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RF - Views Of Distant Towns
(PLOP / Mochi Mochi)
Haruki Murakami peut se targuer du rare privilège d'inspirer la musique contemporaine, et surtout son versant électronique, par les seules vertus de ses romans. Auteur mondialement reconnu de "La Fin des temps" ou du récent "Kafka sur le rivage", il excelle à tisser des intrigues à la croisée du quotidien et du fantastique, avec un art de la narration à la fois zen (la lenteur du développement) et épique (des accélérations fulgurantes, violentes ou burlesques). A l'occasion de la sortie de son album "Ephemeral" il y a quelques mois, Noako Sasaki (aka Piana) se réclamait de lui comme de sa seule réelle influence. Aujourd'hui, c'est l'Américain Ryan Francesconi (ou RF), artiste multi-média et multi-instrumentiste, qui met en perspective, sur la durée d'un disque, ses impressions de lecture des "Chroniques de l'oiseau à ressort", "Views of Distant Towns" renvoyant à l'un des chapitres du roman.
Soit Toru Okada, narrateur un peu déboussolé et pris dans les méandres de l'inactivité, devant faire face à des disparitions suspectes (son chat, sa femme Kumiko) et à l'intrusion forcée de personnages féminins étranges (une inconnue lascive, des jumelles, une adolescente accidentée qui fait des enquêtes sur les perruques pour hommes). De ce personnage, Francesconi a retenu une certaine distance à sa propre existence et la capacité de capter le mouvement du monde, dans son basculement du connu à l'inquiétant. Un personnage silencieux qui se vide de lui-même en se remplissant de l'agitation de la ville. C'est un peu de cette manière que se présente la musique, comme une toile blanche tendue pour recevoir les moindres pulsations environnantes, les nuances de couleurs les plus diverses. Car les vignettes musicales créées par Francesconi sont faites d'un délicat mélange de programmations, de cut-ups effectués sur des voix, des bruits de la ville (pas, moteurs, souffles), de parties chantées (parfois vocoderisées) et d'instruments acoustiques (cordes, guitares), le tout porté par des accords lents, le plus souvent répétitifs
et gracieux, en un mouvement
plus simple et dénudé que la richesse des motifs ne devrait le permettre. Comme le romancier, le musicien maîtrise l'art de suggérer, par la lenteur et une sorte de légèreté suspendue, le détachement du monde qui rend au monde, paradoxalement, toute son intensité tumultueuse. Entre la lecture du roman et la découverte de sa cartographie sonore, on sera bien inspiré de ne pas choisir et de se procurer vite les deux.
David
Ladder in Place
Offering
Despite the Time
Messenger with Keepsakes
The Well and Stars
A Very Lucky Year
The Flow of this Place
Of Detachment
Views of Distant Towns
On the Bus that I Had Chosen
A Vacant House is Born
End of the Line.
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