The National - High Violet

album de la semaine du 05/05/2010, par Julian Flacelière | Albums |
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THE NATIONAL - High Violet
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THE NATIONAL - High VioletThe National ne ressemble à aucun autre groupe et son mystère, s'il y en a un, consiste probablement à n'être ouvertement tributaire d'aucune formation des cinquante dernières années. Sans pour autant, évidemment, sortir ex nihilo, Diable est pourtant celui qui peut rapprocher The National d'une formation contemporaine ou non, tant le groupe est l'un des rares à avoir développé, dès ses prémices, un son de studio comme de live reconnaissable entre tous et une manière d'architecturer ses titres qui demeure aussi unique que déstabilisante. Leurs chansons, plus que jamais, ne sont réductibles ni à tel passage ni à telle prestation individuelle, d'où ce côté monolithique, indivisible, ce sentiment que les musiciens sont toujours au service de leur musique et n'iront pas se travestir avec des vêtements qui ne leur siéent pas.

Contraire d'un groupe racoleur s'appuyant sur quelques solos, une attitude ou un filon à la mode, The National trace un sillon personnel qu'il n'a avec "High Violet" jamais creusé aussi profond et avec un tel art dramatique. En surface, ce cinquième album est une version évoluée de "Boxer", reprenant son atmosphère lasse et lugubre, les tiraillements spirituels de ses personnages, sa subtile progression dramatique, mais apparaît rapidement comme une oeuvre non seulement largement plus équilibrée mais aussi d'une toute autre densité. Plaçant du début à la fin la barre à la hauteur de celles atteintes par "Slow Show" ou "Fake Empire", "High Violet" a la fluidité et l'adrénaline qui manquaient toujours quelque peu aux précédents disques. Les qualités du groupe se sont donc bonifiées, notamment cette stupéfiante manière d'amorcer des chansons avec une grande économie de moyens - quelques accords simples, des pulsations ordinaires - pour les transformer en moments de grâce d'une finesse remarquable. Le groupe aborde de plus des terres qu'ils n'avaient jusqu'alors que timidement lorgnées à travers leurs lunettes, accompagnant la sublime gravité du chant de Matt Berninger de beaux choeurs signés Justin Vernon et Sufjan Stevens, de délicates orchestrations réalisées par Nico Muhly et d'instruments à cordes ou électroniques présents dans presque chaque chanson mais ne menaçant jamais le noyau des compositions d'une explosion cathartique qui aurait à coup sûr ruiné ce délicat ouvrage.

Disque à l'allure faussement apaisée, "High Violet" est pourtant le plus sombre et agité de leur discographie. Misérablement entraînés comme l'eau à travers un siphon par leurs peurs et leurs frustrations, tiraillés comme jamais entre chair et esprit, les personnages, confessant eux-mêmes leurs troubles, essaient de composer avec la faillite du réel devant l'inévitable développement des simulacres, cherchent un Dieu dans un monde tentant vainement d'éjecter Sa présence pour mieux se vautrer devant des idoles moins exigeantes. Bataille spirituelle incessante dont les artistes nord-américains sont décidément obsédés (citons entre autres les oeuvres de Nick Cave, Tom Waits, Mountain Goats, Arcade Fire, Bodies of Water, Iron & Wine). La face sombre du groupe n'a jamais été exprimée avec une telle puissance parce que la lumière qui la crée n'a également jamais été aussi forte, finalement si crue, illustration parfaite avec la somptueuse "Conversation 16", dont les quelques minutes de la seconde partie font partie des moments les plus émouvants qu'aient écrit les Américains. Nageant en eau trouble mais dépourvu d'affectation, "High Violet" est l'album que l'on espérait recevoir du groupe sans oser le rêver.

Julian Flacelière

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A lire également, sur The National :
la chronique de "Boxer" (2007)
l'interview (2007)
la chronique de "Alligator" (2005)
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