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Disques

Arab Strap – Half Told Tales (2026)

Troisième succès à la suite depuis leur reunion en 2021. Arab Strap se permet tout : le sax, le disco, le hard rock et même le bonheur. Parfois. Spoken word et post-rock-électro comme avant, comme toujours. Ironie et flamboyance du verbe. Comme toujours.

Qui aurait pu prévoir ? 

Trente ans après la ruée dans les brancards d’Arab Strap, les pognes pleines de pilules magiques dans les pubs locaux et après sa lente aseptisation jusqu’à une fête d’adieu de dix ans de larmes pour pré-quadra, qui aurait pu prévoir l’étonnante cure de jouvence de nos papys écossais ? Qui se poursuit avec le troisième album de leur retour en grâce, de nouveau au firmament après “As Days Get Dark” (2021) et “I’m Totally Fine With It. Don’t Care Anymore” (2024), sans oublier sans doute l’une de leurs meilleures tournées pour l’anniversaire de “Philophobia” en 2023 ?

Une fois encore, c’est la pertinence et l’humour d’Arab Strap, y compris sur ses pochettes qui nous met en joie dès avant l’écoute. Un gnomon ? La fuite du temps ? Un bon gros bâton dressé ? Non mais quels génies….

I Get Noise et You You You, meilleures entrées en matière dans le gras du bide ou plutôt montée d’ecsta la bouche pâteuse pleine de stout. Comme à la grande époque même si on sent que les antidépresseurs et l’habitude de la fréquentation du génie ont remplacé les expédients récréatifs. La paternité aussi.

Grand coup de poing dans la tronche. Production rentre-dedans, avec batterie en prise très live (Glamour Magick) versus boîte à rythmes, mais surtout vents (saxophone ! clarinette ?!) tellement mieux vus que les cordes qui nous saoulaient circa 2000 (oui… il faut l’admettre).

Pardonnez mon français mais ça tabasse grave. Peut-être comme jamais. Encore plus rock avec un Malcolm Middleton en roue libre, car il est libre le Malc, tellement qu’il frôle la complaisance peut-être sur Fighting for you ou Sunsong mais franchement, on s’en fout tellement il nous régale ailleurs et tellement sa joie de plaquer ses accords nous colle la banane, par exemple sur You you you avec des guitares tranchantes, pas rasoirs pour deux sous.

Comme pour Wilco, ou dans une moindre mesure avec Mountain Goats car les procédés d’écriture sont moins ouvertement personnels, l’endurance permet de franchir des paliers créatifs assez incroyables. D’où un album vraiment kaléidoscopique, concentré d’influences et de pratiques tous azimuts. Métal gras, post-rock, électro, post-disco, spoken word… On voit que pour leurs trente ans, les Arab Strap ne se sont rien refusé et ont brassé large dans leur chaudron. Sans disparité ni patchwork nauséeux. Dans Fragments, on a du Slint orthodoxe, des percussions sud-américaines, un sax un peu dégoulinant eighties. Et on est heureux.

On a les guitares explosives de Malcom sur I Get Noise, accompagnées d’un sax en folie, soit le bruit et la fureur qui rendent marteau Aidan, lequel se plaint :

I Get Noise :

« I want a clifftop camp with a blazing fire,

or a snowbound cabin, up even higher,

I want to run, withdraw, withhold, retire –

I get noise,

I get noise.

And tonight, when you touch yourself, remember all the angels are watching –so put on a good show »

Avec un final onaniste en forme de doigt d’honneur.

On aime l’opposition dépression/élans d’amour sur You you you :

I’ve got a hole in my head that can’t be filled;

time is never spent, it’s only killed.

I’m always bored, it seems nothing excites me –

my own limbic system fights me!

I’ve got watchlists I’ll never watch,

and pruritus scroti in my crotch;

I’ve got a seething sadness in my soul,

’that might just swallow me whole

But I’ve got you, you, you

On remercie au passage Aidan Moffat de prolonger notre éducation post-sentimentale et de parfaire notre vocabulaire. Ampersand donc (chanson d’anti-amour dont on retiendra l’émouvant “fuck you for all these years you stole”), soit l’esperluette (“&”), ou encore le demodex, charmant acarien, notre meilleur animal de compagnie, dans Dollar Park (qu’on se doit de visiter un jour, dans la ville de naissance d’Aidan, près d’Edinbourg) :

« I’ve got presbyopia, so I know I must’ve grown,

yet here I am in the park, without a future or phone.

(…)

As the demodex flirt on my face, she arrives,

with handcuffs and safewords, external sex drives.

She still wears that Star Wars dress,

my EuroDisney vampiress.

And I still prefer her then,

awake to find her gone again.”

Privilège de l’âge, j’apprécie le regard du papa poule (surtout de celui ayant fait son trou dans le show-business par des chansons sur tous les excès possibles et imaginables) sur sa progéniture numérique (Be a Man) :

A message on my phone, my new memory is ready
So I open up my slideshow for my soul
In this device of tiny paradise
You’re changing face, my happy place
Drama soon forgotten with a scroll

All must age, flesh must grow
Wars will rage and soon you’ll go

But there’s no hurry to be a man
And there’s no rush for tax and decay

C’est peut-être le meilleur, cet Arab Strap éternel,  Gape, spoken words sur boucle de guitare, beat électro à la First big week end of the summer mais tendance daddy cool, presbyte.

Another weekend morning
Well, technically afternoon
The silence of screentime children in headphones
The soft whisper outside of traffic like Soft Swell
It could almost be idyllic

In bed, he checks his alerts, scrolls his socials, hate-reads the news
In the bathroom mirror, he’s all grease and grey
His pale face pillow-creased, his eyes bloodshot and bloated
He examines his excretions, the brown piss and yellow shit
And mournfully strokes his fat, rock-hard belly
As he picks his purple nose and scratches his scrotum
And behind his half-asleep eyes
Yet again, a silent promise is being made
Will today be the day?

On voudrait tout citer car tout est bon. Du miroir intime, forcément déformant, aux irritations, aux haines douces ou dures, écornant masculinistes ou droitards acharnés, œuvrant dans la joie pour notre bonheur mais surtout le leur :

« From the Business Class lounge, they’re fighting for you;

from the deck of a yacht, they’re fighting for you;

warming up by the Agea, they’re fighting for you;

by a poolside in Spain, they’re fighting for you;

from a countryside bolthole –fighting for you;

from a penthouse in Mayfair –fighting for you;

from the back of a stretch, they’re fighting for you,

from a pad in Dubai, they’re fighting for you!

Paywall patriot, keep raging;

wave that rag and ply your lies.

Sing your class war karaoke –

monetise, mythologise”

Et puis toujours l’amour, la lune (déjà bien présente dans l’album précédent), la femme, le regard (ou l’oreille) de la progéniture, la fuite du temps.

« The tempo of this song is 60bpm: one beat per second. A second is the duration of nine billion, one-hundred-and-ninety-two million, six-hundred-and-thirty-one thousand, seven-hundred-and-seventy cycles of the caesium-133 atom’s unperturbed ground-state hyperfine transition frequency. No, me neither. Today is a long weekend to a house mouse, a lifetime to a mayfly; a long lunch for the Greenland shark. A robin is sexually mature within a year; within another, it’s dead. The Turritopsis Dohrnii jellyfish is only the size of your fingernail. It can live forever.

(…)

You know I love the moon; you love the moon, we love the moon! Just look at her up there, glowing with hope and round as a clock; and so powerful she can slow us down. But that’s just how she looked 1.3 seconds ago; her light takes time to reach us. We only ever see the past.

(…)

Even the planet isn’t punctual. 1972 was two seconds longer than 1971. A hundred days later, I took my first breath. Twenty-nine years after that, I met your mum.

We only have this moment, and it’s already gone.

We only have this moment, and it’s already gone.

We only have this moment, and it’s already gone.

We only have this moment, and it’s already”

Arab Strap au sommet. Que tous nos prurits les accompagnent.

Avec l’aide de Johanna D. sans Star Wars dress mais doit-on le regretter ?

“Half Told Tales” est sorti en CD, double LP et numérique le 4 septembre 2026. 

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