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WHITE
HINTERLAND - Luniculaire
(Dead
Oceans / Differ-Ant)
[site]
- acheter
ce disque
Peu
après leur album "Phylactery Factory",
White Hinterland sort un petit EP qui ne devrait pas passer
inaperçu, et qui devrait conforter le groupe dans
son image indie décalée : cinq titres en français,
chantés par une Américaine de 23 ans –
dont trois reprises de standards "so Frenchy"
des années soixante – Gainsbourg, Brigitte
Fontaine et Françoise Hardy. Au moment où
Christophe Honoré remet au goût du jour (et
au cinéma) les sixties, le groupe de Portland rend
un hommage à "la France, la musique et la langue
française" - écrivent-ils, en français
s'il vous plaît, sur leur pochette, et s'excusent
de leurs approximations linguistiques.
Mais on ne peut pas en vouloir à White Hinterland,
tant ce qui est touchant sur cet EP, c'est le rapport à
la fois amoureux et maladroit (pléonasme ?) que le
groupe semble entretenir avec le français. On n'a
pas ici à faire à une sorte de "Jane
Birkin band" qui maîtriserait son sujet sous
la houlette d'un Gainsbourg, bien plutôt à
un groupe de musiciens séduits par la sonorité
de la langue, par l'air d'une époque, mais qui ne
cherche pas à plagier celles-ci, juste à se
les réapproprier.
De fait, l'entreprise est
assez réussie, parce qu'elle ne recherche pas la
perfection : Casey Deniel, notre chanteuse, ne semble pas
comprendre tout ce qu'elle raconte, mais se noie voluptueusement
dans une reverb aérienne, tandis que les musiciens
oscillent en permanence entre la légèreté
des gimmicks originaux et une densité instrumentale
qui lorgne franchement sur les seventies – la reprise
de Brigitte Fontaine se transformant même en expérience
hypnotique à base de percussions et de cuivres distordus.
Les deux titres originaux, quant à eux, s'inscrivent
dans la même ligne : "Chant de grillon"
est une longue dérive sonore portée par une
ligne de basse, tandis qu'un chant à la Stereolab
vient détraquer les charmants arpèges de piano
sur "Lunirascible". C'est pourtant "Requiem
pour un con" qui retient le plus l'attention : la rythmique
saccadée de l'original, reprise à coups de
cloches et de grattements de guitares, est conservée,
et la voix de Casey Deniel prend un malin plaisir à
faire claquer les syllabes accentuées, avec une fraîcheur
de voix désarmante. Un bien bel hommage, donc, que
ce "Luniculaire" qui, à l'image de son
titre, est un peu absurde, un peu bancal, mais aussi psychédélique
et poétique.
David Dufeu
Requiem pour un con
Chant de grillon
Mon Ami la rose
J'ai 26 ans
Lunirascible
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