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Trésors cachés #2 – From The Lion’s Mouth de The Sound

POPnews propose une série estivale, histoire de (re)découvrir quelques trésors cachés. Des disques précieux, parfois oubliés, qui méritent d’être explorés de nouveau, et peuvent encore nous toucher, aujourd’hui comme hier. Deuxième épisode, avec « From The Lion’s Mouth », deuxième album des londoniens de The Sound publié en 1981, chef d’oeuvre méconnu du post-punk anglais.

Un parcours heurté, des changements de labels, une reconnaissance promise mais jamais obtenue auprès d’un large public  : The Sound fait assurément partie de ces groupes outsiders, au destin contrarié. Bâti sur les ruines du punk, la formation d’Adrian Borland, son chanteur et leader, publiera cinq albums inégaux entre 1980 et 1987, avant, comme d’autres, de jeter l’éponge, faute de succès, autant que critique que public. L’attachement au groupe du public néerlandais n’y fera rien, l’instabilité de son chanteur et le manque de soutien précipiteront la fin d’une histoire, souterraine mais souvent passionnante. Pour Borland, différents projets suivront dans la décennie suivante, une suite d’albums solos plus confidentiels encore, avant une fin tragique : son suicide le 26 avril 1999. Souffrant depuis de longues années de maniaco-dépression, le musicien se jettera sous un train dans la gare londonienne de Wimbledon Il appartiendra dès lors, aux côtés de Ian Curtis ou après lui Mark Linhous, à la légende de ces musiciens précieux, à la sensibilité aïgue, au destin finalement brisé. 

De The Sound, l’on retiendra surtout un deuxième disque, le toujours vibrant « From The Lion’s Mouth », disque rare, fiévreux et tendu à la fois, aux compositions souvent inoubliables. Il sera facile de placer le groupe aux côtés par exemple des Chameleons (dont la première période mériterait elle aussi d’être réévaluée), à la catégorie des seconds couteaux reprenant à leur compte les sonorités et le souffle de Joy Division, la grâce en moins. L’écho des productions de Martin Hannett, cette formule devenue l’étalon d’une époque : un son réverbéré, un lit synthétique assurant ce supplément d’âme, une basse puissante et des guitares entrelacées. A y regarder de près, il n’en est rien ici, tant chez The Sound les compositions font la différence. Il y a d’abord « Winning », titre brûlant, d’une extraordinaire puissance émotionnelle. « Winning », ses guitares vibrantes, son synthé enveloppant, portée par le chant si singulier de Borland. « Winning », ses ruptures et son inoubliable crescendo.

Arrivent ensuite, « Sens Of Purpose » et « Contact The Fact », où la classe du groupe s’exprime pleinement, comme dans quelques-uns des plus beaux titres de Joy Division. Comme une marche en avant, et deux autres singles potentiels taillés pour la scène, malheureusement restés dans les marges. 

Plus loin, « Fatal Flaw » et son mid-tempo emporte assez loin l’émotion. « I’ve made a strange disappearance / One that no-one can see / You can’t reach me anymore / Turn to face the fatal flaw ». Le titre évoque un rêve éveillé, et l’on se dit que, loin de sa pochette figeant une scène aux accents surréels, c’est toute une vie intérieure qui bat ici. Jamais pesantes, inventives, les architectures sonores bâties par The Sound nous surprennent toujours, alors que quarante ans se sont écoulés depuis la publication du disque.

Fin du disque. « Silent Air » fait la part belle au chant d’Adrian Borland, avant que « New Dark Age », climatique, dissonant, ne brûle de ses derniers feux. Brèves accélérations, guitares acérées, synthétiseurs hypnotiques. Et une voix qui s’élève, pour dire une dernière fois le malaise persistant de ces jeunes adultes, leurs sentiments à vif, dans un monde où ils ne savent trouver leur place. « I’ve got sweat breaking out / But I try, try to conseal /  I’ve got a savage root / And it’s a growing pain ». Quarante années plus tard la tension n’est pas retombée.

A Emmanuelle

One comment
  1. Guillaume

    Très bonne chronique de ce groupe très méconnu hélas, même s’il commence à être un peu réévalué avec un documentaire récent sur Adrian Borland, un double album d’inédits et d’extraits live prévu pour Novembre, sans oublier un livre prévu pour 2022.

    FROM THE LION’S MOUTH est un superbe album en effet, mais les opus suivants du groupe sont également mémorables:

    ALL FALL DOWN (pour « Where the love is », « Monument », le morceau-titre, « Red paint…), SHOCK OF DAYLIGYT (pour « Winter », « Longest days », « Golden soldiers »..) , HEADS AND HEARTS (pour « Under you » et le sublime « Total recall »..) et même le dernier THUNDER UP au moins pour le magnifique « You’ve got a way »!

    Adrian Borland et son groupe auraient largement mérité le succès de leurs collègues de l’époque U2, SIMPLE MINDS, THE CURE, ECHO AND THE BUNNYMEN et JOY DIVISION, mais le triste destin en aura décidé autrement…

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