White Hinterland - Luniculaire EP

14/10/2008, par David Dufeu | Albums |
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WHITE HINTERLAND - Luniculaire
(Dead Oceans / Differ-Ant) [site] - acheter ce disque

WHITE HINTERLAND - Luniculaire EPPeu après leur album "Phylactery Factory", White Hinterland sort un petit EP qui ne devrait pas passer inaperçu, et qui devrait conforter le groupe dans son image indie décalée : cinq titres en français, chantés par une Américaine de 23 ans - dont trois reprises de standards "so Frenchy" des années soixante - Gainsbourg, Brigitte Fontaine et Françoise Hardy. Au moment où Christophe Honoré remet au goût du jour (et au cinéma) les sixties, le groupe de Portland rend un hommage à "la France, la musique et la langue française" - écrivent-ils, en français s'il vous plaît, sur leur pochette, et s'excusent de leurs approximations linguistiques. Mais on ne peut pas en vouloir à White Hinterland, tant ce qui est touchant sur cet EP, c'est le rapport à la fois amoureux et maladroit (pléonasme ?) que le groupe semble entretenir avec le français. On n'a pas ici à faire à une sorte de "Jane Birkin band" qui maîtriserait son sujet sous la houlette d'un Gainsbourg, bien plutôt à un groupe de musiciens séduits par la sonorité de la langue, par l'air d'une époque, mais qui ne cherche pas à plagier celles-ci, juste à se les réapproprier.

De fait, l'entreprise est assez réussie, parce qu'elle ne recherche pas la perfection : Casey Deniel, notre chanteuse, ne semble pas comprendre tout ce qu'elle raconte, mais se noie voluptueusement dans une reverb aérienne, tandis que les musiciens oscillent en permanence entre la légèreté des gimmicks originaux et une densité instrumentale qui lorgne franchement sur les seventies - la reprise de Brigitte Fontaine se transformant même en expérience hypnotique à base de percussions et de cuivres distordus. Les deux titres originaux, quant à eux, s'inscrivent dans la même ligne : "Chant de grillon" est une longue dérive sonore portée par une ligne de basse, tandis qu'un chant à la Stereolab vient détraquer les charmants arpèges de piano sur "Lunirascible". C'est pourtant "Requiem pour un con" qui retient le plus l'attention : la rythmique saccadée de l'original, reprise à coups de cloches et de grattements de guitares, est conservée, et la voix de Casey Deniel prend un malin plaisir à faire claquer les syllabes accentuées, avec une fraîcheur de voix désarmante. Un bien bel hommage, donc, que ce "Luniculaire" qui, à l'image de son titre, est un peu absurde, un peu bancal, mais aussi psychédélique et poétique.

David Dufeu

Requiem pour un con
Chant de grillon
Mon Ami la rose
J'ai 26 ans
Lunirascible

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