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Concerts

Kings of Convenience, Filadelfia Kyrka, Stockholm, le 26 mars 2022

On peut dire qu’on l’attendait, ce concert. On se souvient de l’avoir eu extrêmement mauvaise lorsque le concert au Nouveau Casino de Paris en 2009 avait été annulé… puis remplacé par une date pour happy few en une Soirée de poche de la Blogothèque.

Une dizaine d’années de poireautage donc, une bonne vingtaine en fait si on compte notre enthousiasme, intact depuis le premier album “Quiet Is the New Loud”.

C’est donc une soirée spéciale à plus d’un titre puisque le plus ancien rédacteur en titre de POPnews nous fait l’honneur d’une visite, accompagné d’un émissaire de l’Ecole normale et Ecumeur au long cours (les photos sont leur œuvre).

Enthousiastes, certes, mais nous ne sommes pas non plus des admirateurs béats. On peste sur les conditions du concert : prix faramineux du billet, fouille à l’entrée, toilettes non binaires, merchandising pour CSP++ ou oligarques russes, organisation des sièges impossible… et, il me semble, un peu mensongère à l’achat.

On redoute la première partie… De bonnes âmes en goguette au concert de Paris nous avaient dit de nous méfier du Chilien mais point de migrant ce soir : on reste entre Scandinaves.

Après une attente fort longue au son d’une compil de Bob Marley qui nous assoupit un peu (la vieillesse et le reggae… pas la bière…), voilà nos deux compères qui prennent place et accordent leurs guitares acoustiques, « sensibles comme nous », murmure Eirik.

Privilège de la Scandinavie, les Norvégiens parlent leur idiome propre et, pour peu qu’ils le fassent lentement, dont acte, on comprend tout, même si on bute un peu sur les consonnes plus dures.

Les Kings se mettent le public dans la poche avec une petite blague que seuls les gens du Nord peuvent apprécier : « Nous venons de Bergen. Bergen, c’est comme Göteborg. Et Stockholm, c’est comme Oslo. »

On parle de deux vastes pays, avec une décentralisation très problématique pour ne pas dire quasi inexistante, une capitale qui absorbe tout et la deuxième ville du pays, qui fait office de cambrousse et (mais ?) de ville cool. Rivalité et envie…

Commence enfin un show des plus plan-plan et, en même temps, éminemment sympathique. Deux vieux copains prennent leurs guitares acoustiques et se jouent des douceurs, l’un pour l’autre. C’est la force tranquille des Kings of Convenience.

Avec leurs disques, on avait l’habitude d’être dans leur salon så mysigt ou hygge. Ce soir, le salon, c’est nous.

Ce qui est étonnant, c’est que la contre-proposition musicale des Kings of Convenience en 2001 s’est muée, au fil des années et des disques, en classique ou standard indie, même si ce terme n’a peut-être plus la même résonance aujourd’hui.

On est donc en terrain connu, archi-connu. Hors de toute surprise, juste dans l’attente des tubes, ou plutôt des perles qui s’enchaînent.

Reste que ça joue. Et même très bien. C’est un régal de les voir tricoter de concert l’un devant l’autre, mélanger les sons, les voix. Peut-être un peu trop dans la démonstration de l’harmonie du duo (quand les guitares sont trop proches, le son de l’une sature dans le micro de l’autre), ce qui laisse entendre aussi dans le jeu que le duo est parfois déséquilibré avec un Eirik qui a clairement sa vie en dehors de la musique, à Bergen et un Erlend qui doit en vivre… Ces légères dissensions qui affleurent dans le documentaire, y compris sur le choix de la langue (impériale ou maternelle, conflit entre ce que l’on est et ce que l’on doit vendre, à savoir de l’intime), se sentent aussi un peu sur scène.

Il y a un art du compromis (“Declaration of Dependance”, comme on dit), une envie de jouer ensemble jouissive mais aussi de l’ordre de l’affaire. D’où un set très calibré, sensiblement le même sur toute la tournée. On sent aussi un peu l’effort, visible, de parler en anglais pour ne pas exclure une partie du public, forcément en partie international [c’est appréciable – note de V.A.]. C’est une tension intéressante (évidemment, on ne soupçonne pas Eirik Gamblek de nationalisme mal placé), mais c’est présent.

Voilà ce qui nous habite sur les premiers titres mais il suffit de quelques singeries d’Erlend, agitateur de foule sentimentale, galvaniseur de claqueurs de doigts pour emporter la mise. Entre temps, on aura également été invités à se lever et à se rapprocher de la scène, libérant le concert de conditions ô combien poussives.

Une reprise de A-ha,  “Manhattan Skyline”, permet de faire vibrer la touche nationaliste (encore une fois…) et popeuse rafinée kitsch. Malgré nos confessions post-concert confirmant qu’au moins la moitié de notre bande française a possédé “Scoundrel Days”, aucun n’avait le souvenir de cette belle chanson, tout à fait KoC, sensible et efficace.

Stockholm est brossé dans le sens du poil lorsque nos deux compères confessent adorer la ville, sa lumière, et avoir profité la veille d’une journée de relâche dans les rues de Södermalm. Peut-être à comparer avec Bologne, suggère l’un ? Non, OK, vous gagnez encore, conclut-il, devant la moue désapprobatrice de l’autre. Ouf…

Nous sommes invités à contribuer aux chœurs, au rythme, le tout en sourdine et ça fonctionne car comment résister à l’humour et à la bonne humeur du duo, la palme revenant à Erlend entamant le titre “24-25” (voir vidéo plus haut) et claquant silencieusement des dents devant le pied de micro jusqu’à ce qu’Eirik vienne enfin replacer le micro posé sur le tabouret.

Entre-temps, un duel de guitares (folk) dans la grande tradition, Danny Whitten/Neil Young, ou Nigel Tufnel/David St. Hubbins (les personnages de “Spinal Tap”) achève de mettre tout le monde d’accord sur “I’d Rather Dance With You”.

On attendra encore longtemps la théière (“I Dont Know What I Can Save You From”) mais “Renegade” (sublime délice de “Declaration of Dependance”) ouvre la porte des rappels.

On se serait bien passé de l’introduction au final “Homesick”, entre largesse avouée (un peu trop claironnée) d’ouvrir leur guestlist aux réfugiés ukrainiens et le parallèle (lines ?) entre les horreurs du jour et leur situation – relativement confortable – d’émigrés lors de l’écriture de la chanson. Mouais…

Ajoutons à cela le rapide échange sur scène concernant un hypothétique rappel, vite abandonné, et l’affaire est pliée. Le job est fait, admirablement, l’effet euphorique pour le spectateur du concert est assuré, mais reste le goût amer d’avoir été traité en clients.

Pour la peine, on boudera le très beau sweat-shirt, brodé, “Declaration of Dependance”, à 590 SEK. Non mais.

Set list :

Comb My Hair
Rocky Trail
Cayman Islands
Angel
Killers
Love Is a Lonely Thing
Manhattan Skyline (A-ha)
Singing Softly to Me
Catholic Country
Mrs Cold
Boat Behind
Misread
Fever
I’d Rather Dance

Renegade
Homesick

Avec l’aide de Johanna D, non-relecture, Vincent Arquillière et Christophe Cario (photos).

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