doute beaucoup plus pour en faire le tour. Protomartyr nous a habitués à des disques denses et maussades, à l’atmosphère oppressante et claustrophobe, et celui-ci ne déroge pas à la règle. L’un des deux premiers extraits dévoilés, “Feed the Sewer”, affiche une radicalité sonore qui semble traduire la colère du quartette face à un pays qui part à vau-l’eau (ou, littéralement, à l’égout). L’autre, “Sounds We Cannot Hear”, voit le groupe faire un grand pas en avant en matière d’arrangements et de production, et est en cela représentatif du reste d’“Hotel Usona”. Morceaux plus longs et complexes, contrastes marqués entre plages calmes et moments nettement plus furieux, attention particulière portée au son de la batterie parfois mise au premier plan, et surtout forte présence de cuivres (joués par le propre fils de Dave Fridmann, Jon) : si l’on reconnaît Protomartyr dès la première note, l’évolution de leur son, devenu plus complexe et spacieux, est indéniable.

Le “Q&A” auquel Joe et Greg se sont prêtés de bonne grâce a été l’occasion de préciser le contexte dans lequel est né le disque. On apprend ainsi que Joe est devenu père, ce qui dénote a priori un certain espoir en l’avenir. Mais même si le chanteur et parolier paraît plus épanoui que par le passé, le pessimisme affleure vite, quand il constate que depuis l’écriture des textes il y a environ un an, la situation des Etats-Unis (et du monde en général) a encore empiré. Aujourd’hui, il évoquerait sans doute la guerre contre l’Iran, en plus de
« la lente paralysie de la vie moderne (“Sounds We Cannot Hear”), l’IA (“Feed the Sewer”), les expulsions dans les pays tiers (“Third Country”), le patriotisme dévoyé (“Exalted Eagles”), la violence (“The Knife Dream”) ou JD Vance (“Converts”) » (citation tirée de leur Bandcamp). Quant à “Lavender – Gospel”, il tire son nom du logiciel de ciblage par intelligence artificielle développé par l’armée israélienne pour générer une liste de cibles à éliminer à Gaza… Alors que l’album précédent était plutôt basé sur des histoires personnelles, celui-ci se veut donc plus politique, l’écriture de Joe étant, comme d’habitude, souvent oblique, mais parfois plus frontale. « Il y a quelques punchlines, mais je ne suis pas quelqu’un de très drôle. »


A la question de la musique qui aurait pu influencer ces nouveau morceaux, Greg, leur maître d’œuvre, parle d’exotica des années 50, de Sun Ra et de rétrofuturisme, de Yellow Magic Orchestra, de musique du Moyen Orient… Leur concitoyen Iggy Pop, à qui ils ont fait écouter l’album, le rapproche carrément de “Tristan et Isolde” de Wagner (et de “Sergent Pepper”, mais plus pour la structure que pour la musique elle-même) ! Le guitariste avait enregistré des démos dont Fridmann a gardé quelques éléments malgré leur côté lo-fi. « Je n’y étais pas trop favorable au départ, mais finalement ça fonctionne bien. » Au-delà de l’évolution naturelle d’un groupe « très rudimentaire » à ses débuts et qui à force de pratique a affiné son art, Protomartyr a cherché sciemment cette fois-ci à composer des chansons d’une façon différente. Et c’est peu dire que le résultat est très impressionnant.

Joe Casey.

Greg Ahee.

Dans un formation annoncée en sextette avec deux cuivres, le groupe jouera à l’Aéronef à Lille le 18 février 2027 et au Trabendo à Paris le lendemain. On recommande de ne pas tarder à prendre ses billets…


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *