Pas Chic Chic - Au Contraire

15/01/2009, par Julian Flacelière | Albums |
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PAS CHIC CHIC - Au Contraire
(Semprini Records / Differ-Ant) [site] - acheter ce disque

PAS CHIC CHIC - Au ContraireCertains d'entre vous connaissent certainement les membres de Pas Chic Chic sans le savoir. Roger Tellier-Craig était en effet guitariste chez Godspeed You! Black Emperor, de même qu'un des membres fondateurs de Fly Pan Am et Set Fire to Flames ; Radwan Moumneh a joué dans le groupe hardcore Cursed, en plus d'être un des ingénieurs du célèbre studio Hotel 2 Tango, sorte de studio d'enregistrement/centre culturel montréalais où sont enregistrés presque tous les disques de Constellation ; ancien professeur d'histoire, le batteur Eric Fillion a quant à lui roulé sa bosse dans des formations punk telles que The Black Hand et Cobra Noir ; le bassiste Eric Gingras était également musicien de Fly Pan Am ; enfin, Marie-Douce St-Jacques fut de 1995 à 1999 rédactrice en chef du magazine aMAZEzine et une des collaboratrices du fanzine français Crème Brûlée.

"Au Contraire", leur premier LP, est une bien étrange production. Un pied dans le shoegazing tendance Slowdive/Cocteau Twins ("Haute Fidélité"), un autre dans la variétoche yé yé francophone des années 60 (le fou "Se Mirer Mare"), un bout d'orteil dans le krautrock, le tout magnifiquement mis en relief par l'utilisation systématique de claviers rappelant les premiers albums de Roxy Music. Les Mix-Korg, Crumar et autres Mellotron utilisés à foison sont des formules incantatoires à eux tout seuls, emportant l'auditeur dans des paysages merveilleux, éthérés, comme certains niveaux du Paradis que parcourt Dante avec sa bien-aimée Béatrice, dans lesquels les formes ne sont humaines que le temps de quelques instants, l'environnement se métamorphosant sans que l'auditeur ne s'en rende compte. Pas Chic Chic possède ainsi une manière très habile d'emmener les auditeurs dans des espaces sombres alors que les mélodies semblent légères, délicieuses, pour ne pas dire Twee pop à certains moments ("Mlle Mille", imparable). C'est ce décalage récurrent, cette inquiétante étrangeté, qui, probablement, rend l'album si déroutant - et de plus en plus obsédant au fil des écoutes.

Evoquons également, quelque peu au hasard, "En chaîne et en vogue" et son irrésistible gimmick au clavier entre Ennio Morricone et un générique de dessin animé nippon, qui s'emballe entre chaque tour de chant ; "Vous comprenez pourquoi", qui digère autant la musique pop-lounge (The Knife, Stereolab) que le wall of sound made in My Bloody Valentine, la chanson s'élevant dans un déluge de bruit, d'échos, de distorsions, de lignes de basses vénéneuses ; ou encore "Plein Soleil" au son de synthé vintage digne des compositions de Koji Kondo pour le Zelda sur Super Nintendo, créant un environnement sonore magnifiquement suggestif, au rythme bizarre, ni vraiment lent ni vraiment mid-tempo, qui semble avoir été traité pour donner une impression de ralenti. "Au Contraire" est plein à rabord de sympathiques mélodies, assez intéressantes pour être jouées à la guitare acoustique, mais considérées et développées par le groupe à partir de multiples perspectives, expérimentale, dream pop, orientale, sauvage, tout cela à la fois. Tout à fait le genre de disques dans lesquels on adore se perdre, et qui vous laissent aussi perplexes qu'enchantés. On ne comprend pas exactement ce qui s'y passe et c'est tant mieux. Dépaysant.

Julian Flacelière

Haute fidélité
Tes clichés déclenchés
En chaîne et en Vogue
Mlle Mille
Aude aux ondes
Vous comprendrez pourquoi
Se mirer mare
Haydée morcelée
Brise méprise
Plein soleil


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