Don Niño - Interview

18/02/2013, par , Béatrice Lajous et Luc Taramini | Interviews |
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Prenez donc le temps de parcourir ces quelques lignes pour découvrir l'univers mirifique de Don Niño. Après un disque de reprises, il nous est revenu avec l'album "In the Backyard of Your Mind" et entame une nouvelle tournée en France pour mieux affronter la fin de l'hiver. Motifs et saveurs, chemins de traverse et animaux imaginaires.

 

Plus les années passent et plus on sent de passerelles entre Don Niño et NLF3 : "Beats", par exemple, tu aurais pu l’écrire pour "Real Seasons Makes Reason", mais elle n’aurait pas eu tous ses arrangements, il me semble. Dans ton processus de création, comment fais-tu pour séparer les différentes idées entre tes projets ?

Lorsque j'écris et compose pour des disques solo - c'est en particulier vrai sur le dernier album, je commence par un travail de composition guitare/voix ou piano/voix classique. Ensuite l'aspect recherche et work in progress viennent pendant l'enregistrement, avec les arrangements et la réalisation des titres. Je cherche souvent un son bien particulier, un univers sonore bien précis pour chaque disque. "In the Backyard of your Mind" traite du monde invisible, il me fallait pour cela des idées d'atmosphères, de timbres. NLF3 cultive cet aspect là totalement aussi, c'est un peu comme un manifeste de composition, et dans un fonctionnement de groupe. Nous sommes trois à donner notre avis, à amener des idées, des mélodies, des envies.

C'est donc très différent. Ce qui est vrai, c'est que j'ai arrangé mon dernier album comme un album de groupe plus que comme celui d'un artiste seul; pourtant ces chansons peuvent fonctionner aussi dans le dépouillement, c'est un choix artistique.

Plusieurs titres nous font penser à quelques-unes de nos marottes : "Myself by Heart" à Ben Chasny, "Beats" à José Gonzalès, "I Know the Snake" à André Herman Düne. Confirmes-tu une inspiration commune ou une appétence pour ces artistes ?

Ce sont trois artistes que j'apprécie; C'est amusant que vous mentionniez ces trois là car j'ai déjà partagé la scène avec Ben Chasny, déjà discuté de tout et de rien avec José Gonzales, et évidemment André est un ami de longue date. Nous nous sommes revus chez lui, à Berlin, récemment. Il doit y avoir quelque chose ...

Ça se passe comment une journée de Nicolas Laureau ? Comment jongles-tu avec tes différentes activités (musicien, producteur, etc…) ?

Je joue un peu de musique tous les jours, il y a bien toujours quelques morceaux sur le feu en cours de production dans mon home studio - en ce moment le disque solo de mon frère Fabrice sous le nom F/LOR. Des répétitions par ci par là, ça dépend un peu des périodes. Je dessine aussi dans des carnets, j'aime fabriquer des images avec un polaroid, de la peinture ou des collages de papiers, avec l'ordinateur aussi. J'ai aussi un chat avec lequel la temporalité de mes journées et de mes nuits devient assez floue. Il y a bien un moment où je vais sortir boire un café ou préparer des udons aux algues à un copain de passage. Ma vie personnelle trouve sa place naturellement dans tout cela.

Don Niño – Interview

Est-ce que tu joues d’un instrument tous les jours ? As-tu un instrument de composition privilégié ?

Ces derniers temps, j'ai repris le sitar indien; c'est un instrument très apaisant, qui demande une pratique journalière pour le faire s'exprimer pleinement. En ce qui concerne la composition, j'alterne piano et guitare. Ce sont pour moi deux partenaires presque quotidiens. Utiliser un instrument inhabituel comme le banjo, le kalimba ou la basse peuvent me donner des perspectives de compositions inattendues. J'ai toute une petite collection d'instruments étranges qui m'accompagnent et m'inspirent, ils sont comme des êtres vivants pour moi, comme des plantes, je leur parle.

Tu as fait quelques ciné-concerts et ta musique nous semble éminemment cinématographique. Est-ce vraiment le cas ? Quelle est la part du  cinéma dans ta musique ? Es-tu inspiré par des musiques de films, des  compositeurs en particulier ?

Oui, le cinéma a une grande influence sur mon travail et ma façon d'agencer. Je m'en nourris énormément. J'aime en dire peu dans mes textes et laisser la musique opérer, amener l'auditeur à se figurer ses propres éclairages, ses propres scènes, son propre montage.

J'aime tout le cinéma. Il est vrai que j'affectionne en particulier le réalisme d'argent de Satyajit Ray ou des réalisateurs visionnaires comme Eisenstein, Tarkovski, ou encore John Cassavetes. Aujourd'hui des réalisateur comme Apichatpong Weerasethakul, Harmony Korine ou Vincent Gallo m'irriguent et me parlent aussi. En ce qui concerne les musiques de films, certaines musiques de Nino Rota ou de John Carpenter hantent mes journées.

Le casting réuni pour "In the Backyard of your Mind" est impressionnant  (Mich Pirès, Lori Chun Berg, Luke Sutherland).  Est-ce que toutes les parties sont écrites au préalable ou partez-vous d’une base sur laquelle vous improvisez ou construisez ensemble ?

Tout a été d'abord composé et enregistré comme des chansons guitare / voix. Puis après l'enregistrement de mes arrangements de claviers et basses, il y a eu ce moment où j'ai demandé aux uns et aux autres d'enregistrer des parties, certaines étaient écrites, d'autres improvisées. Je souhaitais qu'il y ait une myriade de couleurs, de subtilités dans la stéréo. Luke a enregistré des centaines de prises de violons, de voix, Lori des trompettes et des oscillateurs... Mitch a rejoué mes parties batteries sommaires avec son beau son et son toucher si précieux. Au final, c'était bouillonnant et nous étions habités et enivrés par cette matière si particulière.

Tu as passé ton enfance en dehors de la France. As-tu des souvenirs musicaux de cette période, des madeleines soviétiques ? Voyages-tu souvent et, si oui, ramènes-tu des sons, des disques, des field recordings ?

L'Union Soviétique restera pour moi un souvenir très abstrait, j'y ai résidé trop jeune. C'est de l'ordre de la légende familiale, je connais notre vie là-bas au travers des récits de mes proches. En revanche l'Allemagne et les États-Unis ont été très marquants. Je me suis construit avec cela. Des madeleines, oui : les chants des natives ! Mon activité de musicien m'amène à voyager très souvent, j'adore acheter des disques à ces occasions. Je reviens toujours de concerts avec plein de disques et quelques bribes de sons des marchés, des rues, que ferions-nous sans nos enregistreurs de poche ?

Peux-tu nous raconter ta première « rencontre » avec Nick Drake et ce qu’elle signifie encore pour toi aujourd’hui ?

He bien, elle remonte à 1998 à Chicago; J'étais en tournée aux USA et David Grubbs m'a passé "Pink Moon" dans son salon. David est un grand artiste, et c'était bouleversant. Evidemment, la musique si particulière de Drake, sa voix, l'organisation de son jeu de guitare et son histoire m'ont touché au cœur directement.

Depuis 20 ans, ton nom et celui de ton frère (le producteur F.lor) reviennent comme des mantras sur les pochettes de quelques-uns de nos disques préférés comme, récemment, sur "La Chirurgie des Sentiments" de Françoiz Breut. Au passage quel, y a été ton rôle ? 

Fabrice a beaucoup plus travaillé que moi en studio. J'ai réalisé le dernier album de Françoiz, ce fut une belle histoire et un vrai plaisir.

Cacherais-tu d’autres trésors sonores en dehors de Don Niño et NLF3 ?

J'ai un projet autour des mantras et du sitar indien sous le nom de We:Mantras, avec un artiste électronique mexicain nommé Cubenx.

Qu’est-ce que tu pourrais nous dessiner sur l’instant ?

Là, je pourrais vous dessiner un ange-bison.

Ange Bison

Merci à Nicolas et Virginie. 

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