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Concerts

Anna Von Hausswolff en concert à l’église Katarina, Stockholm, le 26 mai 2022

Vade Retro catholicae ! Anna Von Hausswolff, prophète en son pays, clôt sa tournée chahutée par les intégristes avec un concert d’orgue à six mains et 22 haut-parleurs. Amen !

Un concert d’orgue affichant complet, qui plus est avec un public composé de (plus ou moins) jeunes, voilà qui est fort rare. Quand on pense que les concerts français de la tournée ont été plus qu’empêchés par une bande de (plus ou moins) jeunes catholiques intégristes, voilà qui donne encore un peu plus de prix au concert de ce soir. Fort cher d’ailleurs (400 sek soit près de 40 euros, placement libre)…

Lucifer fait la queue bien sagement dans le cimetière, près d’une demi-heure avant le début du concert : tout va bien.

En ce lendemain de l’Ascension, on retrouve un peu de cette atmosphère très scandinave des concerts aux confins de la journée, mais, satanisme oblige, en mode inversé. On attend habituellement le lever du jour lors des concerts très matinaux de Sainte Lucie le matin du 13 décembre, jour le plus court. Ce soir, on attend un crépuscule qui semble tarder…

Faisant partie des courageux, nous entrons parmi les premiers pour nous installer à la place de choix, près de l’autel, en face de l’orgue monumental en style symphonique français de 62 parties, fabriqué par le hollandais Van Den Euvel (1763).

L’église est en croix grecque à souche carrée, ainsi le public partagé en quatre parties se regarde en chien de faïence. Il faut bien cela : un concert d’orgue est antispectaculaire.

En première partie : la pianiste japonaise installée en Suède, Naoko Sakata, hébergée sur le label d’Anna Von Hausswolff, Pomperipossa records, pour “Dancing Spirits”.

Pas de bol, on s’est assis du mauvais côté de l’autel et on ne voit que le haut du piano… Le son est repiqué puis rediffusé dans les quatre branches de la croix, ce qui est, ce me semble toujours, une mauvaise idée : le son est égalisé, un peu étriqué et on perd en immédiateté et en richesse sonore. On bascule du concert acoustique au concert électroacoustique… Naoko Sakata sait y faire et déroule une improvisation qui sonne entre du très convenu presque piano jazz, du Keith Jarrett en eau de Cologne, des minimalistes américains, avec des couleurs très Scriabine aussi parfois et même du bruitisme. Pas de quoi être ébloui mais une bonne entrée en matière et un bel exercice d’improvisation couvrant un large champ de la musique moderne.

On imaginait un concert d’orgue solo mais le concert de ce soir qui clôt la tournée mouvementée d’Anna Von Hausswolff est une suite de pièces pour orgue à six mains et 22 amplificateurs. D’Anna et de ses autres quatre mains, en haut à la tribune, on ne verra que quelques longs cheveux. En revanche, on profitera des trois compères aux machines proches de nous.

Au contraire du concert de Sakata, le son est parfait, ample, très lisse mais on perd la monumentalité du son de l’orgue, les réverbérations naturelles du lieu. Les machinistes repiquent, samplent, bouclent, il est donc difficile de déterminer qui fait quoi. C’est l’inconvénient… L’avantage est d’assister à un vrai concert, maximaliste et électroacoustique, même si on aurait préféré, fâcheux que nous sommes, un concert plus organique.

Reste qu’on en prend plein les esgourdes. Des vibrations comme jamais, surtout dans le premier morceau qui nous semble nouveau ou du moins réarrangé pour l’occasion. On retrouve les qualités mélodiques de l’album ”All Thoughts Fly”, les aventures aux bordures de la musique expérimentale…

Même lorsque les machinistes semblent prendre la main, la résultat est assez bluffant : ce n’est pas tous les jours que l’on peut entendre des samples live d’orgues. On récupère même une spatialité, aménagée avec les amplis, d’un son qui nous semble tournant. On pense à l’acousmonium des concerts Présences Electroniques du GRM. C’est pas mal du tout.

Encore une fois on est amusé par l’esprit de chapelle qui habite le public. Combien de recueillis, attentifs les yeux fermés et déchaînés ce soir, étaient au concert de la 9e Symphonie de Bruckner avec en première partie “Okeanos” de Bernd Richard Deutsch (né en 1977) interprété par l’organiste star Iveta Apkalna ? Sans doute peu… Et pourtant il y avait de quoi réjouir les fans de bruits et de tubes (symphoniques et métalliques) !

Mais ne boudons pas le plaisir, fort grand, d’entendre en concert un bien bel album dans des conditions magnifiques tant sonores que visuelles. Allez, encore un effort : un écran vidéo permettant de visualiser le jeu (après tout, on est au XXIe siècle…) et cela aurait été parfait. Vivement la suite.

Avec l’aide de Johanna D, apôtre du maître de Saint Florian.

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